Accueil À LA UNE MASSACRES DU 8 MAI 1945 : Indescriptibles crimes d’État

MASSACRES DU 8 MAI 1945 : Indescriptibles crimes d’État

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L’Algérie ne peut pas croire à des relations apaisées et tournées vers l’avenir avec la France, tant que cette dernière continue à alimenter le narratif des extrémistes qui glorifient la colonisation au lieu de reconnaitre ses atrocités et les imprescriptibles crimes d’État qu’elle a commis.
L’Algérie a célébré officiellement, hier, à Sétif, Guelma et Kherrata, la Journée nationale de la mémoire qui coïncide avec le 81e anniversaire des massacres du 8 mai 1945. À l’occasion de cette date phare de l’histoire du cheminement de la Guerre de libération nationale, le peuple algérien commémore l’un des crimes de génocide les plus atroces depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’autant plus qu’il a été perpétré le jour même de la victoire des Alliés contre l’Allemagne nazie. Autrement dit, au moment où le monde entier célèbrait la fin d’une guerre qui a donné naissance au monde tel qu’il est façonné jusqu’à aujourd’hui, la France coloniale a commis un carnage dans lequel 45 000 victimes ont laissé leur vie. Cet épisode sanglant a d’ailleurs galvanisé l’esprit du peuple algérien épris de liberté et a précipité la lutte nationale pour l’indépendance qui s’est formalisée au déclenchement de la Révolution du 1er novembre 1954. Aujourd’hui, plus de 80 ans après, ces crimes d’État demeurent non-reconnus officiellement et restent impunis. Un geste en ce sens, entre autres, aurait pu entretenir l’espoir d’un apaisement des mémoires entre l’Algérie et la France et aurait pu ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux pays. Il faut dire que l’actuel président français n’a cessé de souffler le chaud et le froid. Il se positionne à l’égard de l’Algérie au gré des rapports de forces entre les différents courants et tendances politiques. Du coup, la France officielle est prise en otage par une classe politique qui alimente le narratif néocolonial, le racisme et la haine de l’Algérie. L’extrême droite continue, à ce titre, à faire de l’Algérie une obsession française et un sujet de politique intérieure, surtout à l’approche des échéances électorales. Aujourd’hui, le personnel politique de cette obédience n’éprouve aucune gêne à regretter « l’Algérie de papa ». Cela nous rappelle la fameuse loi du 23 février 2005 adoptée en France, laquelle avait mentionné le « rôle positif » et « les bienfaits » de la colonisation. Les concepteurs de ce texte avaient cherché à l’époque à bloquer toute perspective sérieuse entre les deux pays.

« Le plus atroce massacre depuis la fin de la SGM »
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a, à cette occasion, adressé un message dans lequel il qualifie les massacres du 8 mai 1945 de « l’un des crimes de génocide les plus atroces depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. » Le Président a placé son message dans le contexte des relations tendues, sinon la crise, entre l’Algérie et la France qui semblent, ces dernières semaines, évoluer dans un climat plus ou moins apaisé.
Il écrit, dans ce texte, que le peuple algérien « se remémore une page profondément empreinte de la haine coloniale, parmi les plus sombres que l’humanité ait connues, incarnant un mépris flagrant du droit à la vie. Une page qui traduit une déchéance morale dépourvue de toute valeur civilisationnelle, dont des milieux extrémistes continuent jusqu’à aujourd’hui de se vanter et de défendre en brandissant, toute honte bue, le mensonge du + colonialisme porteur de civilisation et de progrès +. » Il ajoute : « À l’opposé total de ces allégations fallacieuses, les massacres du 8 mai 1945 furent un génocide perpétré contre des Algériens sans défense, dont des femmes et des enfants, sur leur propre terre et dans leur propre patrie. Ils réclamaient leur droit à la liberté et furent exterminés collectivement (45 000 martyrs) sous les bombardements de l’artillerie et les chenilles des engins militaires, avec une extrême froideur et une haine ardente. »

« Un chapitre glorieux de notre histoire »
Par la suite, le Président a rappelé les scènes du crime en soulignant que durant ces journées douloureuses du printemps de l’année 1945, « les scènes d’horreur se multiplièrent : villages entiers incendiés, exécutions effroyables, des dizaines de martyrs entassés dans des fosses communes à Sétif, Guelma et Kherrata pendant plusieurs jours. Des scènes insoutenables, indélébiles de l’Histoire, qui accablent leurs auteurs d’infamie et d’opprobre et condamnent les partisans de l’oubli et du déni, leurs descendants, de la faillite de position face à des vérités établies », ajoutant que « les martyrs de l’Algérie tombés lors de ces massacres tragiques furent le ferment qui précipita le déclenchement du glorieux 1er novembre, après que les échos de la répression du peuple algérien aspirant à la liberté eurent atteint l’opinion publique internationale aux quatre coins du monde, portant ainsi notre juste cause jusqu’aux tribunes des Nations unies. » En outre, le message du chef de l’État évoque des « sacrifices douloureux » qui « demeureront à jamais l’un des chapitres glorieux de notre histoire contemporaine et resteront présents, dans tous leurs détails, dans le dossier de la Mémoire, qui constitue l’un des fondements essentiels pour bâtir des relations affranchies de la glorification outrancière d’une époque coloniale sombre et injuste, ainsi que d’un discours extrémiste prisonnier d’une nostalgie illusoire et révolue. »

Assises de la Mémoire et de l’Histoire
Après avoir salué toutes les initiatives et les manifestations à caractère historique, intellectuel et culturel qui ont été organisées dans les universités, les écoles, les établissements de jeunes, les centres culturels et autres espaces dédiés à la commémoration de cette date historique, afin de lutter contre l’oubli et de perpétuer les gloires de l’Algérie, Abdelmadjid Tebboune a annoncé avoir initié deux projets de loi relatifs à la mémoire et à l’histoire nationales.
Pour ce faire, il a donné instruction au ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit de procéder à la concrétisation de deux projets. Le premier projet concerne l’organisation des assises nationales de la Mémoire et de l’Histoire et le second porte sur la préparation d’un projet de loi relatif à la Mémoire nationale, et ce « en fidélité aux martyrs des massacres du 8 mai 1945 et aux martyrs de l’Algérie », explique le message présidentiel. Il y a lieu de rappeler, enfin, que l’Algérie s’est dotée, depuis mars 2026, d’une loi criminalisant la colonisation à travers une batterie de mesures allant de l’exigence de reconnaissance des crimes coloniaux à la condamnation de l’apologie de la colonisation et de la glorification des faits coloniaux.
Farid Guellil

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