Le Hirak « béni » et la marche pour une Algérie glorieuse

Par Ali El Hadj Tahar

Dimanche passé, Kherrata a célébré le 1er anniversaire de la manifestation qui a eu lieu le 16 février 2019 dans cette ville contre la candidature à un 5e mandat de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika. Cette manifestation avait alors donné le coup d’envoi à une vague de contestation populaire sans précédent contre le système Bouteflika, poussant ainsi à la démission de celui-ci le 2 avril 2019. Le rassemblement du 16 février 2019 à Kherrata a réuni des milliers de manifestants contre un nouveau mandat d’un président impotent et aphasique. Cette manifestation a sans conteste réuni le plus de citoyens, mais il faut rappeler que la flamme était déjà allumée et que l’étincelle est partie un peu plus tôt de Khenchela, lorsque quelques protestataires ont annulé le déploiement d’un immense portrait de «Fakhamatouhou» sur la façade de la mairie. À Khenchela, le wali a dû freiner la ferveur du maire pour prévenir des réactions plus vives, mais l’étincelle avait allumé le feu, à Jijel, Bordj Bou-Arreridj ; et l’on parlait déjà d’un grand rassemblement dans toutes les villes du pays pour le 22 février.
Le fameux vendredi du Hirak était lancé. Gigantesque, le premier a rassemblé des milliers de personnes même dans les petites communes, et l’on a parlé de millions pour Alger. Peu importe le nombre : la majorité écrasante du peuple disait « Non » à un régime qui avait foulé au pied le principe de « Par le peuple et pour le peuple » et pour le remplacer par des mots d’ordre mafieux de toutes sortes de pillage, prédation, dilapidation, détournement, corruption, malversation… Longtemps silencieux, le peuple couvait sa colère, par sagesse et non par veulerie comme le croyaient ses ennemis, nombreux, qui ne connaissaient pas la leçon de Novembre et ignoraient que 54 était dans les gènes du peuple depuis un passé très lointain car il savait patienter avant de chasser tous les dominateurs qui se sont succédé sur sa terre, locaux ou étrangers fussent-ils.
Ainsi donc, de simple demande de rejet populaire ferme d’un 5e mandat pour Bouteflika, l’on arriva grâce à l’ANP, à la demande d’application des articles 102, 7 et 8, puis à la déchéance de celui dont l’entêtement à rempiler lui a été fatal ainsi qu’à son clan. Les menaces proférées par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales d’user des moyens de l’État pour faire barrage aux «ennemis du pays» qui, selon lui, voulaient «gâcher la fête de l’élection présidentielle», ont été fatales à ceux qui voulaient faire de la République, un royaume dans la durée. Forte, la volonté du peuple, unie à celle de l’ANP, a mis fin à un régime dépensier, gaspilleur, injuste et goulûment prédateur.
Foncièrement mafieux, le clan qui s’est constitué en 1999 a dépensé plus de 1000 milliards de dollars en deux décennies sans créer de richesses voire, détruit l’industrie nationale, aggravant ainsi la dépendance du pays vis-à-vis des hydrocarbures et de l’importation, le laissant exsangue dès que les prix du pétrole et du gaz ont chuté. Le « Hirak béni» pour utiliser l’expression du président Tebboune a sorti le pays d’un gouffre qui aurait pu l’avaler définitivement, si ce n’est le mouvement populaire pacifique pour l’édification d’un État de droit.
A. E. T.