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Le Tribunal de Bab-el-Oued relaxe cinq détenus poursuivis pour port de l’emblème amazigh : Une victoire et des interrogations

La joie et l’émotion étaient, hier, au rendez-vous au tribunal de Bab El-Oued, Alger, où cinq détenus d’opinion, arrêtés pour port de l’emblème amazigh et poursuivis pour « atteinte à l’unité nationale » ont été acquittés et remis en liberté par le juge.

Contrairement au tribunal de Sidi M’hamed, qui a condamné, avant-hier, 28 détenus d’opinion à de lourdes peines, la juridiction de Bab El-Oued a dans sa décision, relaxé les cinq détenus qui ont été jugés le 23 octobre dernier et contre qui le procureur avait requis une peine de 18 mois de prison ferme et une amande de 50 000 DA. Et c’est dans l’euphorie et le soulagement que les familles, les avocats, les militants ou de nombreux citoyens, femmes et hommes, ont accueilli la relaxe et la libération des jeunes Ider Ali, Boudjemil Mohand, Karoune Hamza, Belakhal Kamal et OkbiAkli qui ont passé, pour rappel, près de cinq mois en prison. Les cris de joie fusaient de partout, des youyous s’ensuivent, et le slogan « Vive l’Algérie libre et démocratique » a vite pris le dessus ainsi que « AnwawiguiImazighen (qui sommes-nous, on est des amazighs) ». Des chants du mouvement populaire et pacifique étaient aussi au rendez-vous, outre les klaxons des véhicules, une fête d’espoir et de soutien aux autres détenus encore en prison. Les larmes des parents et des proches des détenus étaient là pour rappeler la douleur des familles des détenus. «Il y a des juges honnêtes !» s’écrient de nombreux présents, en rappelant qu’il « ne faut pas oublier les détenus condamnés ou ceux qui n’ont pas été encore jugés ». « C’est une victoire, mais le combat continue  », scandaient d’autres. «La justice a dit le mot de vérité…» entend-on encore. « C’est la victoire de la justice et du peuple », lançaient d’autres.
Des avocats, qui fondaient en larmes, prenaient les membres de famille des détenus dans leurs bras. «  Le cauchemar pour ces cinq détenus est terminé, mais la lutte continue  pour les autres», disait une avocate en larmes. «Grand merci pour tous les avocats de la défense», lance encore une femme qui salue presque tous ces hommes et femmes en robe noire, après avoir, auparavant, remercier par de simple mot le peuple algérien en lançant « merci au peuple ». Un avocat laisse couler ses larmes : «La justice retrouve son cours normal, mais nous ne devons pas oublier les autres qui passeront le 18 novembre prochain au tribunal de Sidi M’hamed ». «  Heureusement qu’il y a encore des magistrats honnêtes », disaient d’autres avocats et citoyens. Bien sûr, des interrogations quant à ces verdicts distincts, entre deux juridictions ont été soulevées, par les avocats.
« Comment deux tribunaux prononcent des verdicts distincts pour les mêmes faits et les mêmes accusations ? », a déclaré un avocat, en relevant que « c’est une preuve que la justice n’est pas indépendante». « Nous avons souvent dit que le tribunal de Sidi M’hamed est une exception. Et ce verdict l’a prouvé aujourd’hui », a-t-il dit. À noter que ces jeunes manifestants, placés en détention provisoire depuis le 21 juin dernier, ont pu quitter la prison d’El Harrach vers les coups de 14h. À leur sortie de prison, l’ambiance était tout aussi festive. Un grand nombre de citoyens étaient présents pour les accueillir, outre leurs familles qui ne pouvaient pas retenir leurs émotions.
Rappelons que le tribunal de Sidi M’hamed a condamné, avant-hier, 22 manifestants à un an de prison ferme, dont 6 mois de sursis assortie d’amandes allant de 30 000 à 100 000 DA et 6 autres à six mois de prison ferme et une amande de 20 000 DA pour « atteinte à l’unité nationale ».
Lamia Boufassa