TOXIOMANIE

La lente et dangereuse plongée des jeunes dans l’univers psychédélique : De la toxicomanie à la pharmacodépendance

La consommation de drogue et de psychotropes prend une ampleur périlleuse en Algérie. Le nombre de toxicomanes augmente chaque année et touche toutes les couches sociales et tous les âges. D’après les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la consommation de drogue dans chaque société à travers le monde représente près de 6% de la population. Pour se mettre à l’abri de ce fléau mortel, tout le monde doit s’impliquer, à commencer par la cellule familiale, l’environnement social et l’action effective de tous les acteurs sociaux.

Pour faire état sur la gravité de cette situation, nous vous proposons à lire le dernier bilan établi, dressé par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, où les chiffres rendus publics dernièrement par ce service sont sans doute alarmants. Durant les huit premiers mois de l’année 2018, la quantité de cocaïne saisie a très fortement augmenté, passant de 3.951,4 grammes durant les huit mois de l’année 2017 à 670.225,3 grammes à la même période de 2018. Pour ce qui est de la quantité d`héroïne saisie, elle a également augmenté (+13,27%) passant de 985,7 grammes à 1.116,5 grammes durant la même période de référence. Quant aux psychotropes, le bilan relève aussi une hausse de 28,2% des quantités saisies, passant de 746.424 à 957.403 comprimés durant cette même période.

De la toxicomanie à la pharmacodépendance
Les experts livrent des diagnostics sans complaisance sur la situation des toxicomanes en Algérie. Ils affirment que la prise en charge de ces personnes droguées est très coûteuse, tout en avouant que le pays compte deux centres de cure seulement, un à Blida et l’autre à Oran. Pour une population de près de 40 millions d’habitants c’est insuffisant. D’après un médecin généraliste, Dr Fahima B. nous a fait savoir que : «la stratégie nationale de lutte contre la drogue est basée sur deux volets ; la répression et la sensibilisation. Dans ce cadre, il faut savoir que tous les soins sont répartis sur le territoire national pour prendre en charge les personnes toxicomanes qui sont très nombreuses en Algérie.» Avant de parler sur la toxicomanie, notre interlocutrice a bien voulu prendre le soin pour bien déterminer la situation, elle s’est expliqué sur les drogues en disant : «Il faut savoir qu’à l’heure actuelle nous ne parlons plus de toxicomanie mais de pharmacodépendance. Et il faut quand même définir ce qu’est une drogue.
La drogue est une substance naturelle ou synthétique licite ou illicite qui modifie la conception de la réalité en agissant sur le système nerveux central.» Concernant les nouvelles drogues qui envahissent notre pays, Dr Fahima indique que : «De nouvelles drogues de synthèse existent dans le monde et non seulement en Algérie avec des produits qu’on ne connaissait pas, il y a parfois des symptômes qu’on ignore, donc au bout d’un cas ou deux cas on apprend sur le tas avec ces nouvelles drogues de synthèse. Je vous donne un exemple, un jour j’ai traité une patiente qui a pris le G.H.B. sans savoir la dose qu’elle peut supporter. Vous savez, en petites quantités le G.H.B. est un euphorisant, mais à haute dose il crée des trous de mémoires, il est connu sous le nom du drogue de violeur. Ces risques se répercutent sur la perte de connaissance et le faite que le malade ne soit pas conscient de ce qui se passe autour de lui c’est très vulnérable, et c’est ce qui est arrivé à cette fille que je l’ai soignée, elle a eu des attaquescardiaques, tensionnelle et respiratoires.»

Lorsque les conditions socio-environnementales poussent les jeunes à sniffer
Par ailleurs, nous avons interrogé un autre toubib sur les raisons qui poussent les jeunes à consommer la drogue. Notre interlocuteur explique.  «Les jeunes sont très curieux, ils veulent essayer absolument tout ! Expérimenter un produit dont il a entendu parler à plus forte raison si c’est interdit, un peu comme la première cigarette. Vient ensuite la pression du groupe et l’effet de mode pour ne pas être exclu et marginalisé. Il y a aussi les conduites à risque, le plaisir, car la drogue procure du plaisir qui est malheureusement éphémère. D’autres aspects entrent en considération, tels que la convivialité, notamment le cannabis consommé lors de fêtes et soirées privées. Et pour finir, les conditions socio-environnementales. Il faut savoir que la drogue touche tous les milieux. Elle ne fait pas de différence sociale, mais quand on survit dans la misère, la précarité, sans emploi et parfois même sans logement, on peut facilement fuir dans la drogue. Ajouter à cela la pauvreté du paysage culturel et l’injustice sociale, la drogue reste la seule échappatoire. On consomme pour fuir une réalité insupportable et mettre à distance tout ce qui pose problème. »

Ces substances pharmaceutiques fortement prisées
Dans ce récit, nous avons fait appel aux témoignages de spécialistes en pharmacie, car à partir des officines pharmaceutiques, toutes sortes de médicaments et autres substances médicalement certifiées y sont disponibles. Ainsi avec B. Mustapha, pharmacien de son état, nous avons évoqué avec lui ce sujet, sans pour autant qu’il sache l’objet de notre mission. Il dira à ce propos qu’«aujourd’hui, il y a plusieurs variétés de substances utilisées. Il y a les stimulantes telles que les antiparkinsoniens de synthèse, l’artane, parkidol. Il y a également la cocaïne, amphétamines, ecstasy, solvants, diluants. Il y a les excitants, comme la caféine, la nicotine, l’alcool à faible dose. Il y a aussi la famille des sédatifs comme les hypnotiques, tranquillisants essentiellement les benzodiazépines, comme le rivotril, diazépam et maintenant bromozépam (kiétyl). Il y a les opiacées et dérivés d’opium, la codéine, la morphine, tramgésic et l’héroïne. » Il souligne que la loi interdise la commercialisation de ce genre de médicament, seulement les malades qui ont des ordonnances qui peuvent s’approvisionner. Par contre, il n’a pas exclu l’idée que ces médicaments se vendent illégalement chez les trafiquants de drogue…

600 000 toxicomanes en 2016 Près de 100 000 EN PLUS aujourd’hui
Le recensement de 600 000 toxicomanes en 2016 en Algérie interpelle davantage et appelle à la vigilance et à la lutte contre le fléau de la drogue, selon le président de l’Instance nationale de promotion de la santé et de développement de la recherche, Mustapha Khiati, qui a indiqué que l’étude menée dernièrement par l’Office national de lutte contre la toxicomanie et la drogue fait état de 600 000 toxicomanes à travers le pays recensés en 2016.
«Il faut intensifier les efforts à tous les niveaux pour lutter contre le danger de la toxicomanie », a-t-il insisté, soulignant que la lutte contre la drogue est devenue l’affaire de tous.
« La violence en milieux scolaire et familial a une relation directe avec l’addiction », a soutenu le professeur Khiati, ajoutant qu’une stratégie doit être mise au point par tous les acteurs de la société civile, parents d’élèves, afin de faire face à ce fléau.
« La drogue conventionnelle n’est pas le seul danger pour les jeunes », a-t-il souligné, ajoutant qu’ »il faut mettre en place une stratégie de lutte contre la cybercriminalité, d’où la vigilance des parents. »
B.M. Wali