Le peuple sahraoui a commémoré hier le 53e anniversaire du déclenchement de la lutte armée dans les territoires du Sahara occidental et dans les camps de réfugiés. Cette date, hautement symbolique dans la mémoire politique sahraouie, est considérée par les autorités de la République arabe sahraouie démocratique comme le point de départ d’un long combat pour l’indépendance, d’abord contre la colonisation espagnole, puis contre ce qu’elles qualifient d’occupation marocaine.
Le 20 mai 1973 renvoie à la première action armée menée par des combattants sahraouis contre une position espagnole à El Khanga, près de Smara. Cet événement est généralement présenté comme le déclenchement de la lutte armée organisée, quelques jours après la tenue du congrès constitutif du Front Polisario Front Polisario. Lors de ce congrès fondateur, le mouvement avait affirmé sa ligne politique et stratégique, considérant que la libération nationale ne pouvait être obtenue que par la résistance armée face à la puissance coloniale espagnole. Cette position s’inscrivait dans un contexte régional marqué par les luttes anticoloniales en Afrique du Nord et sur le continent africain. Selon les responsables sahraouis, cette première opération a marqué une rupture historique majeure. Elle aurait transformé un mouvement politique émergent en une organisation de résistance structurée, capable de mener des actions militaires coordonnées et de porter la question du Sahara occidental sur la scène internationale.
Une “bataille de conscience” et de récit international
Lors d’une conférence organisée à Alger, le directeur de l’École nationale supérieure des sciences politiques, Zakaria Wahbi, a estimé que la cause sahraouie a franchi une nouvelle étape dans son évolution historique. Selon lui, elle ne se limite plus à une dimension militaire ou diplomatique, mais s’est transformée en une véritable « bataille de conscience et de perception », dans laquelle la maîtrise du récit historique et politique joue un rôle central. Il a également souligné que les débats autour du Sahara occidental sont aujourd’hui fortement influencés par les enjeux médiatiques et numériques, où circulent des discours contradictoires visant, selon lui, à influencer l’opinion internationale. Le même intervenant a rappelé que le soutien de l’Algérie Algérie à la cause sahraouie s’inscrit, selon ses propos, dans une continuité historique et idéologique héritée de la guerre de libération nationale algérienne. Il a affirmé que cette position n’est ni conjoncturelle ni tactique, mais fondée sur les principes du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sur le soutien aux mouvements de décolonisation. Dans ce cadre, Alger continue d’accueillir des initiatives politiques, académiques et diplomatiques liées à la question sahraouie, consolidant ainsi son rôle de plateforme de débat autour de ce dossier.
Le regard d’Abdelaziz Rahabi
Dans son intervention, l’ancien ministre et ancien ambassadeur d’Algérie en Espagne, le diplomate Abdelaziz Rahabi estime que la question sahraouie ne peut être résolue par la contrainte ni par l’imposition de faits accomplis. Selon lui, toute solution durable doit nécessairement passer par un processus de négociation équilibré, fondé sur la légalité internationale et le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il a également souligné que les déséquilibres de pouvoir compliquent souvent la résolution des conflits prolongés, les parties les plus faibles étant, selon lui, les premières victimes de l’absence d’un cadre juridique contraignant. Rahabi a rappelé que l’Algérie a joué un rôle diplomatique important dans l’inscription du principe d’autodétermination dans les discussions onusiennes sur le Sahara occidental, soulignant la complexité des négociations internationales sur ce dossier.
Une lecture juridique centrée sur l’autodétermination
Les interventions ont largement porté sur la dimension juridique du conflit, les participants réaffirmant que la question du Sahara occidental reste, selon eux, un dossier de décolonisation non achevé. Ils ont rappelé les résolutions des Nations unies Organisation des Nations unies appelant à l’organisation d’un référendum d’autodétermination, considéré comme le cadre légal de résolution du conflit. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de relancer un processus politique fondé sur le droit international et sur le principe du respect des choix du peuple sahraoui.
Une conférence internationale à forte participation diplomatique
À l’occasion de cette commémoration, l’ambassade de la République arabe sahraouie démocratique en Algérie, en coordination avec la commission nationale algérienne de solidarité avec le peuple sahraoui, a organisé une conférence scientifique et politique à Alger. L’événement s’est tenu à l’École nationale supérieure des sciences politiques sous le thème : « La décolonisation du Sahara occidental : le Front Polisario, 53 ans de résistance pour l’autodétermination ». La rencontre a réuni un large éventail de participants, notamment des diplomates accrédités en Algérie, parmi lesquels les représentants de Cuba, de la Mauritanie et de la Russie. Le chef de la représentation sahraouie en Algérie, Khitri Adou, était également présent, aux côtés de plusieurs responsables politiques et universitaires. Des figures politiques algériennes ont pris part aux débats, dont l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi, ainsi que des universitaires, des chercheurs, des parlementaires et des étudiants intéressés par la question sahraouie.
