La superstar portoricaine Bad Bunny a entamé samedi dernier une série de dix concerts à Madrid, nouvelle illustration de l’importance pour les artistes latino-américains de la capitale espagnole, devenue un passage obligé et une scène incontournable en Europe.
Avec ces 10 dates, échelonnées du 30 mai au 15 juin, c’est Madrid qui accueillera le plus grand nombre de concerts de la tournée mondiale « Debí Tirar Más Fotos » de Bad Bunny, mis à part son île natale de Puerto Rico, où il avait donné l’an dernier pas moins de 31 spectacles. La Colombienne Shakira enchaînera, elle, avec une résidence de 12 soirées à partir du 18 septembre, dans une salle temporaire en construction dans le sud de Madrid pouvant accueillir environ 50.000 personnes. La « Reine de la pop latine », comme elle est parfois surnommée, a promis de se donner « à fond » pour ces concerts madrilènes, dernière étape de sa tournée mondiale « Women Don’t Cry Anymore » et qui seront ses seules dates en Europe. « En ce moment, Madrid est une étape incontournable pour tout grand artiste latino en tournée », confirme auprès de l’AFP Leila Cobo, directrice éditoriale de musique latine chez Billboard, basée à Miami.
« Absolument toutes les grandes stars latines se produisent à Madrid », selon elle, et la multiplication de ces concerts d’artistes latino-américains de premier plan s’explique notamment par la hausse de l’immigration en provenance d’Amérique latine, qui a transformé le public et le marché musical de la ville. Le nombre de résidents de la région de Madrid nés en Amérique latine est passé d’environ 80.000 en 1999 à un peu plus d’un million en 2024, soit environ un habitant sur sept, selon les dernières données officielles. Ce changement démographique a contribué à populariser les rythmes latins à Madrid, du reggaeton au hip-hop en passant par la pop ou les styles traditionnels, le tout facilité par une langue commune, poursuit Leila Cobo.
« Bande-son de leur vie »
Alors que la musique des artistes latins était largement absente des radios espagnoles en 2008, elle représentait en 2023 44% de l’ensemble des titres diffusés sur les stations musicales, selon une étude de l’université Nebrija, une université privée de Madrid.
Les musiciens latino-américains dominent également les plateformes de streaming en Espagne, les artistes de reggaeton et de musique urbaine comme Bad Bunny et Karol G arrivant régulièrement en tête des classements annuels. « Les jeunes ont grandi en écoutant du reggaeton et de la musique urbaine latine, donc c’est en quelque sorte la bande-son de leur vie », a expliqué à l’AFP l’auteure de l’étude, la professeure de communication Lourdes Moreno Cazalla: « Pour eux, ce n’est pas une musique étrangère: c’est le son de leur jeunesse ». L’essor du genre a attiré producteurs et auteurs-compositeurs à Madrid, et donné naissance à de nouveaux festivals qui lui sont dédiés. Le chanteur, auteur-compositeur et producteur colombien Mauricio Rengifo, qui a co-produit le tube « Despacito » en 2017, a déménagé à Madrid en mars après dix ans à Los Angeles, selon le quotidien espagnol El País.
« C’est devenu la capitale de la musique en espagnol. Madrid est très à la mode: on y vit bien, et cela attire les talents », a-t-il confié au journal. La plupart des grands labels mondiaux disposent de bureaux dans la capitale espagnole et ont renforcé leur attention à la musique latine, en particulier au développement d’artistes. Depuis 2022, Warner Music Spain accueille même de nombreux artistes latinos dans son hub créatif, The Music Station, au centre de Madrid. Au programme, « camps d’écriture musicale » et d’autres sessions réunissant artistes espagnols et latino-américains pour collaborer à l’écriture et à l’enregistrement.
Parmi les événements consacrés à la musique latine qui ont émergé à Madrid figure Iberoexperia, un cycle de concerts annuel dédié à la musique contemporaine ibéro-américaine, organisé depuis 2022 et servant de vitrine aux programmateurs. La programmation de cette année inclut la chanteuse colombienne de folk contestataire La Muchacha et le groupe vénézuélien de funk Los Amigos Invisibles, issu de la scène musicale alternative de Caracas. Pour ces artistes, le festival recouvre un espoir, résume pour l’AFP la directrice de l’événement Anamaria Rigotto: « Madrid est une porte d’entrée vers l’Europe, qui est un marché gigantesque ».












































