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LA MOBILISATION POPULAIRE CITOYENNE SE POURSUIT : Engagement réaffirmé pour le changement du système

Le 4eme vendredi de la mobilisation populaire citoyenne, à travers le pays, notamment dans la Capitale a montré encore une fois et plus que les trois vendredis précédents, que la volonté et la détermination des Algériennes et Algériens, à injecter un nouveau souffle dans la gestion des affaires de la Cité, par l’édification d’un État de droit sont intarissables.

C’est en puisant dans ses repères historiques, sa mémoire collective et le cumul des luttes citoyennes des forces vives du pays, pour «une Algérie libre et démocratique», slogan phare, accompagnant, les deux autres, les plus répandus, «non à la prorogation du mandat du Président» et «le changement maintenant», comme nous le rappelle, un jeune étudiant en médecine rencontré, vendredi dernier, sur le Boulevard Che Guevara, à Alger, l’emblème national sur le dos et une pancarte à la main, sur laquelle on pouvait lire «nous sommes les enfants de Ben-Mehidi et de Hassiba Benbouali». Ce médecin, qui prend part, nous précise-t-il, à ce mouvement populaire pacifique, depuis le 22 février dernier, nous lance que les revendications citoyennes «sont claires comme l’eau de roche» expliquant que «le peuple a libéré sa parole et est déterminé à peser et décider sur l’avenir de son pays et sa patrie». Poursuivant, c’est avec insistance qu’il nous déclare que « la revendication populaire en faveur du départ du système politique en place, ne veut pas dire le départ ou l’ébranlement de nos institutions» a-t-il tenu à souligner, lesquelles selon lui «ne seront que renforcées et consolidées à travers l’édification d’un État de droit». Concluant que ces dernières années, «les pratiques des responsables du système en place ont fragilisé et miné nos institutions, jusqu’à voir l’institution parlementaire cadenassée par des pseudo-députés, dépourvus de la notion de l’État, car ils n’existent que par le pouvoir de l’argent sale, qui a gangréné nos entreprises, nos institutions et notre société». Alors que des marées humaines, femmes, hommes, jeunes et vieux, en provenance de la Casbah, Bab-el-Oued, Bologhine, Oued Koriche, Ain Benian et autres, continuaient les marches sur le grand Boulevard Che Guevara, pour rejoindre la Grande Poste, nous nous adressons à un homme, un père de famille, portant sur ses épaules sa petite fille, pour en savoir plus sur ce qu’il espère par le changement que l’ensemble du peuple algérien, à travers le territoire réclame, depuis le 22 février dernier. «Vous savez, ma fille s’appelle Amel» nous dit-il avant d’ajouter « quand nous l’avions eu, ma femme et moi espérions tellement que les choses changent dans notre cher pays, que nous avions décidé de la prénommer Amel» et d’exprimer son soulagement de voir que «les choses bougent et ce mouvement ouvrira la voie à l’édification d’un État de droit». Il est temps, nous dit le père de la petite Amel, que «le peuple algérien exerce son pouvoir dans la prise de décision et la destinée du pays» à travers, poursuit-il «l’instauration d’une vraie démocratie, par la tenue d’élections libres et transparentes, les seules qui garantissent l’alternance de l’exercice du pouvoir, du niveau local, au plus haut niveau de la prise de décision » nous lance-t-il, avant de rejoindre sa femme qui l’avait dépassé, de quelques pas, avec leur petit garçon, en direction du grand rendez-vous populaire, à l’esplanade de la Grande Poste.