Un conflit prolongé et une militarisation durable
Sur le terrain, les autorités sahraouies affirment que la lutte armée s’est poursuivie après la fin de la présence espagnole, notamment face à la construction d’un mur de défense par le Maroc, long de plusieurs milliers de kilomètres, destiné à séparer les zones contrôlées par Rabat des territoires revendiqués par le Front Polisario. Ce dispositif militaire, souvent appelé “mur de séparation”, constitue selon les autorités sahraouies un élément central du statu quo territorial. Malgré cette barrière, elles affirment que la résistance militaire et diplomatique s’est maintenue, alternant entre affrontements armés et actions politiques à l’international.
De la colonisation espagnole au basculement géopolitique
Le récit sahraoui situe cette lutte initiale dans le cadre de la fin progressive de la présence espagnole au Sahara occidental Sahara occidental. L’Espagne, puissance coloniale de l’époque, aurait été contrainte de se retirer en 1975 face à la montée de la résistance armée et à la pression internationale. Ce retrait marque toutefois un tournant géopolitique majeur. À peine l’administration espagnole s’est-elle retirée que le territoire entre dans une nouvelle phase de conflit, avec l’entrée des forces marocaines en 1975, ainsi que des affrontements opposant le Front Polisario à l’armée marocaine Maroc. Les autorités sahraouies considèrent cette période comme le début d’un nouveau cycle de confrontation armée, caractérisé par des combats prolongés, des déplacements de population et une militarisation progressive du territoire.
Une guerre de libération et une construction politique parallèle
Au fil des années, le Front Polisario affirme avoir consolidé à la fois sa structure militaire et ses institutions politiques. Selon ses responsables, la lutte armée a évolué en parallèle d’un processus de construction étatique, donnant naissance à des structures administratives dans les camps de réfugiés et dans les zones sous contrôle sahraoui. Cette dynamique aurait permis au mouvement de maintenir une continuité institutionnelle malgré les conditions d’exil et de conflit prolongé. Elle aurait également contribué à la reconnaissance progressive de la République arabe sahraouie démocratique par plusieurs États et à son intégration au sein de l’Union africaine. Dans cette perspective, la lutte sahraouie est présentée non seulement comme un conflit militaire, mais aussi comme un projet politique visant à établir un État indépendant.
Le cessez-le-feu de 1991 et le rôle de la MINURSO
En 1991, un cessez-le-feu est signé sous l’égide de l’ONU, ouvrant la voie à un processus de règlement politique incluant la tenue d’un référendum d’autodétermination supervisé par la mission des Nations unies MINURSO MINURSO. Ce mécanisme devait permettre aux populations sahraouies de se prononcer sur leur avenir politique. Cependant, selon la partie sahraouie, le processus est resté bloqué en raison de divergences sur les conditions d’organisation du référendum, entraînant un gel durable du processus politique. En novembre 2020, des incidents survenus dans la zone de Guerguerat ont conduit le Front Polisario à annoncer la fin du cessez-le-feu et la reprise des opérations militaires. Depuis cette date, les autorités sahraouies évoquent une guerre d’usure, tandis que le Maroc maintient ses positions militaires le long du mur de séparation et continue de consolider son contrôle sur le territoire.
Une cause toujours présente sur la scène internationale
Sur le plan diplomatique, la République arabe sahraouie démocratique affirme bénéficier d’un soutien international variable, ainsi que d’une reconnaissance par plusieurs États et d’une participation active au sein de l’Union africaine. Le dossier du Sahara occidental demeure inscrit à l’agenda des Nations unies Organisation des Nations unies, qui continuent d’appeler à une solution politique juste, durable et conforme au principe d’autodétermination.
Entre mémoire et projection politique
La commémoration du 53e anniversaire s’est traduite par des rassemblements dans les camps de réfugiés, dans les territoires occupés et au sein de la diaspora sahraouie. Des conférences politiques, culturelles et académiques ont été organisées pour retracer les différentes étapes de la lutte. Pour les autorités sahraouies, cette date représente bien plus qu’un souvenir historique : elle symbolise la continuité d’un combat de plus d’un demi-siècle, présenté comme une lutte pour la liberté, la souveraineté et la reconnaissance internationale. Elles réaffirment ainsi que la question du Sahara occidental demeure, selon elles, un processus de décolonisation inachevé, dont la résolution ne pourra intervenir qu’à travers l’exercice effectif du droit à l’autodétermination.
M. Seghilani














































