Victoire inattendue de l’AKP en Turquie : le coup de poker réussi de Erdogan

S’il n’était pas un musulman pur et dur, le président Recip Tayyip Erdogan aurait fait un excellent joueur de poker, tant le pari qu’il a engagé, en convoquant de nouvelles élections, après la défaite humiliante des dernières législatives, il y a six mois, était hautement risqué. Un pari donc largement gagné et qui fait que l’AKP retrouve la majorité absolue pour gouverner. En effet, aucun sondage n’avait prévu le résultat quelque peu inattendu de ce scrutin législatif anticipé de dimanche, en Turquie. Ainsi, les 54 millions d’électeurs turcs ont confortablement réinstallé au pouvoir l’AKP, qui dirige le pays depuis treize ans. Cinq mois après les élections de juin, qui s’étaient soldées par la perte de la majorité absolue pour le parti de Recep Tayyip Erdogan, le cauchemar de l’instabilité et de la recherche de coalition s’éloigne. Éprouvé par le faux-pas de juin dernier, l’AKP a largement remporté la mise, pour parler encore en joueur de poker. Son chef, le Premier ministre, Ahmet Davutoglu, a sauvé son parti et mérite largement les félicitations de Erdogan, resté en retrait lors de la campagne électorale, en raison de l’image autoritariste, et de sa volonté cachée de restaurer la grandeur califale de l’Empire ottoman. Avec 312 sièges sur 550 au Parlement, le Parti de la justice et du développement dispose d’une majorité qui lui permettra de gouverner confortablement. Mais Erdogan qui n’obtient pas les deux tiers des suffrages ne pourra modifier la Constitution et instaurer un régime présidentiel. «Les résultats de cette élection montrent que notre nation a pris le parti de l’environnement de stabilité et de confiance qu’avaient menacé les élections du 7 juin», s’est félicité le président Recep Tayyip Erdogan, dans un communiqué diffusé dimanche soir. Mais ce résultat inespéré ne suffira pas à assouvir le grand rêve du chef de l’État d’instaurer un régime présidentiel fort, et de diriger le pays en maître absolu, puisqu’il lui aurait fallu une majorité qualifiée de 330 sièges pour soumettre cette réforme à un référendum, ou de 367 sièges pour l’adopter directement au Parlement. Erdogan a également adressé ses félicitations à son Premier ministre, probablement reconduit dans ses fonctions, et a estimé que cette victoire était un message fort adressé à la rébellion kurde du PKK. Pourtant, le parti pro-kurde HDP a, lui aussi, réussi à préserver de justesse sa représentation au Parlement, et devient le troisième parti du pays. Dans la soirée, son président, Selahettin Demirtas, a promis de continuer à lutter contre la répression du peuple kurde, mais il ne paraît plus en mesure de proposer la relance des négociations pour une solution au problème kurde. Par ailleurs, l’opposition laïque du Parti républicain du peuple (CHP) demeure la deuxième force du politique du pays, et améliore même son score du 7 juin avec un peu plus de 25% des suffrages. Ces élections ont eu lieu après des semaines de violences, mais, à l’approche du scrutin, une trêve unilatérale a été décrétée, il y a trois semaines, par la guérilla kurde du PKK. Cela n’a pas empêché l’armée de mener des opérations et des bombardements ponctuels dans les régions ou est implanté la guérilla kurde. Un député kurde, interrogé, après l’annonce des résultats, estime que la situation sécuritaire dans la région dépend à présent de l’attitude du prochain gouvernement. Choisira-t-il de relancer une offensive militaire ? Ou au contraire de renouer les fils du dialogue? L’AKP et les Kurdes ont entamé un processus de paix en 2012, celui-là même que l’on a vu s’interrompre quand les autorités turques ont lancé ce qu’elles appellent une «guerre contre le terrorisme».
M. Bendib

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