Trois ans après le 7 octobre 2023, la Palestine reste confrontée aux conséquences d’une séquence qui a profondément bouleversé la région.
À Ghaza, les destructions massives, les déplacements forcés et la crise humanitaire ont profondément marqué la population, tandis que la Cisjordanie occupée connaît une intensification des incursions, des arrestations, des démolitions et des violences commises par les forces d’occupation et les colons.
Le troisième anniversaire du 7 octobre intervient alors qu’un cessez-le-feu est en vigueur dans la bande de Ghaza depuis octobre 2025, mais dans un contexte toujours extrêmement fragile. Les violations se poursuivent, tandis que des centaines de milliers de Palestiniens restent confrontés aux conséquences directes de la guerre et à l’effondrement d’une grande partie des infrastructures essentielles.
Au-delà du bilan humain et matériel, ces trois années ont également profondément modifié la question palestinienne sur les plans diplomatique et judiciaire. La reconnaissance internationale de l’État de Palestine s’est élargie, tandis que les institutions internationales ont engagé des procédures et rendu plusieurs décisions majeures concernant l’occupation, la colonisation et les événements survenus dans les territoires palestiniens.
Une enclave profondément dévastée
À Ghaza, l’ampleur des destructions constitue l’un des principaux marqueurs de ces trois années de guerre. Les infrastructures civiles, les établissements éducatifs, les réseaux d’eau et d’assainissement, les structures de santé ainsi que les logements ont été lourdement touchés.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025, les autorités sanitaires de l’enclave font état de plus de 1.400 Palestiniens martyrisés et de plus de 5.000 blessés. Malgré l’arrêt d’une partie des opérations militaires de grande ampleur, des tirs, frappes et autres violations continuent d’être signalés dans différentes zones de la bande. Le directeur général du bureau des médias du gouvernement à Ghaza, Ismaïl Al-Thawabta, a fait état de plus de 5.300 violations du cessez-le-feu documentées au cours de sa première année.
Selon les données communiquées, ces violations auraient fait 1.460 martyrs et 5.116 blessés, tandis que 200 Palestiniens auraient été arrêtés. Ces chiffres s’inscrivent dans un contexte humanitaire particulièrement difficile. Plus de 1,5 million de personnes vivent encore dans des tentes ou des installations provisoires.
Une partie importante de ces abris serait désormais impropre à l’usage, notamment en raison de leur dégradation et de l’exposition aux conditions climatiques. À l’occasion de ce troisième anniversaire, la situation des déplacés demeure l’un des principaux défis humanitaires. À l’approche de la saison des pluies, des centaines de sites sont menacés par les inondations, alors que de nombreuses familles vivent dans des zones dépourvues d’infrastructures adaptées.
D’autres ont trouvé refuge dans des bâtiments endommagés présentant des fissures importantes et susceptibles de s’effondrer.
La reconstruction apparaît ainsi comme un chantier immense. Elle ne concerne pas uniquement les logements détruits, mais l’ensemble des infrastructures nécessaires au fonctionnement de l’enclave et au retour à une vie normale.
Éducation, santé et économie lourdement affectées
Le secteur de l’éducation illustre à lui seul l’ampleur des dégâts. Plus de 90% des infrastructures scolaires et universitaires de Ghaza auraient été détruites ou endommagées, alors que plus d’un millier d’enseignants ont été martyrisés. Cette situation compromet durablement la scolarité d’une génération entière d’enfants et d’étudiants palestiniens. Au-delà de la destruction physique des établissements, les déplacements répétés, les conditions de vie précaires et les conséquences psychologiques de la guerre rendent particulièrement difficile la reprise d’un enseignement régulier. Les conséquences économiques sont également considérables. Le secteur de la pêche, qui constituait une source de revenus importante pour de nombreuses familles, a subi de lourdes pertes. Des centaines d’embarcations et d’installations ont été détruites, tandis que les restrictions imposées aux pêcheurs continuent de limiter leur activité. L’accès à l’eau, aux soins, à l’électricité et aux services d’assainissement demeure lui aussi problématique. Dans plusieurs secteurs, les populations dépendent largement de l’aide humanitaire pour satisfaire leurs besoins essentiels. Or, cette aide reste insuffisante au regard des besoins. Selon les données citées par le bureau des médias du gouvernement à Ghaza, seulement 74.283 camions d’aide seraient entrés dans l’enclave sur les 214.800 prévus, soit moins de 35% du volume attendu.
Les restrictions concernent également les matériaux nécessaires à la reconstruction et à l’installation d’abris. Des équipements aussi courants que des sanitaires, des bâches, des sacs de couchage, des jouets ou certains équipements médicaux font l’objet de restrictions d’entrée, certains étant considérés comme relevant de la catégorie des produits à « double usage ». Le Norwegian Refugee Council a, de son côté, alerté sur le rythme très limité d’acheminement des matériaux destinés aux abris, alors que des centaines de chargements restent dans l’attente d’une autorisation.
