Senat

SPÉCULATION SUR LES PRODUITS DE BASE : Les sénateurs vont enquêter

Les agissements criminels des spéculateurs sont dans la ligne de mire du Conseil de la nation qui a décidé, hier, la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la pénurie et la spéculation sur des produits alimentaires de large consommation.

Cette décision a été prise à l’issue d’une réunion du bureau du Conseil de la nation, élargie aux présidents des groupes parlementaires et au questeur. La prérogative que leur donne l’article 159 de la Constitution de 2020 permet ainsi aux sénateurs d’intervenir dans la sphère du commerce intérieur qui semble échapper, pour certains produits essentiels, au contrôle de l’État. La sensibilité aux préoccupations des citoyens indique que le mandat de parlementaire prend tout son sens. Il reste que de telles initiatives des députés et sénateurs, ou même des élus locaux, doivent être prolongées à travers des propositions de textes législatifs, inspirés des réalités concrètes et visant à mettre en œuvre des solutions aux problèmes vécus par les citoyens. Dans ce cas précis, il s’agit de la lutte contre les spéculateurs et les fraudeurs. Le rapport de la commission est d’ores et déjà attendu dans l’opinion publique. Le Conseil de la nation a également la mission constitutionnelle de contrôler l’action des pouvoirs publics dans ce domaine. L’attention a été fortement focalisée sur l’huile de table, mais d’autres produits de base sont l’objet de pratiques illégales sur leurs prix et sur leurs disponibilités de la part d’acteurs mafieux du commerce intérieur. Certains opérateurs ont retenu de l’article 61 de la Constitution, uniquement la première phrase qui stipule que la liberté du commerce est garantie. Ils refusent de prendre en considération la deuxième phrase de cet article qui précise que la liberté du commerce s’exerce dans le cadre de la loi. C’est comme s’ils avaient choisi d’ignorer la loi, sans craindre d’être verbalisés par les agents de l’État et sanctionnés. Les Algériens ont l’impression que la situation du marché intérieur des produits de première nécessité, loin de se redresser, au contraire, devient pire. Cela concerne les grandes villes et, encore plus, les localités de l’intérieur du pays où le pouvoir d’achat de la majorité de la population ne permet pas de faire face aux pratiques illégales de hausses des prix. De nombreux échos indiquent que les retraités et les petits fonctionnaires, aux revenus bas, ont recours à l’endettement pour boucler la fin du mois et achètent à crédit les denrées de base, comme l’huile de table, lelait, le café, le sucre, les pâtes,… dont les prix augmentent selon le bon vouloir de certains commerçants forts du monopole qu’ils ont sur ces produits de base. Avec le niveau élevé des prix, le pouvoir d’achat de revenus entre 20 000 et 30 000 DA/mois, est anéanti au bout d’une dizaine de jours. Les plus pauvres n’arrivent plus à acheter le lait en sachet. Des médias ont rapporté que la pratique de la vente concomitante est imposée pour pouvoir acquérir l’huile. Les catégories sociales placées dans cette détresse en appellent aux autorités et, en particulier, au ministre du Commerce, pour frapper, selon leurs propres propos, d’une main de fer les spéculateurs responsables de cette situation.
Ce jeudi, dans une déclaration à la presse, le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmène Benabderrahmane, a souligné que la révision du point indiciaire dans la fonction publique (qui entrera en vigueur avant fin avril prochain, sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, a-t-il précisé) et la mesure relative à la révision de l’impôt sur le revenu global (IRG) contenue dans la loi de finances 2022, permettront d’augmenter les salaires des travailleurs, et ainsi améliorer leur pouvoir d’achat. Les spéculateurs ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont anticipé et ont déjà commencé à agir pour rendre nul l’effet de ces mesures sur le pouvoir d’achat des Algériens à revenus bas et moyens. La nouvelle loi qui punit les spéculateurs a été publiée dans le Journal officiel. Elle prévoit des peines d’emprisonnement allant de 3 à 30 ans de prison.
M’hamed Rebah