L’Association des Amis de la République arabe sahraouie démocratique (AARASD-France) a lancé une vaste campagne de mobilisation internationale en faveur de la libération des prisonniers politiques sahraouis du groupe de Gdeïm Izik, tout en appelant les organisations de défense des droits humains à soutenir la grève de la faim illimitée entamée par le prisonnier politique sahraoui Naâma Asfari.
Dans une déclaration à nos confrères de La Patrie News, son épouse Claude Mangin a rappelé le supplice vécu par les prisonniers de Gdeïm Izik dans les geôles de l’occupant marocain en affirmant : « Naama a entamé une grève de la faim illimitée. Cette action ultime fait suite à trois grèves de la faim préventives, mais limitées dans le temps. Cette action de résistance est un recours ultime pour alerter les autorités marocaines, et le monde entier sur le caractère illégal et inacceptable de sa situation. D’ailleurs, c’est aussi le cas pour tous les prisonniers politiques de Gdeïm Izik. Il va bien. Il est très déterminé. Il s’est bien préparé. C’est une décision lourde de sens, qu’il a mûrement réfléchie. Il mène seul ce courageux combat, car les autres prisonniers politiques de Gdeïm Izik ne sont pas au mieux de leur forme physique, psychologique et psychique », a-t-elle affirmé.
Dans une lettre ouverte adressée aux principales organisations internationales de défense des droits humains, l’AARASD souligne que Naâma Asfari a engagé cette action après plusieurs grèves de la faim de 48 heures menées entre avril et mai 2026 afin d’exiger l’application de l’Avis n°23/2023 du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui a conclu au caractère arbitraire de la détention des prisonniers de Gdeïm Izik et demandé leur libération immédiate. L’association rappelle que les autorités marocaines n’ont donné aucune suite à cet avis onusien malgré les nombreuses recommandations émanant des mécanismes internationaux de protection des droits humains.
Dans ses réponses à nos confrères de la Patrie News, Mme Claude Mangin qui a rappelé que les détenus de Gdeïm Izik sont arbitrairement emprisonnés et a affirmé : « mon époux veut simplement briser ce silence qui dure depuis trois ans. Les autorités carcérales et politiques marocaines n’ont en effet pris aucune mesure depuis la sortie à Genève de l’avis du groupe de travail de l’ONU contre la détention arbitraire en 2023. Cette grève de la faim est dès lors devenue pour lui une nécessité absolue contre l’injustice et l’illégalité de la détention des prisonniers de Gdeim Izik. Il veut surtout attirer l’attention du monde extérieur, à commencer par l’ONU et ses mécanismes, sur le caractère arbitraire, illégal et cruel de cette détention qui perdure depuis 2010. Tous les prisonniers de Gdeïm Izik devraient déjà avoir été libérés depuis longtemps. En fait, ils n’auraient jamais dû être emprisonnés depuis le début. Car, ils ne faisaient que protester pacifiquement. Déjà en 2016, le Comité contre la torture avait déjà statué, et condamné le Maroc pour torture sur Naâma Asfari ».
Le Maroc sourd aux avis du Comité onusien contre la torture
Il faut rappeler, dans ce contexte, que le Maroc et ses soutiens dans le Conseil de sécurité ont toujours manœuvré pour éviter l’extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme et ont toujours œuvré pour éviter toute résolution contraignante qui mettrait le Maroc devant ses responsabilités, une attitude honteuse pour les grandes puissances qui se vantent d’être des parangons de la démocratie et la défense des droits humains. L’AARASD a également adressé une lettre à l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, M. Staffan de Mistura, l’exhortant à intervenir en faveur de la libération des détenus sahraouis de Gdeim Izik, emprisonnés depuis plus de seize ans. Dans ce courrier, elle a rappelé que plusieurs décisions du Comité des Nations unies contre la torture ont conclu à des violations de la Convention contre la torture dans les affaires concernant plusieurs membres du groupe de Gdeïm Izik, notamment Naâma Asfari, Sidi Abdallah Abbahah, Abdeljalil Al-Âaroussi, Mohamed Bourial, Mohamed Bani, Hassan Dah, Mohamed Lamin Haddi, Ahmed Sbaï et Sidi Ahmed Lemjiyed.
Selon l’AARASD, ces décisions ont établi que les condamnations prononcées à leur encontre reposaient notamment sur des aveux obtenus sous la torture ou la contrainte, sans qu’aucune enquête indépendante et effective n’ait été menée sur les allégations formulées par les détenus. L’association estime que leur maintien en détention, malgré les constatations des mécanismes onusiens, soulève de sérieuses préoccupations quant au respect par le Maroc de ses obligations internationales, notamment au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Convention contre la torture. Elle considère également que la question des prisonniers de Gdeim Izik constitue une dimension humanitaire et politique du conflit du Sahara occidental et qu’une libération des détenus représenterait une mesure de confiance importante susceptible de contribuer aux efforts des Nations unies en faveur d’une solution juste et durable au conflit.
Dans sa lettre à l’ONU, l’association demande notamment à De Mistura d’encourager le Maroc à mettre en œuvre les décisions du Comité contre la torture, à se conformer à l’Avis n°23/2023 du Groupe de travail sur la détention arbitraire et à inscrire la question des prisonniers de Gdeim Izik parmi les mesures humanitaires accompagnant le processus politique mené sous l’égide des Nations unies. Parallèlement, elle appelle les organisations nationales et internationales de défense des droits humains à renforcer leur mobilisation et leur solidarité avec Naâma Asfari et l’ensemble des prisonniers politiques Sahraouis détenus dans les prisons marocaines.
Il y a lieu de rappeler que Naâma Asfari, condamné à trente ans de prison, a séjourné depuis plus de quinze ans dans différentes prisons marocaines, loin de sa famille et de sa terre natale. Son épouse française, Claude Mangin Asfari, a elle-même été victime de mesures de représailles.
Pendant plusieurs années, les autorités marocaines lui ont interdit l’accès au territoire marocain, l’empêchant de rendre visite à son mari. Cette interdiction avait conduit Claude Mangin à mener une grève de la faim de trente jours en 2018 afin de faire valoir son droit le plus élémentaire : pouvoir rencontrer son époux.
Slimane B.













































