Meriane

MEZIANE MERIANE, MEMBRE DE L’INTERSYNDICALE, EXPLIQUE LE POURQUOI DES GRÊVES RÉCURRENTES DANS L’EDUCATION : «Ce n’est pas de gaietéde cœur, mais on en a ras-le-bol !»

Aujourd’hui, le recours récurrent aux mouvements de grève qui minent et paralysent le secteur de l’Éducation, lorsqu’encore il porte préjudice à la scolarité des élèves, voudrait que tous les intervenants de la famille éducative s’assoient autour d’une table pour dire les choses qui vont mal.

Est-il le cas ? Du côté des partenaires sociaux, en tout cas, on ne croit pas réellement au dialogue tel que conçu par la ministre Benghebrit, comme l’a laissé dire, hier, Meziane Meriane, président du Snapest, également membre de l’Intersyndicale, qui a observé le jour-même une grève nationale. Invité du Forum du Courrier d’Algérie, Meriane présente d’abord sa conception du dialogue et révèle ce qui bloque les pourparlers avec la tutelle. «On est pour un dialogue qui peut aboutir à des solutions et non pas dialoguer pour dialoguer. Jeudi passé, on a fait une rencontre avec le ministère de l’Éducation où on avait soumis le préavis de grève. On a discuté de 10 questions, point par point. Mais il n’y avait que des promesses», explique notre invité, comme pour jeter la balle dans le camp de la tutelle.
Il en veut pour preuve la question par exemple du statut particulier de l’enseignant qui semble à la traine. «Dans l’ancien statut particulier, nous avons constaté beaucoup d’incohérences, et je dirais même d’injustices. La cause ? Avec Aboubakr Benbouzid (ancien ministre de l’Éducation, ndlr), nous avons fait 18 rencontres autour du statut particulier qu’on allait amender avec, à la clé, des propositions. Au dernier moment, au sein de la commission ad hoc qui devait finaliser tout le travail, fait entre les deux parties, aucun représentant syndical n’a assisté. À l’issue des pourparlers administration-administration, on nous a fait sortir un autre statut, truffé d’erreurs et plein d’injustices. C’est ce qui nous a fait réunir plus tard avec madame la ministre (Benghebrit, ndlr), autour d’un dossier sur lequel nous avons travaillé pendant trois ans. Au résultat final, dans la commission ad hoc mise en place, sans jamais qu’on le sache, aucun syndicat, encore une fois, n’y a participé», déplore Meriane comme pour parler d’une même histoire qui revient à nouveau.

«Les dossiers non solutionnés ont poussé à la grève !»
Et à lui de s’interroger : «Pourquoi exclure les représentants des syndicats ? C’est à partir de ce moment là qu’on a compris qu’il n’y a pas de volonté de solutionner les dossiers en suspens. Or, il revient au syndicaliste de défendre ce qu’il a proposé. À chaque fois on nous dit qu’il y a intervention des Finances et de la Fonction publique dans le dossier. Pour éviter cet obstacle, j’ai proposé, à madame la ministre, d’inviter des représentants de ces parties à parler tous autour d’une table, pour dégager des solutions et sanctionner la rencontre par des résolutions. Mais, et malheureusement, ça n’a jamais été le cas. Voilà un drame qu’on est en train de vivre», répond comme il déplore Meriane. Quant à l’action de protestation en elle-même, Meriane considère qu’elle n’est pas une fin en soi, mais qu’elle est la conséquence à une cause qu’il explique pour motiver le recours récurrent, voire même systématique, tentons-nous de le dire, à la grève. «La grève n’est pas toujours une fin en soi, elle n’est pas la cause, mais c’est une conséquence. Et la meilleure façon d’éviter les conséquences, en tant que cartésien, il faut s’attaquer à la cause comme je l’ai assez souvent dis», a-t-il indiqué.
«Il y a des dossiers qui n’ont pas trouvé de solutions au sein de la tutelle. C’est ce qui a débouché sur un ras-le-bol qui finit par une protestation», dira-t-il encore, en renvoyant, de ses propos, aux points à l’origine de la discorde, dont il cite le cas de la Charte d’étique signée avant d’être désapprouvée par les syndicats, faute d’un suivi du texte sur le terrain.
« Nous avons annulé notre signature sur la Charte d’étique de l’Éducation parce qu’elle n’était pas appliquée. C’est ce que nous avons toujours décrié. Nous avons dit à madame la ministre que le document n’a pas quitté El-Mouradia (siège du ministère de l’Éducation, ndlr). Il faut que cette Charte soit visible sur le terrain pour éviter les arrêts de travail et les protestations», aborde, comme autre problème qui demeure en suspens, l’invité du Forum.

«Des enseignants sévèrement sanctionnés !»
«L’un des articles de ce document, par exemple, stipule qu’en cas de conflit au sein d’une wilaya, le ministère se déplacera sur place pour éviter un arrêt de travail, et éviter, en conséquence, de pénaliser les élèves. Or, rien n’a été fait dans ce sens. Preuve en est, pour ne citer que ce cas, un enseignant exerçant dans la wilaya d’El Bayadh a été sévèrement sanctionné. J’ai même sollicité l’intervention de la ministre pour le rétablir dans ses droits, mais en vain !», illustre-t-il d’exemple pour dénoncer des sanctions qui s’abattent sur les enseignants. Ainsi face à cet état de fait, «il doit y avoir une réaction, nous sommes sages, on pouvait bien paralyser cette wilaya. On est allé à la justice et on a fini par avoir gain de cause au bout de deux ans d’inactivité et sans salaire de cet enseignant. Voilà une bavure de la non-application de la charte.
Que pouvions-nous comprendre par cela ? Est-ce qu’il y a manque de volonté d’application de la Charte ?», s’interroge Meriane qui semble ne trouver aucune autre issue en dehors de faire recours à la protestation devant pareille impasse.
Farid Guellil