Mahrez-Bentaleb

La Coupe du monde pour relancer le débat au Maghreb : On achève bien les … Binationaux

Le Maroc quitte le Mondial russe par la grande porte. Le temps est sûrement aux regrets chez les poulains de Renard qui ont longtemps cru à un exploit face au super favori espagnol qu’ils bousculeront tout au long d’une partie bien maîtrisée finalement. Immense déception pour une sélection qui aura montré de belles choses contrairement aux autres représentants arabes sortis sur la pointe des pieds d’un tournoi s’avérant trop grand pour eux. Mais le débat est, malheureusement, ailleurs comme l’aura montré à chaud et dans des propos amères, le capitaine chérifien, Mehdi Benatia à l’arrivée de la défaite loin d’être méritée concédée devant le Portugal de Ronaldo et qui aura décidé de leur retour à la maison. Fin d’un rêve et début de grosses polémiques. De belles promesses en passe de s’envoler

Par Azouaou Aghiles

Déjà-vu et entendu
On achève bien les héros. Et sur cette belle prestation accouchée admirablement face à l’armada de super stars ibériques menées par le toujours jeune Iniesta et consorts qu’ils feront longtemps douter en menant à deux reprises à la marque avant de passer à côté d’une victoire historique, les «Lions de l’Atlas», de loin la formation arabe qui aura fait la meilleure impression lors de ce 1er tour au final duquel le quatuor formé de l’Egypte, dont le voyage en Russie tournera au fiasco, la Tunisie, dans ses petits souliers et incapable de soutenir la comparaison dans un groupe où il y avait pourtant de la place à «quelque chose», de l’Arabie Saoudite bien loin du niveau international, mais qui s’en revient au pays avec un succès quand même en disposant de petits «pharaons» comme plombés par des dissensions internes, et bien évidemment ce onze national marocain qui peut s’en vouloir d’avoir laissé filer une belle occasion d’entrer dans la légende bien que versé dans une poule des plus relevées et où la marge de manœuvre s’avérait au départ des plus étroites avec la présence du tandem Espagne- Ronaldo pas aussi dominateurs qu’on le craignait, et un troisième larron iranien bien en jambes et qui aura tiré son épingle du jeu en traitant d’égal à égal avec les favoris. Un sérieux client iranien qui aura également décidé, d’entrée de jeu, de l’avenir des camarades au fougueux demi Benatia qui fera le buzz dans le royaume, et pas seulement, en disant son ras le bol et de ses coéquipiers quant au triste sort qui leur a été réservé, des langues s’étant curieusement déliées en leur reprochant (ça ne dit rien à nos lecteurs ?) leur «peu d’engagement patriotique» au motif, on l’aura deviné (du déjà-vu et entendu chez nous et c’est ce qui a précipité l’inexorable descente aux enfers des «Verts» qui, pourtant, promettaient monts et merveilles dans leur quête de domination du continent africain et qui se limitent désormais à … limiter la casse devant des adversaires de seconde zone) qu’ils détiennent un double passeport ou double nationalité. Donc pas si «impliqués» que çà et ne défendant pas les «couleurs» avec suffisamment de cœur. Et que, côté «patriotisme», ils devraient repasser. En gros, et dans le détail (ce n’est pas nouveau en Algérie, et nos « pros », ceux nés précisément ailleurs- les écrits et toutes les insanités déversés par de pseudo consultants revanchards et à la jalousie sans limites dont le travail de sape, de destruction d’une sélection qui avait tout d’une grande, car composée, et on n’exagère aucunement, de très grands joueurs et qui boira, sous les coups de boutoir incessants et tellement ravageurs, le calice jusqu’à la lie après avoir été mise à terre nos spécialistes es- auto flagellation- ont en payé le prix fort ratant lamentablement les qualifications justement pour un Mondial où ils figurent parmi les absents de marque, mais avec la satisfaction qu’ils sont fortement regrettés par leurs pairs arabes), ils s’apparentent à une nouvelle forme (nos champions des plateaux T.V avec une présence certes de tous les instants, mais ne rendant service ni à la discipline ni à l’image du pays, ne le disent pas en ces termes, mais excellent dans une surenchère dont on apprécie les gros dégâts) de «mercenaires» mus par le seul appât de l’argent qu’ils «volent» (carrément !!!) aux malheureux «locaux» (forcément autrement plus «engagés» et à la fibre- merci pour la discrimination messieurs – «nationaliste» certaine) et laissés injustement pour-«compte.»

