Makri et Soltani à fond dans une guerre de tranchées et de légitimité : Et si le Majliss echouri choisit la 3e voie ?

La base militante ne sait plus à quel leader se vouer, à quelques jours d’un Congrès important, voire déterminant, pour l’avenir du parti. Depuis plusieurs jours, tant sur tweeter que sur facebook, Makri et Soltani se tirent l’un sur l’autre à bout portant.
Si le premier est entrain de donner tous les gages d’un opposant pur et dur, qui veut devenir un interlocuteur privilégié du gouvernement sans passer par une intégration dans les partis dits de « coalition présidentielle », le second veut reprendre son poste de chef de parti et amarrer, de nouveau, le Msp au gouvernement. Les deux chefs ont pu, chacun de son côté, racoler dans les rangs du parti, tant et si bien que, comme dans un championnat de football, on est aujourd’hui, au sein des instances dirigeantes du Msp et de la base militante, pro-Makri ou pro-Soltani, ramenant les divergences à une lutte de leadership de bas de casse. Après les années passées au sein du gouvernement ( il a été ministre d’État même), Soltani est arrivé à une conviction, celle de prendre part au jeu de pouvoir et de faire passer ses messages par l’intermédiaire du processus politique intégration-participation (le Msp n’aime pas parler de noyautage). Pour Makri, les années passées au giron des divers gouvernements ont été catastrophiques pour le parti, qui a perdu tant en crédibilité qu’en termes de légitimité, Soltani dit être dans la voie choisie par feu Mahfoud Nahnah, leader emblématique et incontesté du parti, qui a mis le Msp sur rails et choisi la voie de la participation politique ; pour Makri, au contraire, toute légitimité vient du fait de ce mettre dans l’opposition et se laisser des marges de manœuvres pour critiquer et contester.
Cette façon de voir a poussé plusieurs membres du Conseil consultatif (la plus haute instante dirigeante du parti) a réfléchir à une 3e voie, celle d’éjecter les deux frères-ennemis et de placer une figures qui fait consensus.
En tout état de cause, le congrès du 10 mai s’annonce déjà comme une date-piège. La collision des points de vues entre les membres du Bureau national et le Conseil consultatif sur les présidentielles, et l’émergence d’un groupe qui soutient la candidature de Soltani, qui attend le feu vert pour annoncer sa décision, et un autre qui soutient Makri, et d’autres ne voient pas l’intérêt de participer et refusent la confiscation de la liberté d’opinion.
Le Bureau national et le Conseil de la Choura ont du pain sur la planche. À ces instances très puissantes, mais rongées de l’intérieur par l’alignement sur l’un ou l’autre des deux leaders, de savoir mener le parti à bon port. Pour le moment, les tractations de sous-sol et les alliances tactiques sont encore maitres du jeu…
F. O.