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Échanges commerciaux entre l’Algérie et l’UE : Les choses semblent rentrées dans l’ordre

La 11e session du Conseil d’association Algérie-Union européenne (UE), s’est tenue hier à Bruxelles, sous la co-présidence du ministre des AE Abdelkader Messahel et son homologue européenne Federica Mogherini.

Une rencontre traditionnelle et de haut niveau qui revient pratiquement chaque année histoire d’évaluer le niveau d’implication, des deux parties, dans l’Accord d’association, en vigueur depuis 2015. Au-delà d’une haute instance qui met sur la table les dossiers politiques et sécuritaires, aussi lourds et consistants soient-ils, la rencontre d’hier était empreinte d’un arrière goût qui restait en travers de la gorge de l’UE, notamment le contexte économique et exceptionnel en présence en Algérie. Donc, l’occasion a été donnée à Messahel de mettre le paquet pour convaincre son homologue européenne de la décision prise par l’Algérie sur les importations, à travers l’interdiction d’une liste de produits mise à jour périodiquement. Et pour cause, il faut rappeler que l’UE n’a pas digéré cette décision, à tel point qu’elle a tenté de mettre la pression sur l’Algérie pour qu’elle recule sur cette mesure pourtant limitée dans le temps. Autrement, une exception à la règle de l’Accord d’autant plus qu’il y est prévu des clauses permettant aux deux parties, si besoin est, de porter des ajustements à toute disposition pouvant porter préjudice à l’un ou l’autre partenaire. Et qu’en-est-il des conclusions tirées par Messahel et Mogherini après avoir discuté sur la question ? Dans la déclaration conjointe des deux parties, et sanctionnant donc les travaux de cette rencontre, il y’a comme des signes d’apaisement qui s’en dégagent. «Les deux parties réaffirment leur volonté à ce que toutes mesures relatives à leurs échanges commerciaux soient prises dans le respect de l’Accord d’Association, qui intègre des mécanismes permettant de tenir compte des difficultés économiques rencontrées par l’une ou l’autre partie. Il est envisagé que les discussions bilatérales engagées à cet effet pourront être finalisées dans les meilleurs délais et, si possible, avant la fin de l’année», pouvait-on lire sur le document. En d’autres termes, l’Algérie a arraché un délai de grâce, comme le lui confèrent les clauses de l’Accord, qui lui permettra d’ici là de promouvoir davantage la production nationale, seule à même d’inverser la tendance en faveur de son économie tout en maintenant le minimum dans le rythme des importations. En effet, le gouvernement, qui a décidé depuis début janvier 2018 de restreindre l’activité de l’importation a suscité une vive réaction de son partenaire européen, qui a mis en avant «un manquement» aux clauses de l’Accord alors que l’Algérie défend une mesure souveraine. C’est la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, qui avait alors exprimé le sentiment de l’UE sur la question. «L’Algérie, beaucoup des choses qu’ils font, ne sont pas en conformité avec nos accords de libre-échange», a-t-elle tenu comme réponse devant la Commission des Affaires économiques et des Affaires étrangères à l’Assemblée française. Jusqu’alors, la réplique lui était rendue par les deux partenaires socio-économiques du gouvernement, l’UGTA et le FCE notamment, qui ont défendu le bien-fondé de la décision de l’Algérie. «Les signataires du pacte national économique et social expriment leur préoccupation à la suite de déclarations récurrentes de hauts responsables d’institutions de l’Union européenne sur les mesures engagées par l’Algérie pour faire face au déséquilibre important de la balance des paiements et au déficit budgétaire qui menaçaient sa souveraineté financière et économique», ont-il dénoncé dans une déclaration commune. À travers le même document, les deux acteurs de la vie socio-économique ont réitéré leur soutien au gouvernement et les mesures prises à l’effet d’alléger la facture du commerce des importations. Le même sentiment de préoccupation a été exprimé par le Premier ministre Ahmed Ouyahia à son homologue espagnol, Mariano Rajoy Brey, lors de sa visite début avril dernier à Alger. Au cours de leurs échanges, Ouyahia a invité la partie européenne à «plus de compréhension» à l’endroit de l’Algérie, qui traverse une crise financière aigüe. Enfin, il convient de souligner qu’au cours de cette session, l’Algérie et l’UE ont examiné «l’état et les perspectives des relations de coopération et de partenariat entre l’Algérie et l’UE ainsi que les moyens de les renforcer davantage dans les différents volets couverts par cet Accord».
Farid Guellil