Port de bavette

PORT DE LA BAVETTE : Les Algérois adhérent à la nouvelle règle

D’une ville fantôme, notamment pendant les horaires du couvre-feu, digne des films hollywoodiens qui traitent le diktat d’un virus mortel qui ne connait pas de frontières, la capitale, Alger, renoue, à présent, quoi que timidement, avec la vie quotidienne. Elle reprend, ainsi, peu à peu, ses droits après la réouverture de plusieurs commerces fermés sur décision du gouvernement afin d’endiguer l’avancée galopante de cet invité « surprise ». En effet, le pays a entamé la première phase du déconfinement après que la situation épidémiologique ait été déclarée « sous contrôle » par les autorités sanitaires du pays en charge du suivi de l’évolution du Covid-19, marquée notamment par une baisse significative du nombre de contaminations calculé au quotidien. Mais aussi et surtout pour permettre à l’économie nationale déjà fragile, de tenter un nouveau décollage après une asphyxie de plus de deux mois.
Le gouvernement a ainsi décidé d’un déconfinement progressif, mais pas à n’importe quel prix. La population est soumise à l’obligation de porter une bavette de protection assortie d’une amende de 10 000 DA pour les contrevenants et le rappel au respect des mesures barrières dans les rues comme dans les commerces ; seuls remparts possible contre les mauvaises surprises venant de cet invité plutôt « encombrant » que toute la planète tente de s’en débarrasser. Une virée dans les rues et les ruelles de la capitale, les commerces et surtout dans les marchés populaires à grande affluence, a permis, à notre bonheur, de constater que l’Algérien est plutôt discipliné, du moins dans sa grande majorité. Qui par conviction, qui par obligation, mais l’essentiel est que la consigne soit respectée.
Au marché Clauzel, à Khlifa Boukhalfa, l’affluence des clients était déjà importante en cette matinée bien ensoleillé du quatrième jour du déconfinement partiel,. Dans cet endroit où le contact interpersonnel est assez important, le port de la bavette est plutôt comme à la mode. Tout le monde, excepté les rares réfractaires, comme ça en existe partout ailleurs, portait « volontiers » le masque. « Plus de 90% de la clientèle qui vient ici pour s’approvisionner portent des bavettes de protection, les vendeurs aussi ne font pas exception à la règle car il est impératif de se protéger les uns des autres », a affirmé un vendeur de fruits et légumes que nous avons accosté sur place, non sans regretter le comportement de certains qui refusent toujours de se soumettre à la règle. Chose que nous avons d’ailleurs constaté de visu lors de notre passage dans les lieux. « Heureusement qu’ils ne sont pas nombreux, mais les autorités du pays doivent frapper avec une main de fer pour faire respecter les consignes sachant qu’il s’agit de la santé publique », a-t-il ajouté, tout convaincu de l’utilité de la bavette pour se protéger et protéger les autres. Son acolyte, non loin de son commerce, lequel tient une boucherie, abonde dans le même sens, en qualifiant la décision des autorités de rendre le port du masque obligatoire, de « sage » et « responsable ». Car cela permettra de mettre à l’abri la population d’une quelconque contamination pouvant mener à une situation qui échappera à tout contrôle, alors que le pays est à deux doigt de s’en sortir définitivement, après un long sacrifice, vainqueur de cette épreuve difficile, devant laquelle le monde entier a retenu son souffle à un moment donné.

Des descentes policières
Les descentes policières dans ces endroits très fréquentés pour veiller au respect des instructions, y sont également pour quelque chose. Ce qui nous a été, d’ailleurs, confirmé par notre interlocuteur. « Les services de contrôle effectuent par intervalle, des sorties sur le terrain pour faire respecter la loi, notamment le port de la bavette », a fait savoir le jeune vendeur, qui a assuré que des amendes ont été infligées à deux vendeurs pour infraction. Seul bémol, dans tout ce brouhaha : non-respect de la distanciation physique comme l’exige la loi. « Les gens tentent tant bien que mal de s’éloigner les uns des autres, mais il est toujours difficile de faire respecter cette règle notamment dans ce genre de marché, en raison notamment des espaces exigus, mais aussi à cause de la nature même de l’activité où il est impossible de faire ses courses en un laps de temps et quitter », a affirmé le commerçant du fond de sa bavette, soigneusement portée. « Mais ils essaient de ne pas se coller les uns aux autres et c’est déjà ça », a-t-il encore ajouté. Même constat au niveau du marché de Meissonnier comme dans les rues empruntées pour rejoindre cet endroit. À l’intérieur, la bavette est délicatement portée par tous les présents. Vendeurs et clients sont conscients de la noblesse de la décision des pouvoirs publics et louent les bienfaits de la bavette dans la lutte contre la pandémie. Les services de sécurité font aussi des sorties de vérification dans cet endroit, ont affirmé des commerçants approchés. Là aussi, la distanciation physique fait défaut. Les raisons évoquées sont les mêmes qu’au marché Clauzel. Dans les rues et ruelles de la capitale, la bavette est aussi portée par la majorité des passants croisés sur notre chemin. Certains « rebelles » affirment ne porter de masque que lors des achats dans des endroits submergés. Dans les rues la distanciation physique est généralement bien respectée, même d’une façon involontaire, du fait qu’elles (rues) sont toujours quelque peu désertes en ces premiers jours de la levée de la restriction sanitaire. Un fait qui peut s’expliquer par le maintien de la suspension du trafic routier, interne notamment inter-wilaya, sachant que, Alger, comme la majorité des capitales à travers le monde, constitue le point de chute des populations venant des autres régions et externe en raison de la suspension des vols aériens.
Brahim Oubellil