Mauvais procès
Devant la forte et impitoyable adversité imposée par la bande à Ronaldo et un arbitrage à la limite du partial, les «Lions», avec un cœur gros comme ça, n’ont pu rugir et laisseront, sur le fil et sans trop démériter, le gain des trois points à un client à la carte de visite autrement plus consistante et qui s’en sort d’un curieux match-piège. Après avoir baissé pavillon (dans les temps «morts» comme on disait dans le temps – une terminaison qui colle mieux à la tournure prise par les évènements- ) devant une vaillante et bonne formation iranienne sur un auto-goal, les Ziouèche et autres Boutaïb, Amrabat ou En-Nesyri reprenant du poil de la bête, qui n’y pourront rien contre les deux super favoris de la poule, se sont toutefois formidablement lâchés et quittent la scène la tête haute après avoir, notamment fait trembler l’armada espagnole qui passera par toutes les émotions, lors d’une empoignade haute en spectacle. A suspense dans une soirée un peu folle où les deux équipes ont gardé le meilleur pour la fin, les coéquipiers de Sergio Ramos sauvant le petit point leur assurant la place de leaders, alors que les Marocains, n’ayant au final rien à se reprocher, se retirant sur une très belle note. Sur fond «d’injustice flagrante». Mais aussi, et surtout, un sentiment de «mauvais procès». D’une «chasse aux sorcières» qui ne dit pas son nom et fait sortir de ses gonds un Benatia connu pour ne pas avoir (les Mahrez, M’Bolhi, Ghoulam etc…) n’ont peut-être pas eu le courage nécessaire pour se défendre et dire le mal- être né d’une incroyable campagne de «mise à mort » qui aboutira à la crise actuelle sous la forme d’une descente aux enfers qui finira par un «désamour» préjudiciable entre les «Fennecs» et leurs fans, ces derniers ayant été victimes d’un travail de sape des tenants du «tout-local») avoir la langue dans la poche. Qui explosera aux micros des médias après la défaite concédée (avec la bénédiction de l’arbitre ?) au Portugal en s’en prenant à leurs pourfendeurs tapis à l’ombre d’une impunité (comme dans notre si chère maison-foot où ceux qui tiennent le «crachoir» ne sont pas, forcément, ni les plus intègres, ni à leur place) quasi assurée où il s’agit de régler leur compte (on l’aura constaté en divers occasions, à chaque couac ou mauvais résultat, la sentence étant de les condamner à la pendaison haut et court) à ces «stars» venues prendre la place des vrais «citoyens» du pays. Mercredi 20 juin, au «Luzhniki Stadium» à Moscou, le Maroc aligne son second revers en autant de sorties et ne se fait plus d’illusions quant à la suite de l’aventure dans le show planétaire. Sans se montrer dominateurs, bien au contraire, les Lusitaniens éprouveront d’énormes difficultés à prendre la mesure d’un vis-à-vis maghrébin qui aurait pu aspirer à mieux. A un nul à tout le moins qui aurait préservé quelque peu ses chances de rester en vie avant le test espagnol qu’ils négocieront, contre toute attente, sans le moindre complexe, la «Roja» bousculée comme jamais, alternant le mauvais et le franchement pire, en passant tantôt à la seconde place, tantôt à côté de l’élimination pour enfin sauver la mise (une égalisation inespérée et sujette à polémique en raison d’une mauvaise appréciation de l’arbitre et une 1ère place tout aussi inespérée qui lui permet d’éviter, en 8e de finale, une Croatie superbe de talent et d’audace) aux ultimes instants d’une rencontre qu’ils n’oublieront pas de sitôt.