« Nos jeunes ont rallumé, pacifiquement la flamme de l’Algérie debout, celle de la dignité »
Le grand succès de la mobilisation populaire citoyenne, à travers le pays, en ce 4eme vendredi, trouve son origine dans l’esprit de chaque manifestant et manifestante, dont ceux qui ont marché sur les grands Boulevards et les rues de l’Algérois, plus nombreux, avant-hier, à avoir emprunté les chemins menant de la place des Martyrs, à la Grande Poste, de Didouche Mourad à la place Maurice Audin, de Larbi Ben-M’hidi, à Asselah Hocine ou de Hassiba Benbouali au Boulevard Amirouche. En cette belle journée ensoleillée, du vendredi 15 mars, les couleurs se sont éclatées, pour porter très haut celles de l’emblème national, dans une joie collective, par des youyou, des slogans, des chants et musiques et surtout de l’humour, puisé dans le génie populaire, exprimé à travers des milliers de pancartes brandies par les manifestants pacifiques. En allant d’un Boulevard à un autre, d’une avenue à une autre, en s’efforçant souvent de se frayer un chemin, on pouvait lire «Partez maintenant, vendredi prochain, j’ai une affaire à régler», «échec et mat, le peuple a gagné la partie», «pas de report, pas de prorogation, nous vous demandons : SVP partez, le changement a commencé» «les voleurs et la mafia dehors» «Tahya El-Djazaïr» avec la photo des martyrs, Ben-Mehidi, Amirouche, Hassiba, Didouche, et tant d’autres, et les sociologues et les experts en sociologie-politique «ont du pain sur la planche» comme nous l’a déclaré une enseignante d’anglais, du cycle secondaire. Elles sont venues chacune d’un des quartiers et communes d’Alger, de Staouali, d’El-Biar, de Dar-El-Beida, de Douera et de Telemly, certaines se connaissaient entre elles et non d’autres, mais elles étaient là, marquant une pause, pour se lancer sur le chemin du retour, après avoir répondu à l’appel de la marche pacifique du peuple algérien,  en ce vendredi 15 mars, exigeant « le départ du système politique et pour le changement», au lendemain des premières déclarations, jeudi dernier, du Premier ministre Bedoui. « Je suis là pour nos jeunes, qu’ils soient à l’université ou pas, ils ont libéré notre parole, nous devons répondre présents, pour rendre à l’Algérie sa dignité et ses rêves » nous lance, l’une d’elles, avant de nous dire que «ses peurs en ces moments historiques que vit le pays, ne sont pas du mouvement populaire pacifique, qui nous a émerveillé ainsi que le reste du monde, j’ai peur des manœuvres de ceux qui ne veulent pas se soumettre à la volonté du peuple qui se manifeste depuis le 22 février dernier». Rencontré non loin de la Place Maurice Audin, peu avant la fin de la marche, prévue à 17h, cette habitante d’El-Biar voit en ce qui se déroule sous ses yeux «c’est l’étincelle de la vie qui reprend dans notre pays» longtemps, notamment ces vingt dernières années poursuit-elle «tout a été fait pour que la société soit privée de ses ressorts et ses mécanismes pour manifester son existence, à l’instar des autres sociétés du monde» et de conclure «ce système doit partir, l’Algérie mérite beaucoup mieux et elle en est capable, par sa richesse humaine, ses compétences et ses ressources naturelles, il suffit de la doter d’un système politique nouveau, basé sur l’État de droit et l’exercice effectif de la démocratie ». Peu de temps avant cette rencontre, plus haut sur la rue Didouche Mourad, un des marcheurs attira l’attention de nombreux jeunes, qui le saluaient avec chaleur et respect. En se rapprochant de ces manifestants, qui avançaient à pas sûrs, pour s’ébranler sur la Place Maurice Audin, nous apercevons le grand et modeste acteur, Saïd Hilmi, avec son habituel sourire joyeux. Il était là marchant avec ces jeunes, et à notre question de savoir quelles sont ses impressions sur cette mobilisation populaire citoyenne, il nous dit tout simplement «je suis un enfant du peuple et je l’ai toujours été, et c’est pour cela que je suis là aujourd’hui» nous déclare une étoile du cinéma algérien, avant de le laisser continuer son parcours avec les autres enfants du peuple, qui veulent renouer avec les vrais bases et règles qui rythment la vie sociale, politique, économique et culturelle de toute société aspirant au progrès et à la modernité, comme le manifeste, à travers le pays, le peuple algérien, depuis le 22 février dernier. Un jeune que nous avons rencontré non loin de la grande Poste, ou l’ambiance était aussi festive comme ailleurs, là où nos pas nous ont conduit, adossé au mur, nous lui demandons qu’en sera-t-il, selon lui, après la journée de ce vendredi 15. «Vous savez, ils s’entêtent à répondre clairement à ce que le peuple exige, et encore aujourd’hui, nous répondons à Bedoui et à leur feuille de route, par un quatrième non, pacifiquement et s’ils veulent jouer sur nos nerfs, ils peuvent attendre» Une femme au haïk, se joint à nous et nous lance « nos jeunes ont rallumé pacifiquement la flamme de l’Algérie debout, celle de la dignité et des rêves», c’est inadmissible poursuit-elle «de priver le pays de cette énergie dont il a tant besoin ainsi que nos jeunes, demain a déjà commencé, et il se fait et sera fera sans ce système qui est arrivé à sa fin, comme l’a décidé le peuple à travers le pays», nous dira la femme au Haïk.
Karima Bennour