EN Algérie

Ils ne verront pas la Russie / Verts-supporters : Nous nous sommes pourtant tant aimés

L’émotion et les frissons sont toujours là. Les souvenirs impérissables. 2010 sur les terres de la légende Mandela, en Afrique du Sud. 2014, dans les contrées d’une autre icône, Pelé, au Brésil. Le vert était mis. Omniprésent. L’Algérie du football n’en finit plus de faire la fête. Ne dort presque plus. Pas le temps. On fête ses nouvelles idoles. Ses héros sortis tout droit d’un rêve lors de ce qu’on appelle encore aujourd’hui l’«épopée» d’Oum Dourmane

«Trois, deux, un, on ne rêve plus»
Comment ne pas s’émouvoir à l’évocation de ces hauts faits d’armes à chaque fois que l’on aborde ces deux exploits synonymes de retour au premier plan du football algérien. Des images à jamais gravées dans la mémoire collective et qu’on ne se lasse également jamais de revoir. Avec un refrain qui aura fait le tour du monde. «One, two, three, viva l’Algérie.» Chanson connue mais momentanément remise aux placards. «Trois, deux, un». En français dans le texte. Le compte à rebours. Quelques heures avant le lever de rideau sur une autre édition (la 21e) du plus prestigieux tournoi quadriennal inter nations à l’échelle universelle.
De nouvelles émotions lorsque le chanteur britannique Robbie Williams, avant bien sûr le match d’ouverture entre le pays organisateur, la Russie, et l’Arabie saoudite, en donnera le coup d’envoi officiel. Sur fond de regrets cette fois. Beaucoup. Tellement. Enormément. Nostalgie ? Plus que ça après une élimination au parfum de drame national. Jeudi, aujourd’hui, cet après-midi, le monde est convié, l’espace d’un peu plus d’un mois (la compétition s’étalera du 14 juin au 15 juillet) à la fête du football sous le chapiteau dressé en la circonstance au pays des tsars. Parmi les invités de marque, l’ex-star brésilienne Ronaldo (l’autre, le vrai, pas le portugais) qui parle, non sans émotion, de cet instant très symbolique pour les équipes présentes en des termes accentuant notre frustration de devoir suivre l’évènement des évènements à la télévision. Commentaire de ce véritable monstre sacré du ballon rond deux fois (1994 et 2002) vainqueur du trophée des trophées : «Le match d’ouverture est toujours très symbolique. C’est l’instant où vous réalisez que le grand moment que vous -joueur ou fan- attendiez depuis quatre ans, est finalement arrivé (…) Je suis maintenant heureux de partager cet enthousiasme avec les Russes.» Merci de nous rappeler, du haut de l’immense talent qui a été le votre. Heureux qui comme les Algériens, joueurs et fans, resteront à la maison à compter les mauvais coups. A remonter le temps. En se rappelant cette chevauchée fantastique de Antar Yahia qui s’en ira, dans la plus algérienne des villes soudanaises, Khartoum et sa banlieue aux couleurs «vert, rouge, et blanc, et d’un boulet de canon, signer la fin des illusions égyptiennes au terme d’une bataille héroïque. Un but tout de beauté ou de toute beauté, sorti des tripes, presque venu d’ailleurs et qui mettra, comme seul le sport-roi peut le faire, le peuple algérien en transe et libéré d’une insoutenable angoisse, dans la rue. C’était un novembre 2009. Le mois des victoires. Une douloureuse page de l’histoire contemporaine de l’Algérie vient d’être tournée. Oubliée la décennie noire et les drames quotidiens. On fête ses héros et on conjure les mauvais sorts. Et pas mieux que l’«ennemi intime égyptien», à l’arrivée d’une «der» historique jouée sur terrain «neutre», et qui sortira longtemps de son cadre sportif, pour se refaire une santé. Belle forcément. Vingt quatre ans d’attente. Longue à désespérer puis la libération des pieds magiques de notre Antar national.

