Hanoune préconise des ajustements de la LF-2016

La secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, a décidé d’investir la rue pour prêcher de sa voix contestataire parmi la population. Lors d’un meeting animé hier à la salle de cinéma Sierra Maestra d’Alger, la responsable politique trotskiste fait montre de détermination devant militants, sympathisants et cadres de son parti, et se projette vers l’avenir, afin de donner suite à son leitmotiv de toujours, celui de se battre contre les dispositions de la LF-2016. Après ses critiques acérées contre le projet de la loi de Finances en vigueur qui n’ont pas, semble-t-il, trouvé écho auprès du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, lequel avait fini par approuver la LF-2016, Hanoune passe à la vitesse supérieure. D’emblée, la patronne du PT se projette vers le projet de loi de Finances complémentaire, lequel ne figurant même pas encore à l’ordre du jour du gouvernement. C’est en présidence de l’ex-sénatrice Zohra Drif Bitat et de l’ex-ministre de la Culture, Khalida Toumi, que Hanoune décide de s’orienter vers la population, un choix dicté selon elle par la  «gravité» de la situation dans le pays. «Il s’agit de sauver l’Algérie», dira-t-elle d’entrée sous les ovations d’une assistance, d’apparence, acquise à sa cause. En évoquant la crise économique qui sévit dans le pays depuis l’été 2014, Hanoune parle d’une guerre pétrolière menée à l’échelle internationale. Même si ce contexte sort de la maîtrise de l’Algérie, il n’en demeure pas moins que pour ce qui est du plan anticrise national, il reste l’apanage des pouvoirs publics, comme l’a fait remarquer Hanoune. D’ailleurs, elle reproche au gouvernement de miser sur le silence de la population. En effet, en s’adressant à l’assistance, elle appelle le peuple à ne pas se taire devant cette situation, du moins pas parce qu’il y’a crise économique, mais elle recommande de dénoncer plutôt ce qu’elle ne cesse de considérer de «dérives graves qui menacent la souveraineté de l’état et de l’immunité du pays».  Pour elle, contrairement à ce que dit le gouvernement qui tire la sonnette d’alarme sur l’amenuisement de plus en plus accru des ressources publiques, «il y’a l’argent et il y’a des solutions à la crise», a-t-elle annoncé. En tournant la page du dossier de la LF-2016 dont le sort est définitivement scellé par Bouteflika, Hanoune préconise en trois points distincts son palliatif pour la crise. Ainsi, en parlant des réserves de change qui ont engendré une baisse vertigineuse à 152,7 milliards de dollars en fin septembre de l’an passé, elle a proposé au gouvernement de convertir les fonds, stockés en devises sous forme de bons du trésor, en or. En deuxième lieu, la SG du PT a appelle à l’abrogation de l’Accord d’association contracté avec l’Union européenne, car l’Algérie perd plus qu’elle ne gagne, comme le montre le déficit engendré par la balance commerciale dû selon elle, au démantèlement des barrières tarifaires avec les pays membres de l’UE. Enfin, la dame dû PT appelle le gouvernement à imposer le recouvrement fiscal aux multimilliardaires, au nombre de 5 000 selon elle, des solutions somme toutes visant à contourner le recul des ressources publiques. Pour faire entendre sa voix, elle a indiqué que ces propositions ne sont pas uniquement celles de son parti, mais qu’elles émanent des spécialistes, des syndicats et des acteurs de la classe politique. Hanoune a également dénoncé le manque de débat autour de la crise. Pis, au lieu de cela, «une guerre a été menée contre la majorité (peuple)», a-t-elle étayé ses propos, allusion aux mesures portant sur la hausse des taxes de plusieurs produits qui ont été fixées dans la LF-2016. Même si ce projet entre déjà en vigueur, elle ne désespère pas de voir le président de la République par la voix de son gouvernement, procéder à des ajustements par l’élaboration d’une loi de Finances complémentaire. La LF-2016 étant un texte de loi soumis au débat et à l’appréciation «n’est pas une loi sacrée et irréversible», a-t-elle justifié ses critiques, et d’inviter dans un ultime recours de recadrer les mesures prises par le moyen d’une loi complémentaire. Lors de ce meeting ayant drainé une assistance nombreuse, le discours de Hanoune a été nourri d’applaudissements et de youyous qui fusent du fond de la salle. Profitant de la présence de deux membres composant le groupe des 19-4 personnalités, elle a rappelé les motivations et les intentions qui les animent. Enfin, Hanoune n’a pas raté l’occasion de tirer sur le président du FCE, Ali Haddad. évoquant une information selon laquelle le patron de l’organisation patronale a sollicité un prêt bancaire à la BNA, de l’ordre de 180 milliards de dinars en vue de financer quelques 830 marchés publics, la détractrice de Haddad s’est étonnée de l’absence de réaction des autorités officielles, qui ne se sont pas expliquées par rapport à cette question.

Farid Guellil