En Cisjordanie occupée, une pression croissante sur les Palestiniens
La séquence ouverte le 7 octobre ne s’est pas limitée à Ghaza. En Cisjordanie occupée, les violences et les restrictions se sont également intensifiées au cours des trois dernières années. Les incursions des forces d’occupation, les arrestations, les barrages, les démolitions et les agressions commises par les colons constituent désormais une réalité quotidienne pour de nombreuses communautés palestiniennes. Plus de 1.600 attaques ayant provoqué des victimes ou des dégâts matériels auraient été recensées entre janvier et août 2026, touchant 275 communautés palestiniennes. Ces violences s’accompagnent de restrictions d’accès aux terres agricoles, de limitations de déplacement et de démolitions, accentuant la pression exercée sur les populations. La situation est particulièrement préoccupante à El-Khalil, dans les zones de Masafer Yatta, ainsi que dans plusieurs secteurs de Naplouse et de Ramallah. Des familles palestiniennes se retrouvent contraintes de quitter leurs habitations à la suite d’agressions répétées, de démolitions ou de restrictions qui rendent leur présence de plus en plus difficile. À El-Qods occupée, les tensions autour de la mosquée El-Aqsa demeurent également fortes. Les incursions et les mesures visant à renforcer les restrictions autour des lieux saints alimentent régulièrement les tensions.
La question palestinienne revient sur le devant de la scène mondiale
Parallèlement aux événements sur le terrain, les trois années écoulées depuis le 7 octobre ont été marquées par une évolution importante de la position de plusieurs acteurs internationaux à l’égard de la question palestinienne.
En mai 2024, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution soutenant la candidature de la Palestine à la qualité de membre à part entière de l’ONU. Cette évolution est intervenue dans un contexte de multiplication des reconnaissances internationales de l’État de Palestine. Sur le plan judiciaire, l’année 2024 a également constitué un tournant. En juillet, la Cour internationale de Justice a rendu un avis consultatif considérant comme illégale la présence israélienne dans les territoires palestiniens occupés et soulignant les conséquences des politiques d’annexion, de colonisation et d’entrave à l’exercice du droit du peuple palestinien à l’autodétermination.
Quelques mois plus tard, en novembre 2024, la Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, dans le cadre de son enquête sur la situation dans les territoires palestiniens et sur des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Ghaza.
Trois ans de bataille autour du récit
Le troisième anniversaire du 7 octobre est également l’occasion de mesurer l’importance prise par la bataille autour du récit et de la mémoire. Depuis les premières heures de la guerre, deux lectures principales s’opposent. La première présente le 7 octobre comme le point de départ de la séquence actuelle. La seconde considère cet événement comme une étape d’une histoire beaucoup plus ancienne, marquée par la Nakba de 1948, l’occupation de 1967, la colonisation, les déplacements forcés et le blocus imposé à Ghaza depuis 2007. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait déclaré, au début de la guerre, que les attaques du 7 octobre « n’étaient pas arrivées dans le vide », tout en rappelant que les griefs palestiniens ne pouvaient justifier les attaques contre les civils.
Trois ans plus tard, la question du contexte historique demeure au cœur des débats. La documentation des destructions, des déplacements et des violations constitue désormais un enjeu majeur pour la mémoire collective palestinienne, mais également pour les procédures judiciaires engagées au niveau international.
Le bilan humain qui confirme le génocide
Trois ans après le 7 octobre 2023, le bilan palestinien dépasse donc largement la seule dimension militaire. À Ghaza, les destructions ont profondément transformé le territoire et les conditions de vie de sa population. Des centaines de milliers de familles restent déplacées, tandis que les infrastructures essentielles doivent être reconstruites.
En Cisjordanie occupée, les violences, la colonisation, les démolitions et les restrictions de circulation continuent de peser sur la population palestinienne et de fragiliser davantage la perspective d’un territoire palestinien viable. Sur le plan international, la question palestinienne a parallèlement enregistré des avancées diplomatiques et judiciaires importantes. La reconnaissance accrue de l’État de Palestine, les démarches devant les juridictions internationales et les avis rendus par la Cour internationale de Justice témoignent d’une internationalisation croissante du dossier. Mais ce contraste demeure frappant : alors que la cause palestinienne bénéficie d’une visibilité accrue dans les enceintes internationales, les réalités sur le terrain continuent de peser lourdement sur la population. En ce 7 octobre 2026, trois ans après le déclenchement de la guerre, les principaux défis restent donc entiers : garantir la protection des civils, assurer l’accès humanitaire, permettre le retour et la reconstruction, mettre fin aux déplacements forcés et à la colonisation, préserver les lieux saints et garantir le droit du peuple palestinien à l’autodétermination. La fin des opérations militaires ne suffirait ainsi pas à clore la crise.
La reconstruction de Ghaza, le retour des déplacés, la restauration des infrastructures, la levée des restrictions et la résolution de la question de l’occupation constituent autant de dossiers qui s’inscrivent désormais dans une perspective de longue durée. Trois années après le 7 octobre, la Palestine reste ainsi au cœur d’une crise à la fois humanitaire, politique, diplomatique et judiciaire, dont les conséquences continueront de marquer durablement la région.
M. Seghilani