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IL S’EN PREND À SES SUJETS ET AUX SYMBOLES DE LA PALESTINE POUR PLAIRE À SES MAÎTRES SIONISTES : Sacrifiés par le Makhzen sur l’autel de la normalisation 

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Parfois, deux événements sans lien apparent racontent une même histoire politique.

À Rabat, un match de football sous tension et une annonce législative gouvernementale ont révélé, en l’espace de quelques heures, une évolution profonde du Maroc contemporain : celle d’une normalisation qui dépasse désormais la diplomatie pour toucher la rue, les tribunes et les symboles populaires. Jeudi soir, l’AS FAR s’est imposée face au Raja Casablanca (2-1) lors d’un choc décisif de la Botola Pro disputé au stade Prince Moulay Abdellah. Sur le terrain, le duel a tenu ses promesses sportives. Mais dans les tribunes, la soirée a rapidement basculé dans la violence. Des affrontements ont éclaté entre supporters, dans un climat tendu marqué par une forte présence sécuritaire. Au lendemain du match, la Curva Sud Magana, le collectif des groupes ultra du Raja, a publié un communiqué accusateur. Les supporters dénoncent une organisation jugée oppressive : « arrestations massives, contrôles humiliants et accès au stade assimilé à une zone militarisée ». Ils évoquent une stratégie sécuritaire visant spécifiquement les supporters rajaouis, transformés selon leurs mots en « suspects permanents ».

Au cœur de la polémique figure un geste hautement symbolique : la confiscation de foulards arborant le keffieh palestinien. Selon le communiqué, des supporters munis de billets valides ont été empêchés d’entrer ou contraints d’abandonner ces écharpes. Pour beaucoup, cet épisode marque une rupture. Le keffieh n’est pas seulement un accessoire de tribune ; il représente une solidarité historique avec la Palestine qui est profondément ancrée dans les sociétés maghrébines. L’interdiction implicite de ce symbole dans un stade marocain apparaît alors comme un signal politique fort. Elle traduit, pour de nombreux observateurs, une volonté de neutraliser toute expression publique de soutien à la Palestine dans les espaces populaires les plus visibles.

Une normalisation qui change de dimension

Quelques heures avant ces incidents, le gouvernement marocain annonçait la transmission au Parlement d’une proposition législative visant à accorder la nationalité marocaine aux enfants et petits-enfants des juifs marocains émigrés. Officiellement présentée comme une reconnaissance historique de la diaspora, la mesure a immédiatement suscité des réactions critiques sur les réseaux sociaux.

La coïncidence temporelle entre ces deux faits nourrit aujourd’hui un débat politique plus large. D’un côté, un symbole palestinien serait écarté des tribunes. De l’autre, l’État facilite juridiquement l’intégration d’une communauté qui est associée au rapprochement avec l’état sioniste. Pour plusieurs observateurs, le message apparaît clair : la solidarité populaire avec la Palestine devient indésirable, tandis que le rapprochement avec l’État sioniste s’inscrit progressivement dans les structures politiques et juridiques du pays. La normalisation ne serait plus seulement diplomatique ou économique ; elle toucherait désormais l’identité nationale elle-même.

Reste-T-il un tantinet de souveraineté pour le Maroc ?

 Au-delà de la dimension symbolique, certains observateurs redoutent les implications politiques futures de cette réforme. L’octroi massif de la nationalité marocaine à des descendants juifs installés à l’étranger pourrait, à long terme, ouvrir la voie à une participation directe de binationaux aux institutions politiques du royaume.

Dans cette perspective, un scénario jusque-là impensable devient théoriquement envisageable : l’émergence de responsables politiques disposant d’une double nationalité marocaine et israélienne, pouvant accéder à des fonctions décisionnelles au sein du gouvernement ou des institutions stratégiques. Une telle évolution poserait inévitablement la question de l’autogouvernance et de l’indépendance politique du pays face à des influences extérieures croissantes.

Certains analystes estiment également que cette dynamique pourrait transformer le Maroc en vecteur de la normalisation. En institutionnalisant des liens humains, politiques et économiques renforcés avec l’entité sioniste, Rabat pourrait exercer une pression diplomatique indirecte sur d’autres États africains et arabes encore réticents à franchir ce pas. Ainsi, la normalisation ne se limiterait plus à une coopération bilatérale. Elle deviendrait un projet structurant, capable de remodeler les équilibres politiques. Dans ce contexte, la confiscation d’un keffieh dans un stade prend une signification nouvelle : celle d’un changement idéologique profond où certains symboles Palestiniens sont marginalisés pendant que d’autres alliances s’institutionnalisent.

Depuis la reprise officielle des relations entre Rabat et Tel-Aviv en 2020, le Makhzen cherche à projeter une image d’ouverture internationale et de modernité. Mais cette stratégie se heurte à une opinion publique largement attachée à la cause palestinienne. Les stades de football, espaces d’expression spontanée et difficilement contrôlables, deviennent alors des lieux où cette tension éclate frontalement. L’épisode de Rabat illustre ainsi une mutation silencieuse : le football sert de laboratoire politique. Confisquer un keffieh peut sembler anodin. Pourtant, pour une génération entière de supporters, ce geste symbolise la tentative d’effacer une mémoire militante au moment même où l’État redéfinit ses alliances et ses priorités géopolitiques. Lorsque la nationalité s’élargit pendant que les symboles se restreignent, une question demeure : jusqu’où ira la normalisation avant de se heurter à la rue ?

 Mohamed Amine Toumiat

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