Quand Jeddah veut organiser la grande convention sur la science-fiction

Arabie saoudite : Quand Jeddah veut organiser la grande convention sur la science-fiction…

Le 25 juillet, la Convention mondiale de la science-fiction (ou Worldcon), qui distribue les prestigieux prix Hugo, a annoncé les villes candidates pour accueillir l’édition de 2022. Il faudra départager Chicago et Djeddah en Arabie saoudite. Si la ville saoudienne se prête bien à la Convention, il n’en est pas de même pour le régime saoudien. C’est pour cela que les auteurs de SF se rangent ouvertement pour la capitale de l’Illinois, d’autant qu’un dépaysement au soleil en temps de coronavirus n’est pas indiqué. Près de 80 auteurs ont signé une lettre ouverte, où ils écrivent : «Le régime saoudien est contraire à tout ce que la science-fiction et le fantastique (SFF) représentent». Anna Smith Spark a été la première à s’opposer à la candidature de Djeddah, rapidement suivie par des écrivains tels que Charles Stross, Juliet McKenna, Stan Nicholls ou encore Catriona Ward. Dans leur déclaration, les signataires insistent sur les restrictions à la liberté d’expression et les atteintes aux droits de l’Homme. Le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018 est l’un des points relevés par les auteurs qui rappellent néanmoins qu’ils s’opposent avant tout au «régime saoudien qui est l’antithèse de tout ce que la SFF devrait défendre, absolument pas l’Islam ou la culture arabe auxquels la science et la littérature sont extrêmement redevables».
Pour ces auteurs la tenue de la convention à Djeddah «ouvrirait un nouveau monde aux fans qui, autrement, n’auraient peut-être jamais l’occasion de s’y rendre, et ferait preuve de solidarité avec les communautés créatives d’Arabie saoudite et d’autres États arabes». Mais ils jugent impossible pour l’Arabie saoudite de représenter cette vision moderne et démocratique. C’est le saoudien Tasser Bahjatt, l’un des auteurs de science-fiction qui est à l’origine de la candidature de son pays. Décidément, avec un seul auteur dans le domaine de la science fiction, l’Arabie saoudite vise à organiser une convention aussi prestigieuse. C’est vraiment viser haut pour un pays qui vient de découvrir la littérature mais qui veut courir plus vite que son ombre pour se mettre sous les feux de la rampe de la culture.
Cette année, l’événement vient de s’ouvrir, virtuellement, en Nouvelle-Zélande et se tiendra jusqu’au 2 août. L’édition de 2021 se déroulera à Washington DC mais en ce qui concerne 2022, il faudra attendre le vote des membres de la Worldcon, où Djeddah est opposée à la ville de Chicago.
Ali El Hadj Tahar