Des femmes et des hommes, des jeunes et des moins jeunes, venus de différentes régions du pays, se mobilisent pour venir en aide aux familles touchées par les incendies qui ont frappé plusieurs wilayas de l’est du pays, et dont Jijel en a payé le lourd tribut.
Entre caravanes de solidarité, collectes de produits de première nécessité et des produits pharmaceutiques et initiatives citoyennes relayées massivement sur les réseaux sociaux, cet élan témoigne une nouvelle fois de la capacité des Algériens à se rassembler dans l’épreuve. Ils viennent de partout à travers le pays et se dirigeant droit vers les wilayas touchées par les feux, notamment à Jijel, mais aussi vers Bejaia, Skikda, Sétif… Dans les moments les plus difficiles, la solidarité reprend souvent ses droits. Alors que plusieurs wilayas de l’est du pays sont confrontées à de violents incendies, une importante mobilisation citoyenne s’est mise en place pour soutenir les populations sinistrées et les personnes affectées par cette catastrophe. Aux quatre coins du pays, des citoyens s’organisent pour collecter de l’eau, des denrées alimentaires, des vêtements, et différents produits de première nécessité. Des caravanes d’aide prennent également la route en direction des zones touchées, transportant les dons recueillis auprès de familles, d’associations, de commerçants et de simples citoyens.
Femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, chacun tente, à son niveau, de contribuer à l’effort collectif. Sur les réseaux sociaux, les images et les vidéos de cette mobilisation se multiplient. On y voit des citoyens participer aux collectes, charger des véhicules, préparer des convois ou encore accueillir et accompagner les familles ayant besoin d’aide. Ces scènes, largement partagées sur les plateformes numériques, donnent à voir la vraie image de l’Algérie ; celle d’une population capable de se mobiliser spontanément lorsque l’un des siens est confronté à une situation de détresse.
En effet, l’un des aspects les plus marquants de cette mobilisation réside dans son caractère national. Les aides ne proviennent pas uniquement des régions directement touchées par les incendies. Des citoyens issus de nombreuses wilayas se mobilisent et prennent la route pour rejoindre les zones sinistrées. Cette mobilisation spontanée illustre un sentiment d’appartenance qui dépasse les frontières administratives. Lorsqu’une région est touchée, c’est une grande partie du pays qui se sent concernée. Les caravanes de solidarité en sont l’une des expressions les plus visibles. Elles constituent un symbole fort de cette unité populaire et rappellent que, face aux catastrophes, la solidarité peut devenir une véritable force collective.
Une générosité qui nécessite davantage d’organisation
Mais derrière cette formidable mobilisation citoyenne se pose également une question essentielle : comment organiser efficacement cet élan de solidarité? La multiplication des convois provenant de différentes wilayas peut, dans certaines situations, créer des difficultés sur le terrain. L’arrivée simultanée de nombreux véhicules et convois sur les mêmes axes peut entraîner des ralentissements, voire des blocages de la circulation, alors même que les routes doivent rester accessibles aux secours, aux ambulances, aux équipes d’intervention et aux personnes évacuées. Cette situation ne remet évidemment pas en cause la générosité des citoyens. Elle souligne plutôt la nécessité de mieux encadrer et coordonner les initiatives. Dans un contexte d’urgence, l’envie d’aider est légitime et profondément humaine. Mais l’aide doit pouvoir parvenir aux personnes qui en ont besoin sans entraver le travail des équipes de secours. Une coordination entre les autorités locales, les associations, les bénévoles et les organisateurs des caravanes permettrait notamment de définir des points de collecte, des itinéraires et des horaires adaptés, tout en évitant la concentration excessive de convois dans certaines zones. Il ne s’agit donc pas de freiner la solidarité, mais de l’organiser pour la rendre encore plus efficace.
L’urgence ne doit pas faire disparaître la coordination
Dans de telles circonstances, une certaine désorganisation peut être compréhensible. L’urgence, l’émotion et la volonté de porter secours rapidement peuvent naturellement conduire à des initiatives spontanées et parfois difficiles à coordonner. On pourrait même parler d’une forme d’« anarchie » de la solidarité, non pas au sens d’une volonté de désordre, mais pour décrire cette mobilisation massive et spontanée qui dépasse parfois les capacités d’organisation sur le terrain. Pour autant, cette situation doit servir de leçon.
Les catastrophes naturelles exigent une mobilisation rapide, mais également une chaîne de coordination claire. La bonne volonté des citoyens peut ainsi être transformée en une aide structurée, complémentaire du travail des services de secours et des autorités.
Une mobilisation qui doit s’inscrire dans la durée
Au-delà de l’urgence des premières heures et des premiers jours, une autre question se pose déjà : que se passera-t-il lorsque les incendies seront maîtrisés et que l’attention médiatique diminuera ? Les familles sinistrées auront encore besoin d’accompagnement. Certaines auront perdu leur logement, leurs biens ou leurs moyens de subsistance. La reconstruction prendra du temps et nécessitera des efforts qui dépasseront largement la phase d’urgence. C’est pourquoi l’élan de solidarité observé aujourd’hui doit pouvoir s’inscrire dans la durée. Les collectes, les dons et l’accompagnement des familles doivent se poursuivre lorsque les convois auront quitté les routes et que les caméras se seront éloignées. La véritable solidarité ne se mesure pas uniquement à la rapidité avec laquelle on répond à l’urgence, mais également à la capacité de rester présent lorsque l’urgence médiatique est passée.
Une image forte de l’unité algérienne
Les incendies qui ont frappé plusieurs wilayas de l’est du pays ont provoqué douleur et inquiétude. Mais ils ont également fait émerger un mouvement populaire qui mérite d’être souligné : celui de citoyens refusant de rester spectateurs face à la détresse de leurs compatriotes. Les images et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux témoignent de cette mobilisation. Elles montrent des Algériens ici et ailleurs à l’étranger unis par une même volonté : aider, soutenir et apporter un peu de réconfort aux familles touchées. Cette solidarité constitue une richesse nationale. Elle doit désormais être accompagnée d’une organisation à la hauteur de son ampleur.
Car lorsqu’un peuple veut aider, le rôle des structures d’organisation n’est pas d’éteindre cet élan, mais de lui donner une direction.
S. Oubraham