Le temps des regrets et des incertitudes
Un petit but qui suffit à notre bonheur avant que, pratiquement avec les mêmes têtes qui s’en sont allées écrire une des plus belles pages d’un ballon algérien plus aussi rond qu’on ne le souhaite et rebondissant plus que jamais mal, qu’au pays du roi Pelé, l’exploit est au rendez-vous. Une barrière psychologique qui tombe et les portes d’un 2e tour qui s’ouvrent grandement avant que le futur champion du monde, l’actuel détenteur en titre, n’échappe à l’humiliation d’une élimination historique et ne s’en sorte miraculeusement au bout d’un long suspens. Merci pour les bookmakers. Merci surtout de nous avoir fait rêver debout avant de s’éclipser par la grande porte. Avec les honneurs d’un outsider qui aura fait plus que se défendre. Reconnaissant, pays de football, le Brésil se lèvera pour saluer le talent d’un onze qui aurait pu. Aurait pu, par exemple, sans que l’on ne crie au scandale, se mêler aux favoris. Il a fallu la patience et le métier de Neueur, ce grand gardien qui n’oubliera pas de sitôt ce test où il lui a fallu souvent se reconvertir en libéro de charme pour sauver la mise, et ses camarades pour renvoyer chez lui ce candidat un peu trop iconoclaste. Secrets d’une belle campagne qui aurait pu connaître un meilleur sort. Une place parmi les grands dans des tours plus avancés. 2010 et 2014. Secrets d’un joli retour. Emotion garanties à en reparler. L’épilogue de deux éditions de pur bonheur où l’Algérie jubilait. Deux éditions comme dans un rêve qui durait indéfiniment. C’est reparti pour le super show planétaire.
Dans quelques heures, vers les coups de 16h00 (algériennes, 17 à Moscou), l’Algérie, qui prépare l’Aïd El-Fitr, aura-t-elle le cœur à s’arrêter un instant pour allumer la télé en oubliant que ses favoris ne seront pas là pour la faire, à nouveau, rêver ? Sérieux dilemme. Difficile d’oublier ces beaux moments d’un certain 30 juin 2014 et ce match qui aurait pu tourner à la vraie légende s’il n’y avait pas eu ce diable de Mesut Ôzil qui, en tout fin de partie aura eu finalement raison d’un intraitable, époustouflant Rais M’Bolhi et permettra à l’auguste «Mannshaft», dans un 8e de tous les risques, de s’ouvrir, in-extremis, le chemin menant au toit du monde. 14 juin 2018. Le jour où la planète va devoir s’arrêter le temps d’une cérémonie d’ouverture qu’on imagine grandiose et un match d’ouverture où le pays organisateur n’aura pas de questions à se poser s’il veut aller loin. Le jour de bien des regrets et frustrations. La Coupe du monde au Brésil n’est plus qu’un vague souvenir terni par une descente aux enfers à laquelle les observateurs les plus neutres ne comprennent rien. Pour des revers à répétition dénotant d’une longue et inexorable descente aux enfers de «Verts» pourtant promis à un bel avenir. L’équipe née de ce pied de nez à la logique à la mode «samba» rentre aussi doucement que peu sûrement dans les rangs. Manque de certitudes. S’enfonce dans le(s) doute(s).

L’Allemagne pour le redire ?
Une belle génération du jeu à onze national qui baisse pavillon. Comme lors de cette semaine de cauchemar qui verra Mahrez et ses frères boire le calice jusqu’à la lie en sortant par la porte de service d’une campagne qualificative désastreuse. La Zambie, en l’espace de quatre jours était passée par là. Deux défaites de suite et une équipe définitivement à terre. En deux sorties où l’essentiel sera ailleurs. La crise qui s’installe. A l’infini. L’avenir désormais en pointillés. Avant la Zambie, il y aura eu, bien sûr, le nul de Blida face au Cameroun, suivi d’un revers cinglant au Nigeria, et un autre face aux «Lions Indomptables». La fin de ce «groupe de la mort» et une première victoire anecdotique. Sur tapis vert face aux «Super Eagles» la tête déjà en Russie mais qui se rendront coupables d’une «erreur» administrative qui transformera le nul arraché à Hamlaoui (Constantine) en défaite, n’honorera en rien leurs adversaires du jour noyés dans leurs doutes. Une génération dorée qui peine à confirmer. En désamour avec son public qui ne lui pardonne rien, lui qui sait aussi bien aimer à la folie que châtier durement. Dans leurs salons, face à la T.V, Slimani et consorts auront tout le temps de se rappeler aux mauvais souvenirs de la dernière CAN en date où ils passeront carrément à côté de leur sujet. Comme pour prévenir du scénario du pire écrit en coulisses. Une sélection quelconque, dégringolade en règle au classement-Fifa et des lendemains qui déchantent. Une dynamique cassée. Pour cause d’instabilité chronique. Notamment en termes de projet de jeu. Vahid Halilhodzic, puis Gourcuff, puis Leeekens, puis Alcaraz. Et, enfin, pour boucler la boucle, Madjer. On ne rêve plus. Une sélection malade. Malgré le gros potentiel. Qui fait dire à beaucoup d’analystes (ils ont raison ?) que les «joueurs ne sont pas en cause.» Pour suggérer qu’il suffit de faire appel au technicien qu’il faut (Gourcuff pour ne pas le nommer ?) pour revoir la machine repartir sur de bonnes bases? Le public, qui a tant aimé ses idoles, veut bien le croire. Des idoles qui ont le talent mais à la recherche d’un petit déclic pour remonter la pente et imposer à nouveau le respect dû à leur rang. Celui d’un statut de grands sur le continent. Et quand le potentiel est là… Dur toutefois, tellement dur, pour l’opinion, de digérer une telle descente aux enfers. Y aura-t-il un capitaine pour ramener à bon port ce navire à la dérive ? La réponse ne dépend même plus de la Faf et son bureau qui collectionnent les ratés. Zetchi aura-t-il le bon flair cette fois pour le choix du leader auquel échoira l’insigne honneur de faire sortir ce même navire des eaux troubles.
Au vu des immenses vagues, la tâche risque de tourner au fiasco, car les prévisions « météo » ne sont pas bonnes. N’est-ce pas Monsieur Madjer ? Mais là, nous dira-t-on, c’est une tout autre histoire. Pas facile, vraiment, de se retrouver dans ce véritable embrouillamini. Place au jeu et au spectacle en attendant une hypothétique éclaircie. En pariant, comme le veut la tradition, que le vainqueur sera, sauf surprise, l’Allemagne. Parce que, dit-on en Europe, qu’à « la fin, c’est toujours la «Mannshaft» qui gagne. On fait le pari. C’est notre pronostic.
A. A.