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Propriété intellectuelle et économie sportive : Un tournant stratégique

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Longtemps considéré uniquement sous l’angle de la performance sportive, le sport moderne commence à s’imposer désormais comme une véritable industrie économique. En Algérie, la propriété intellectuelle apparaît progressivement comme un outil stratégique capable d’offrir aux clubs de nouvelles ressources financières et d’accompagner leur professionnalisation.
Réunis dimanche à Alger à l’occasion de la Journée mondiale de la propriété intellectuelle, responsables institutionnels et experts ont mis en lumière le potentiel encore largement inexploité de la propriété intellectuelle dans le développement économique du sport national. Organisé par l’Institut national algérien de la propriété intellectuelle (INAPI), le panel intitulé « Le rôle de la propriété intellectuelle dans l’innovation et l’économie du sport » a souligné l’urgence pour les clubs sportifs d’intégrer la gestion des actifs immatériels dans leur stratégie. Les intervenants ont insisté sur la nécessité pour les clubs de protéger juridiquement leurs marques, logos et identités visuelles. Ces éléments, souvent perçus comme secondaires, représentent pourtant des actifs commerciaux majeurs. Leur exploitation peut générer des revenus issus du merchandising, des partenariats commerciaux ou encore des licences d’utilisation, contribuant ainsi à renforcer la stabilité financière des structures sportives.
Aujourd’hui, seuls treize clubs de football, professionnels ou amateurs, disposent d’une marque officiellement enregistrée en Algérie. Ce chiffre illustre, selon les participants, le retard accumulé dans un domaine pourtant essentiel à la modernisation du sport national. Pour Kheireddine Ben Aïssa, secrétaire général du ministère de l’Industrie, représentant le ministre, cette évolution reste néanmoins encourageante. Les clubs commencent, selon lui, à adopter une logique de professionnalisation et à prendre conscience de l’importance de protéger leur identité juridique et commerciale. Au-delà du football, plusieurs exemples d’innovations technologiques ont été présentés lors du panel. Des équipements sportifs intelligents, des vêtements intégrant des capteurs de performance ou encore des chaussures adaptées à différentes surfaces illustrent l’émergence d’un écosystème liant sport et innovation. Le dépôt de brevets auprès de l’INAPI permet à leurs concepteurs de sécuriser leurs inventions tout en facilitant leur valorisation économique.

Un sport devenu industrie économique
Le secrétaire général du ministère des Sports, Fouad Makhlouf, a rappelé que le sport constitue désormais un secteur économique à part entière. Il représente un indicateur de compétitivité et un vecteur de production de connaissances en interaction constante avec les évolutions technologiques. Dans ce contexte, la propriété intellectuelle devient un facteur structurant pour attirer l’investissement et favoriser l’innovation. Même constat du côté de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Son représentant, Othmane Ahmed Essalek, a estimé que les droits liés aux marques, brevets et créations industrielles jouent un rôle déterminant dans la construction d’un écosystème durable associant innovation, performance sportive et croissance économique.
Le directeur général de l’INAPI, Abdelhafid Belmehdi, a pour sa part rappelé que la propriété intellectuelle peut générer des revenus significatifs, notamment à travers les droits de diffusion, les équipements sportifs ou encore les dessins industriels. L’institution a d’ailleurs réaffirmé sa disponibilité à accompagner clubs, fédérations et associations sportives via des actions de sensibilisation, des formations spécialisées et des diagnostics destinés à structurer leurs portefeuilles de marques et de brevets.
À l’heure où les modèles économiques du sport évoluent rapidement, la question demeure : les clubs algériens sauront-ils transformer leur identité sportive en véritable richesse économique ?
M. A. T.

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