Covid

LE PERSONNEL MÉDICAL ALERTE SUR UNE SITUATION « GRAVE » : Autorités et citoyens au pied du mur

Le virus circule activement a averti, hier, Dr Mohamed Yousfi, chef de service d’infectiologie à l’EPH de Boufarik à Blida, tirant ainsi la sonnette d’alarme sur une situation sanitaire « grave et inquiétante», non pas pour apeurer le citoyen, comme il l’a souligné, mais pour que tout le monde prenne ses responsabilités, pouvoirs publics et citoyens.

Le Docteur précise, suivant le bilan effarant enregistré dimanche, notamment 670 nouveaux cas, 12 décès et 63 patients admis en soins intensifs et 254 personnes guéries, que le nombre est près de trois fois moins en deçà de celui des admissions. C’est dans des conditions difficiles que les personnel médical affronte la vague du nombre élevé des cas infectés par la Covid19, sans compter le nombre de contaminés non hospitalisés, qui échappe aux statistiques ainsi que le dépistage et le traçage qui font défaut, en raison de l’insuffisance ou souvent l’absence de moyens pour les assurer, si ce n’est la cherté des test du PCR et autres examens chez le privé. Ceci au moment où le secteur public n’en dispose pas ou pas assez. Pour le docteur Yousfi, il est incompréhensible qu’au jour d’aujourd’hui, après neuf mois de la présence de la pandémie en Algérie, que « des tests sont encore envoyés à l’Institut pasteur pour avoir le résultat quelques jours après » alors que la maitrise du facteur temps est un des maillons forts de la chaîne de prévention et de lutte contre la propagation de ce virus. « Nous déplorons l’absence, à ce jour, de l’examen du PCR au niveau de l’hôpital de Boufarik », a alerté le docteur Mohamed Yousfi, s’exprimant sur la situation sanitaire de la Covid-19, sur une chaîne de TV nationale privée, appelant par la même occasion à l’application rigoureuse des lois et prévention contre la propagation du virus en amont des campagnes de sensibilisation sur les mesures et les gestes barrières. Mettant l’accent sur la mobilisation sans relâche, depuis neuf mois, des blouses blanches, le docteur Mohamed Yousfi rappelle les responsables du secteur de la santé, que la contamination de dizaines de soignants dans divers hôpitaux du pays et la perte de d’autres depuis le début de la pandémie, février dernier, n’ont pas été sans impact sur le secteur, outre, ajoute-il « le manque de moyens toujours en cours » rendant plus difficile le travail des soignants. Lequel travail, appelé à s’inscrire dans la durée, faut-il le souligner, en raison de l’absence, à ce jour, d’un vaccin contre la Covid-19 et ce jusqu’à juin ou mai prochain, selon les spécialistes d’ici et ailleurs. Continuant de faire face à la courbe ascendante du nombre de cas contaminés, dans des conditions de travail « insoutenables», les blouses blanches ne cessent de multiplier les appels aux citoyens, leur demandant de faire preuve de responsabilité, en s’imposant le respect des gestes et des mesures barrières à même de briser la chaîne de contamination. Des appels lancés également à l’adresse des responsables du secteur et des pouvoirs publics en général, pour la mise en place d’actions et de mesures pertinentes et adéquates, en vue de freiner, en premier temps, la tendance haussière du nombre de cas affectés et maîtriser les facteurs alimentant la propagation et la contagion, notamment par l’anticipation, le dépistage précoce et l’application des lois en matière de violation des protocoles sanitaires et le non –respect des gestes barrières, notamment le port du masque.

L’urgence d’approvisionner nos hopitaux en moyens
Si pour le docteur Mohamed Yousfi il est urgent d’approvisionner nos hôpitaux en moyens de protection et appareils de test, il déplore que face aux carences et l’incapacité de nos hôpitaux devant la montée en puissance du coronavirus, le secteur privé est quasiment absent. Ce dernier, notamment les laboratoires privés assurent des tests Covid-19, moyennant un prix que le citoyen lambda ne peut se permettre et l’afflux aux urgences est important, en raison de la période de la grippe saisonnière aux symptômes similaires à ceux de la Covid-19, toux, fièvre, maux de tête, affaiblissement… etc. Autre alerte émanant du personnel de la santé, celle du Pr Madjid Bessaha, de l’hôpital Béni-Messous, Alger, sur la situation «catastrophique» au niveau des services des urgences dédiés à la prise en charge des cas de Covid-19. ce chef de service de médecine légale à l’EHU de Béni-Messous a appelé, « à revoir l’organisation et la gestion actuelles, pour lutter contre cette épidémie » en raison des conditions et des difficultés auxquelles font face au quotidien, les blouses blanches, mobilisées, depuis février dernier. Il dira sur le rebond de la pandémie, ces dernier jours, qu’« en une seule nuit, le service a reçu quelque 150 malades suspects de Covid-19, une situation que les médecins de garde ont eu du mal à gérer, n’ayant pu hospitaliser que trois malades seulement pour manque de lits», a-t-il fait savoir. Une situation critique et difficile à laquelle a fait part aussi son collègue, le Dr Mourad Ouali, maître-assistant au service de réanimation à l’hôpital de Béni-Messous. Dans son alerte relayé sur Facebook, le Docteur Ouali affirme la saturation des services Covid-19, situation qu’il compare « à une ambiance de guerre ». « Les services Covid-19 du Chu Béni-Messous sont saturés, nous vivons une véritable ambiance de guerre, la réanimation et le déchoquage sont complets » affirme-t-il, avant de poursuivre «  le personnel est épuisé, et même la consommation en oxygène est à son maximum » et de lancer son cri de détresse : « il faut que la population et les autorités prennent conscience de la gravité de la situation. Rajouter à tout ça la rentrée scolaire et ce qu’elle va engendrer » a-t-il averti. Son collègue, le Pr Hamidi Réda Malek dira, dans une vidéo diffusée sur Facebook, que «la situation est plus que difficile et le nombre de malades graves augmente de jour en jour, alors que le personnel médical et paramédical est à bout de souffle». De son côté, le chef de service d’infectiologie à l’hôpital de Boufarik a rappelé, hier, que « 22 médecins, 40 infirmiers et 12 agents ont été infectés depuis le début de l’épidémie et un ambulancier est décédé ». Et le Pr Hamidi Réda Malek d’indiquer, dans la même vidéo que « la recrudescence de cas nécessite également le renforcement non seulement des moyens humains mais aussi matériels, notamment les tenues de protection» a-t-il précisé, sans manquer de lancer son appel aux citoyens, pour le respect des mesures barrières, dont le port du masque et la distanciation sociale. Il est à rappeler que lors de la conférence de presse animée, jeudi dernier, par le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Directeur général des structures de santé, Lyes Rahal, avait annoncé que les établissements hospitaliers avaient été dotés de 16 000 lits supplémentaires « pour améliorer la prise en charge des malades, face à la situation pandémique actuelle et en prévision d’une augmentation du nombre des cas ». Pour sa part, le Directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar, a annoncé, à cette même occasion « l’acquisition, cette semaine, d’un matériel pour le test PCR avec une capacité de
1 500 à 2 000 tests/jour », ce qui permettra, a-t-il indiqué, «  aux laboratoires et hôpitaux de répondre au nombre des cas et d’obtenir les résultats des tests en temps réel. En attendant que la courbe ascendante de la propagation du virus connaisse, une halte pour prendre, par la suite une tendance baissière en nombre de cas contaminés, le respect des gestes et mesures barrières, la vigilance, et de surcroît, le bon sens sont de mise, ne cesse de le rappeler le personnel médical.
Karima Bennour