«Enfants gâtés ?»
Un scénario à l’identique depuis le début du tournoi qui désole au plus haut point le défenseur des «Lions», Benatia, qui revient sur les deux premiers coups du sort face successivement à l’Iran et au Portugal, non sans réserver, sans mettre de gants, quelques propos peu amènes à leurs détracteurs. Déclarations on ne peut plus symptomatiques du malaise ambiant et de la culture de «destruction» systématique de tout ce qui est beau dans notre sous-région. On apprécie : «Le premier match était terrible. Prendre un but alors que l’Iran n’a pas frappé une seule fois au but en deuxième mi-temps… On avait à cœur vraiment de gagner pour les supporters, qui sont extraordinaires. On avait vraiment envie de leur montrer ce qu’on est capable de faire, de leur montrer quelle fierté ont a d’être là et de les représenter. Et je pense qu’on a fait 90 minutes de grande qualité avec une équipe jeune qui est pleine d’avenir. J’ai toujours été fier de jouer dans cette équipe, de jouer pour mon pays.» Net, clair et sans bavure sur l’amour que les binationaux, tellement décriés, ont pour leur maillot national. La suite ? Un immense tacle d’ «El Capitano» comme on le surnomme, à juste titre du côté de Turin, chez la «Vieille Dame» où il s’impose comme un des pions indispensables dans l’échiquier du non moins génial tacticien Allegri. Un tacle sec réservé à des gens (ça ne vous dit rien encore une fois?) «proches de l’équipe nationale» qui, après la défaite contre l’Iran, n’ont pas hésité à traiter les joueurs d’«enfants gâtés». Et de conclure avec une assurance se passant de tout commentaire : «On n’est peut être pas les meilleurs du monde, mais on a beaucoup de cœur et aujourd’hui on l’a vu. Des joueurs (comme Boussoufa qui mesure 1,5m et il le souligne avec force) ont gagné des duels contre des joueurs qui font deux mètres. On a vu une équipe d’hommes et, honnêtement, je suis triste de sortir de cette compétition, mais un grand merci à tout notre peuple qui est venu nombreux ici en Russie.» Belle conclusion qui dit ce qu’elle veut dire. Comme un message destiné à la fédération royale marocaine afin de protéger ce groupe (l’exemple algérien est là pour apprécier l’immense gâchis à inscrire au registre d’une œuvre de destruction que l’E.N finira par payer chèrement et dont elle a du mal à se relever malgré d’énormes potentialités) capable de meilleures prestations. Capable surtout d’élever (et ce n’est pas le tandem Espagne- Portugal, excusez du peu, qui nous démentira) à la hausse ses objectifs et donner du plaisir à leur public. Comme pour nos «Fennecs», régulièrement traînés dans la boue et auxquels on ne fera que très rarement de cadeaux, les «Lions», s’ils quittent la scène un peu trop tôt, sans réaliser leur rêve de frapper un grand coup, avec tellement de regrets, sont à un tournant décisif, voire historique de leur avenir. Et s’ils veulent grandir (les mésaventures extra-sportives vécues malheureusement au pays des tsars ont cet avantage de les souder, mieux unir leurs rangs), ils ne perdraient absolument rien à s’inspirer de l’expérience des «Verts» contre lesquels se sont liguées des forces obscures, les champions du statuquo permanent et autres forces d’inertie allergiques à tout changement, dont la trajectoire pourrait leur ressembler.

La revanche des … «guignols »
A «ces gens proches de l’E.N» visés par l’inénarrable «guide» Benatia (sa seule présence et son courage ont servi le groupe dans la difficulté) qui sait comme personne «le dévouement sans bornes qu’est celui des binationaux pour leur drapeau», la réponse est sans équivoque : «les émigrés», comme on les appelle, «ne sont pas des enfants gâtés. Ils ont, au contraire, beaucoup de cœur. Jouent (n’en déplaise aux donneurs de leçons) avec cœur.» La suite est toute simple, la réponse coulant de source : la discrimination (lire la dichotomie locaux- pros) ne pouvant ou ne devant mener qu’à une version revue et corrigé du cas algérien qui aura voulu que l’on sacrifie, sur l’autel de la bêtise et des intérêts occultes, une formidable équipe qui avait tout pour continuer le rêve d’un certain Mondial brésilien. C’était un certain été 2014. Depuis ? On n’en finit plus de payer les pots cassés et à compter les mauvais coups et les mauvais choix. On ferme les yeux et croise les doigts en espérant qu’après l’épisode Madjer, on a définitivement retenu les leçons et défini les priorités. Pas seulement dans le dossier si difficile du choix du prochain entraîneur. Dans la même logique, les sélections algérienne et marocaine, qui ont connu, à quatre ans d’intervalle, des fortunes diverses en Coupe du monde, ont cet avantage unique de posséder une génération de joueurs surdoués (à la bourse des valeurs mondiales, la majorité des joueurs soutiennent largement la comparaison avec ce qui se fait de mieux sur la planète-foot) en mesure de les hisser parmi les grandes nations. En se montrant plus ambitieuses pourquoi pas. Ne grandit-on pas des grandes défaites ? Sauf que chez nous, ce n’est pas le seul paramètre qui compte. Comprendra qui voudra. Benatia et ses frères, comme pour Feghouli et consorts, survivront-ils au débat qui suivra nécessairement le super show du football universel ? Difficile, vraiment, d’y répondre. Avec des joueurs qui ont «gros sur la patate» pas seulement en raison du contenu des prestations livrées, et se désolant de certains comportements qui les ont profondément blessés, voir de nombreux cercles leur tourner le dos, surement que les discussions seront houleuses et pas forcément objectives. En rendant un vibrant hommage à la combativité et à la loyauté (important de le souligner), Benatia, qui a voulu «montrer à ces guignols», comme il le dit si bien, de quoi les «expatriés» (sans exclure les «locaux» bien sûr) sont capables, ne compte pas s’arrêter à ce seul «rugissement» qu’il veut porter assez loin pour éviter que ceux qui leur ont tourné le dos au premier pépin ne terminent le sale boulot. On peut le croire.
Aouaou Aghilas