Hantise d'une deuxième vague

Covid-19 : Hantise d’une deuxième vague

Face à des augmentations régulières des chiffres de personnes infectées par le Covid-19, de nombreux pays ont renforcé jeudi les mesures sanitaires et les restrictions, dans le but d’éviter une deuxième vague de contaminations.

Ainsi en Australie Melbourne, la deuxième ville du pays, a décrété une nouvelle phase de strict confinement, prévue pour durer six semaines. Louée pour sa gestion efficace de la première vague épidémique, l’Australie a vu réapparaître des foyers de contamination à Melbourne et dans sa région, qui ont poussé les autorités à durcir graduellement le dispositif sanitaire. Après la mise en place d’un couvre-feu nocturne, seuls les commerces essentiels sont désormais autorisés à ouvrir dans la ville de cinq millions d’habitants. En Grande-Bretagne, les autorités ont décidé que les voyageurs en provenance de Belgique, d’Andorre ou des Bahamas arrivant en Angleterre et en Ecosse seront de nouveau soumis à une quarantaine à partir de samedi, en raison d’une « importante augmentation » des cas de nouveau coronavirus dans ces pays.

« Situation extrêmement délicate »
La Finlande, un des pays du continent les plus épargnés, a annoncé jeudi qu’elle préparait de nouvelles mesures pour répondre à une accélération de l’épidémie. « La situation est extrêmement délicate », a déclaré la directrice stratégique du ministère de la Santé, Liisa-Maria Voipio-Pulkki, ajoutant qu’une « forme de deuxième phase avait commencé », même s’il était trop tôt pour parler de « seconde vague ». La Norvège a quant à elle annoncé repasser la France en zone rouge du fait de la résurgence des cas de coronavirus, conduisant à une quarantaine obligatoire de dix jours pour tous les voyageurs arrivant de France dans le pays scandinave. En France, où le nombre de personnes diagnostiquées positives au virus a augmenté de plus de 30% en une semaine, le masque est devenu obligatoire même à l’extérieur dans les zones les plus fréquentées de villes comme Toulouse, Tours ou Saint-Tropez, la célèbre station prisée de la jet-set sur la Côte d’Azur. Il en sera prochainement de même à Paris, alors que l’instance scientifique qui guide le gouvernement a jugé « hautement probable qu’une seconde vague épidémique soit observée à l’automne ou l’hiver ». Une mesure similaire est entrée en vigueur dans le Quartier Rouge d’Amsterdam et dans les quartiers commerçants de Rotterdam. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a d’ailleurs demandé aux touristes d’éviter les rues les plus encombrées d’Amsterdam. « Le virus progresse dangereusement », a-t-il déclaré. « Il n’a pas disparu (…) Il serait très stupide de prétendre le contraire ». La Grèce a annoncé de son côté qu’elle allait fermer ses frontières terrestres, sauf avec la Bulgarie, aux voyageurs la nuit. Des mesures sanitaires d’urgence ont été prises sur la petite île touristique de Poros, près d’Athènes. L’Irlande a pour sa part décidé de repousser la dernière phase de son déconfinement, qui comprend notamment la réouverture de tous les pubs. Le port du masque sera obligatoire dans les magasins à partir du 10 août. Et l’Allemagne vient de classer la province belge d’Anvers zone à risque, avec quarantaine obligatoire pour les voyageurs qui en viennent, sauf présentation d’un test négatif.

Porte-à-porte en Catalogne
En Espagne, la Catalogne a poursuivi une vaste campagne de détection, parfois au porte-à-porte, dans trois villes moyennes afin de tenter de freiner la hausse des contagions. Une centaine de personnes se pressaient jeudi devant un centre médical d’urgence mis en place à Ripollet, au nord de Barcelone, pour se faire dépister gratuitement. « Je vais bien, mais c’est une question de responsabilité, car tu ne sais pas si tu l’as ou non », témoignait Paquita Can, une retraitée de 74 ans. Dans certains quartiers de cette ville de 40.000 habitants, les dépistages se font en porte-à-porte, « basés sur la géolocalisation de cas », a annoncé la région. L’objectif de la campagne qui a démarré mardi « est d’identifier les patients asymptomatiques », qui représentent près de 60% des cas en Espagne, et « qui peuvent causer la transmission de la maladie », a expliqué Anna Aran, responsable du programme à l’autorité de santé régionale. L’Europe reste la région la plus touchée avec plus de 212.000 des 708.000 morts recensés dans le monde depuis la découverte de la pandémie en Chine en décembre 2019. A travers le monde, le nombre de morts a doublé depuis le 26 mai, et 100.000 décès supplémentaires ont été détectés depuis un peu moins de trois semaines. Les Etats-Unis restent le pays le plus touché, avec encore plus de 1.200 décès mercredi, y portant le bilan à plus de 158.000 morts. Les autorités américaines ont toutefois annoncé la levée de leur recommandation appelant les citoyens américains à éviter tout voyage à l’étranger. La diplomatie américaine a fait savoir qu’elle traiterait désormais à nouveau au cas par cas chaque pays, pointant une amélioration de la situation sanitaire dans certains d’entre eux.
A l’encontre de ses propres experts, plus prudents, le président Donald Trump a déclaré jeudi qu’un vaccin pourrait être produit avant la présidentielle américaine du 3 novembre. Pour sa part le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus s’est insurgé contre ce qu’il a qualifié de « nationalisme vaccinal ». « Il devrait y avoir un consensus mondial pour faire de tout vaccin un bien public commun », a-t-il plaidé. Il ne s’agit pas de « partager au nom du partage » mais parce que cela bénéficierait à tous, y compris aux pays riches, a-t-il dit.