Prince : que vont devenir ses inédits cachés dans des coffres-forts ?

Le chanteur à la créativité obsessionnelle a dissimulé plusieurs chansons dans sa résidence de Paisley Park. Elles pourraient être révélées au grand jour sous forme d’albums posthumes, comme ce fut le cas pour Michael Jackson.

Depuis toujours, Prince gardait un trésor inestimable au fond de ses coffres. Le chanteur, connu pour son intense créativité pendant ses 40 ans de carrière, n’a jamais cessé de composer. De nombreuses chansons de l’artiste, jamais encore dévoilées, attendent ainsi dans ses coffres-forts. Mais qui va décider de leur sort? Le prince de la pop, décédé brutalement à 57 ans dans des circonstances encore inexpliquées, n’avait pas d’enfant connu, pas d’épouse, plus de parents et gardait d’une main de fer ses créations. Il avait un appétit insatiable de composer, allant jusqu’à donner des bipeurs à ses musiciens et à organiser une rotation de ses ingénieurs pour pouvoir enregistrer n’importe quand.
Dans un entretien au magazine Rolling Stone réalisé en 2014 mais publié après son décès, Prince a non seulement confirmé une rumeur persistante sur l’existence d’une chambre forte dans son complexe de Paisley Park, près de sa natale Minneapolis (Minnesota, nord), mais aussi révélé qu’il en avait plusieurs.
«Je ne l’ai jamais dit auparavant, mais je n’ai pas toujours donné aux maisons de disques la meilleure chanson. Il y a des chansons dans la chambre forte que personne n’a jamais entendues», disait-il.
Il révélait avoir conservé des «tonnes de trucs» dans ses chambres fortes y compris des albums inédits, dont deux conçus à l’époque du mythique Purple Rain (1984). Il a laissé entendre qu’il souhaitait réaliser une création historique, où de futures publications réuniraient les meilleures chansons, des hits et des titres restés dans l’ombre de sa carrière.

70% des enregistrements n’avaient pas été publiés
Prince «était comme un entonnoir. C’est comme si quelqu’un déversait ces chansons en lui et qu’elles continuaient tout simplement à sortir de l’autre côté, comme un robinet d’eau coulant sans cesse», racontait Alan Leeds, responsable de la propre maison de disques de Prince, Paisley Park Records, dans un documentaire de la BBC en 2015. Brent Fischer, un compositeur ayant longtemps travaillé avec Prince, estimait dans ce documentaire que 70% des enregistrements n’avaient pas été publiés. Cette créativité obsessionnelle a généré l’un des conflits les plus célèbres de l’industrie musicale. Lorsque Warner Brothers essaie de réfréner ses ardeurs, Prince abandonne son nom de scène en 1993 pour un cryptogramme imprononçable baptisé «love symbol» et écrit «esclave» sur son visage pour dénoncer ses obligations contractuelles. Il a fallu attendre 2014 pour leur réconciliation, mais le chanteur a rapidement identifié un nouveau canal qui l’a enchanté: l’écoute en flux sur internet. L’an dernier, il a conclu un partenariat avec Tidal, service de streaming du rappeur Jay-Z qui est le seul habilité à diffuser légalement sa musique. Prince avait expliqué que Tidal était synonyme de «liberté».

«Les albums posthumes représentent un juteux marché»
Signe que l’artiste ne s’attendait pas à mourir, son 39e album studio HitnRun Phase two, diffusé sur la plateforme Internet, en décembre, est plutôt décevant en tant qu’ultime opus. Contrairement à la légende du rock David Bowie, qui a publié son dernier album Blackstar deux jours avant son décès en janvier d’un cancer tenu secret, il est peu probable que Prince ait envisagé l’album sorti fin 2015 comme son dernier. Ce second volet de HitnRun Phase One contient, en effet, des chansons déjà connues du public comme Xtraloveable, jouée depuis 1982 mais jamais éditée. Les albums posthumes représentent un juteux marché. Michael Jackson est entré depuis sa mort en 2009 à deux reprises dans le Top 5 des meilleures ventes aux États-Unis avec des albums contenant des chansons inédites. Et Elvis Presley, décédé en 1977, a atteint la première place des charts britanniques l’an dernier avec un album où il est accompagné par l’Orchestre philharmonique royal de Londres. Mais Sheila E., musicienne de Prince ayant eu une liaison avec lui, estime que les inédits devraient rester dans les chambres fortes. «Il a toujours travaillé avec qui il voulait et s’il avait voulu qu’ils soient publiés, il les aurait publiés», a-t-elle déclaré sur la radio Fox News Latino. Que voulait Prince? Il avait été très énigmatique quand le magazine Rolling Stone lui avait demandé s’il souhaitait que les coffres-forts soient ouverts lorsqu’il serait «parti». «Non, je ne pense pas à après. Je pense seulement à l’avenir quand je ne veux pas parler en temps réel»,
avait-il dit.