Les pluies torrentielles qui se sont abattues lundi et mardi sur la bande de Ghaza ont provoqué l’inondation de milliers de tentes abritant des personnes déplacées, accentuant une situation humanitaire déjà dramatique depuis le début de l’agression sioniste contre l’enclave palestinienne en octobre 2023, a rapporté l’Agence de presse palestinienne (Wafa).
Selon la même source, la dépression météorologique actuelle continue de frapper la région, entraînant la submersion de centaines de tentes dans plusieurs zones, alors qu’aucune mesure concrète de reconstruction ni de fourniture de biens essentiels n’a été mise en œuvre pour venir en aide aux populations déplacées. Les intempéries ont également causé l’effondrement de plusieurs habitations fragilisées, entraînant des décès supplémentaires parmi les civils. Des sources médicales ont signalé plusieurs morts dus au froid, notamment parmi les enfants et les personnes âgées, en raison de l’absence de moyens de chauffage et des conditions de vie extrêmement précaires dans lesquelles se trouvent les déplacés, vivant sous des tentes ou dans des bâtiments menaçant ruine. Les autorités sanitaires ont mis en garde contre une situation qu’elles qualifient de « catastrophique », précisant qu’environ 127 000 tentes sur un total estimé à 135 000 sont désormais inhabitables. Le manque d’équipements de base – couvertures, matelas, vêtements chauds – dépasse 70 % à l’échelle de l’enclave, avec des taux encore plus alarmants dans les zones reculées et isolées. L’agression sioniste a provoqué la destruction totale ou partielle de près de 92 % des bâtiments résidentiels de la bande de Ghaza. Cette réalité a contraint la majorité des habitants à vivre dans des tentes qui ne les protègent ni de la chaleur estivale ni du froid hivernal, ou à se réfugier dans des maisons fissurées, malgré le risque d’effondrement sous l’effet des pluies et des inondations.
Une nuit de Ramadhan sous les eaux
Dans la nuit du septième jour du mois de Ramadhan, à Al-Mawassi, à l’ouest de Khan Younès, le silence qui précède habituellement le repas du sahour n’avait rien de paisible. La pluie tombait avec violence, s’infiltrant non seulement au-dessus des tentes, mais aussi à l’intérieur, se mêlant aux rares couvertures et aux souvenirs des maisons détruites sous les bombardements. Dans un camp de tentes dressé sur un terrain sablonneux et bas, les familles se sont réveillées au bruit des gouttes frappant la toile fragile. Certains ont tenté de creuser à mains nues de petits canaux pour détourner l’eau, mais le sol s’est rapidement gorgé d’humidité et les tentes, trop fragiles, n’ont pas résisté à l’assaut des intempéries. Oum Amal Al-Qarra, déplacée de l’est de Khan Younès après la destruction de sa maison, se préparait à prendre le sahour avec ses enfants lorsque l’eau a commencé à s’infiltrer par les côtés de la tente.
Debout devant des vêtements trempés suspendus à une corde entre deux piquets, elle confie : « Nous avons essayé de sauver ce qui pouvait l’être, mais la pluie a été plus forte que nous. Ce sont tous nos vêtements. Nous avions gardé des habits propres pour prier pendant le Ramadhan. Maintenant, nous essayons de les sécher sur un petit réchaud, tandis que la fumée envahit la tente». Dans une autre tente, Abou Ismaïl, 52 ans, est assis sur une caisse en plastique cassée, observant son jeune fils tenter d’évacuer l’eau avec un simple gobelet. Sa voix est lasse « La tente ne protège ni du froid ni de la pluie. La nuit, nous plaçons des récipients pour recueillir l’eau qui tombe du plafond. Nous passons la journée à jeûner et la nuit à essayer de sauver ce qui nous reste».
Plus loin, Oum Samer, déplacée avec ses quatre enfants depuis Rafah, regarde avec désespoir les provisions détrempées après l’infiltration de l’eau dans sa tente « Nous avons eu énormément de mal à réunir l’argent pour acheter cette nourriture. Quand la pluie est entrée, nous n’avons rien pu sauver. Toute notre nourriture et nos vêtements ont été trempés». À proximité, Maha, 12 ans, tient un petit fanal sans pile et fixe le ciel assombri : « J’aime le Ramadhan, mais j’aimerais que nous ayons une maison qui ne se noie pas sous la pluie comme notre tente. Notre maison me manque. Elle a été détruite».
Une catastrophe aggravée par l’absence d’infrastructures
Dans cette zone côtière basse, où les réseaux d’évacuation des eaux pluviales ont été détruits durant la guerre, chaque épisode de pluie se transforme en fardeau supplémentaire pour des milliers de familles déplacées. L’humidité pénètre les corps, le froid intensifie les souffrances des enfants et des personnes âgées, et les maladies respiratoires se multiplient dans des conditions d’hygiène extrêmement dégradées. Les organisations médicales alertent sur le risque d’épidémies, tandis que les abris improvisés deviennent des foyers de moisissures et de parasites. La stagnation de l’eau autour des tentes accentue la pollution et favorise la propagation des infections, dans un contexte où les structures sanitaires sont déjà débordées ou partiellement détruites. Selon les mêmes sources, l’absence de matériaux de reconstruction et la fermeture persistante des points d’entrée empêchent toute réponse efficace à cette crise. Les déplacés restent livrés à eux-mêmes face aux intempéries, sans protection adéquate contre le froid, ni solution durable de relogement.
Le Ramadhan sous le signe de l’épreuve
À Al-Mawassi comme dans d’autres régions de la bande de Ghaza, le mois de Ramadhan ne se résume plus à l’épreuve du jeûne, mais à celle de la survie quotidienne. Les familles affrontent la faim, la soif, le froid et l’humidité, tout en tentant de préserver un semblant de vie spirituelle et de dignité humaine. Ici, le jeûne ne se mesure pas seulement en heures sans manger ni boire, mais en patience face à un exil forcé, en résistance au froid qui s’infiltre dans les os, et en courage pour protéger les enfants de la peur et de la misère. Sous les tentes fragiles battues par la pluie, la population déplacée continue d’espérer un retour à une vie normale, malgré la destruction massive des logements et l’absence de perspectives immédiates de reconstruction. Pour ces familles, chaque tempête rappelle la fragilité de leur situation et la profondeur de la crise humanitaire qui frappe l’enclave palestinienne.
M. Seghilani











































