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ABDERRAHMANE BENKHALFA PRÉVIENT : Une récession économique au 2e semestre 2020

Conséquence de la pandémie du coronavirus, l’économie mondiale va être touché par une grave récession économique au deuxième semestre de l’année 2020, a prévenu hier l’expert financier Abderrahmane Benkhalfa.

L’ex-ministre des Finances appelle le gouvernement algérien à revoir la gouvernance et la gestion économique du pays pour éviter d’aggraver le déficit budgétaire. Deux facteurs essentiels sont pressentis pour créer une nouvelle crise économique mondiale en 2020 : les conséquences sanitaires du Covid-19 qui touche des milliers de personnes et provoque un nombre important de décès, et des conséquences économiques avec 50 à 60 % de la population active qui ont arrêté de travailler à cause de la stagnation constatée dans plusieurs secteurs d’activités comme les services. En plus « d’une croissance qui est devenue récession puisque on parle seulement de 1 ou 2 % », a estimé hier, sur les micros de la Chaîne 3 de la Radio nationale, Abderrahmane Benkhalfa.
« Dans certains pays, on considère que le deuxième semestre va connaître une dure récession allant jusqu’à -4 ou -5 %. Quand vous avez une croissance qui recule et un confinement quasi-généralisé même s’il diffère d’un pays à un autre, s’ajoutant à une demande qui diminue avec une offre ramenée à zéro dans certains secteurs, vous avez une économie en voie d’inertie », a précisé Benkhalfa.
Cette perte de la croissance mondiale est provoquée aussi par les coûts que les gouvernements sont obligés à supporter, d’abord, pour la lutte contre la pandémie du coronavirus, et ensuite, d’une économie mise à genoux, conséquence de la mise à l’arrêt de plusieurs secteurs d’activités. D’ores et déjà, plusieurs pays et institutions financières montent au créneau et sont en train de revoir leurs boîtes à outils pour répondre à cette situation conjoncturelle. « Il faut dire que plus la réactivité est forte, plus la résistance aux risques de décroissance est élevée. Ce sont les pays les plus réactifs qui s’en sortiront avec de moindres dégâts », a expliqué l’expert financier.
Il assure que « l’un des enseignements de cette crise du Covid-19 à retenir ce sont les alliances économiques qui s’en sortent le mieux. Par exemple, l’Union européenne qui a réussi à débloquer des milliards d’euros pour endiguer le coronavirus ». « Les alliances économiques vont se restructurer dans l’avenir », a-t-il prédit.

L’État algérien saisit le message
Abderrahmane Benkhalfa, fraîchement nommé envoyé spécial de l’Union africaine chargé de « mobiliser le soutien économique et financier international pour permettre à l’Afrique de relever les défis de la pandémie du virus Corona », a reconnu qu’il fait partie «maintenant d’une task force au nom de mon pays ». « La volonté du chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, est que l’Algérie fasse partie d’une union régionale, ce qui est considéré maintenant comme un élément de protection sur le plan économique », a-t-il expliqué. L’épidémie du Covid-19 a gravement impactée les pays dont les économies reposent largement sur les revenus en hydrocarbures, en divisant par trois les prix du baril de pétrole. Les dirigeants de ces pays devraient faire face aux challenges de redécollage économique post-coronavirus, a averti Abderrahmane Benkhalfa. Pour relever ce défi à la fois «très difficile » et « compliqué », « le décollage économique devrait faire l’objet d’une alliance entre les autorités publiques, les acteurs économiques et aussi les consommateurs », et ce en travaillant sur deux vitesses ; « conjoncturelle ; pour couvrir les coûts de la pandémie, et économique ; l’ouverture de chantiers structurels pour passer, dans 3 ou 4 mois, à un nouveau modèle de gestion économique, car il n’est pas question d’enfoncer encore le déficit budgétaire », prévient Benkhalfa.
Il insiste sur le fait que la nouvelle méthode de gérer les affaires du pays « doit être accompagnée par un changement de gouvernance et de gestion économique ». « Le plan de redémarrage post-coronavirus est certainement en cours de discussion et de maturation au niveau du Gouvernement. Je pense qu’une grande partie de ce plan de décollage figurera comme mesures économiques dans la Loi de finances complémentaire (LFC) 2020 », a assuré Benkhalfa. « Parce que la LFC 2020, et cela se fera par tous les pays, ne consistera pas simplement à diminuer les coûts du coronavirus, mais également de prévoir des schémas de financement qui ne dégraderont pas davantage les équilibres financiers, internes et externes », a-t-il suggéré.
Hamid Mecheri