Le 4 juin 1958, à Alger sur l’esplanade de l’Afrique (ex-forum), le général De Gaulle a lancé le fameux « je vous ai compris ! » en s’adressant aux pieds-noirs rassemblés pour l’occasion. En réalité c’était une manœuvre. Lorsqu’il a réellement compris que la seule issue de la guerre d’Algérie ne pouvait être que l’Indépendance, c’était le 11 décembre 1960. Comment et pourquoi ? Ce jour-là, les prévisions du Chahid Larbi Ben M’Hidi et de ses compagnons, se sont confirmées. Mais avant, une parenthèse sur le lexique colonial s’impose. À l’époque, n’étaient français en Algérie que les pieds-noirs et les juifs. La citoyenneté française n’a jamais été accordée aux Algériens de confession musulmane. Ils étaient désignés comme indigènes et régis par un code ségrégationniste. Ces précisions faites, on peut continuer. Avant le 11 décembre 1960, il y a eu la grève des huit jours, observée par les Algériens, en janvier 1957. Les plus visibles étaient les commerçants qui avaient baissé leurs rideaux. Ceci pour dire que, durant la guerre d’Algérie, la toute première manifestation que les Algériens ont mené dans la rue, pour crier leur soutien au FLN-ALN, est celle du 11 décembre 1960. C’est la tournée en Algérie du général De Gaulle, président de la République française à l’époque, qui provoqua ces manifestations d’algériens tout au long de son périple qui avait commencé à l’Ouest du pays. Devant l’ampleur de ces manifestations populaires, De Gaulle a réellement compris, ce jour-là, qu’il fallait débarrasser la France du boulet algérien, coûte que coûte. Il a annulé l’étape d’Alger pour retourner, dare-dare, à Paris. En emportant dans ses valises son concept vicieux « d’Algérie algérienne ». Cela à l’air d’un pléonasme mais il n’en est pas un. Dans la tête de De Gaulle ce concept qui désignait un melting-pot, avait pour but de protéger l’hexagone en fixant toutes les communautés présentes en Algérie. Dans son esprit et vu que la majorité des Algériens de confession musulmane était analphabète, le pouvoir en Algérie ne pouvait que revenir aux pieds-noirs et aux juifs. Quelques Algériens musulmans ont d’abord été induits en erreur par ce concept. Lorsqu’ils ont compris les véritables visées, leur slogan fut « Algérie musulmane ! ». Pour mieux désigner les vrais Algériens. De Gaulle n’a jamais servi d’autres intérêts que ceux de la France. Dès son arrivée au pouvoir, il avait commencé à dérouler « le char d’assaut » du plan Challe qui, avec des moyens militaires colossaux, ont éprouvé nos maquisards. Ceci d’un côté. De l’autre, il a lancé, en parallèle, un ambitieux programme de développement connu sous le nom de « plan de Constantine ». En agissant sur ce double plan, il pensait pouvoir obtenir un résultat du vote de l’autodétermination, annoncé en septembre 1959, favorable au rattachement de l’Algérie à la France. Tout a changé le 11 décembre 1960. Tous les Algériens de confession musulmane étaient dans la rue: hommes, femmes qui sortaient pour la première fois, vieux, jeunes, pour crier à l’unisson « Algérie musulmane », « vive le GPRA », « Vive le FLN ». De Gaulle venait réellement de comprendre que sa manœuvre avait échoué. Il annula l’étape d’Alger et reprit aussitôt son avion pour Paris. Il tenta, par la suite, d’autres manœuvres qui échouèrent à leur tour. Comme dit plus haut, son objectif était de retenir en Algérie les trois communautés. C’est pourquoi, il refusa le rapatriement des harkis. C’est pourquoi, dans un esprit de vengeance, l’OAS a poussé les pieds-noirs et les juifs à quitter l’Algérie. D’abord dans l’espoir de rendre impossible la gouvernance de l’Algérie. Ensuite pour submerger massivement la France avec un million de rapatriés. Ce qui a contraint De Gaulle à créer le poste de secrétaire d’État aux rapatriés et de nommer, à sa tête, Robert Boulin. Pour les mêmes raisons que celles de De Gaulle, Boulin a accueilli froidement les rapatriés. Ces derniers ne lui ont jamais pardonné. Son cadavre fut retrouvé dans un étang. À ce jour, l’enquête, relancée par un nouveau témoin, n’a pas encore abouti. De Gaulle, lui, est considéré, depuis, comme un traitre par les partisans de « l’Algérie française ». Nullement impressionné, le seul souci de De Gaulle était de donner le titre de puissance à son pays avec l’arme atomique tout en inscrivant son développement économique dans les « trente glorieuses ». Il n’a fait de cadeau qu’à la France !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com









































