L’ALGÉRIE, AGISSANT AUX CÔTÉS DU QATAR, DU NIGERIA ET DES ÉTATS-UNIS, L’A PLAIDÉE AUPRÈS DE L’UE : Réviser le règlement sur le méthane
Le règlement de l’Union européenne (UE) sur le méthane est impraticable, vu l’impossibilité objective, pour une large part des exportations de pétrole et de gaz destinées au marché européen, de satisfaire aux exigences de mesure, de notification et de vérification (MRV) dans les délais prévus à partir de janvier 2027.
C’est la substance de la lettre ouverte adressée, en date du 23 juin 2026, à la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, au président du Conseil européen, Antonio Costa, et aux dirigeants des États membres de l’UE. La lettre est signée par Mohamed Arkab, ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Saâd Sherida Al-Kaâbi, ministre d’État aux Affaires énergétiques du Qatar, Ekperikpe Ekpo, ministre d’État chargé des Ressources pétrolières (Gaz) du Nigeria, et Chris Wright, secrétaire à l’Énergie des États-Unis. Il s’agit de réviser ce règlement. Dans ce sens, la lettre demande des mesures urgentes et nécessaires visant à clarifier et à amender le règlement de l’UE sur les émissions de méthane (EUMR). Cette démarche intervient en consécration de la position stratégique de l’Algérie en tant que principal fournisseur et partenaire fiable de l’UE dans le domaine de l’énergie, et témoigne de son souci constant de garantir la sécurité des approvisionnements et de promouvoir un dialogue constructif avec les partenaires européens, précise le ministère des Hydrocarbures qui donne l’information dans un communiqué publié ce jeudi. Pour les signataires de la lettre, ce règlement entraînera inévitablement des perturbations des approvisionnements et une hausse injustifiée des prix de l’énergie. Principales revendications formulées dans la lettre : l’adoption du mécanisme suspensif (Stop the Clock), afin d’accorder le délai nécessaire à l’élaboration des méthodologies requises et des trajectoires de conformité convenant à toutes les parties, la garantie de la protection des nouveaux contrats (Grandfathering) conclus durant la période de mise en œuvre des amendements législatifs nécessaires, compte tenu de la nature à long terme de ces contrats et de leur volume financier ; levée des sanctions résultant de la non-conformité durant la période transitoire. Le communiqué fait part de la démarche de l’Algérie pour décarbonner le secteur des hydrocarbures : Sonatrach et ses partenaires producteurs de pétrole et de gaz ont déployé des efforts concrets et injecté des investissements considérables en matière de réduction des émissions de méthane, des efforts qu’ils continuent de renforcer. L’Algérie est en parfaite adéquation avec les objectifs du règlement européen et les engagements internationaux qu’elle a souscrits, souligne la même source. À cette occasion, Mohamed Arkab a affirmé que « l’Algérie adhère à cette initiative collective sur la base d’un partenariat stratégique ancré avec l’Union européenne, avec pour objectif fondamental de soutenir la sécurité énergétique européenne et d’assurer la continuité des approvisionnements », appelant à « une approche pragmatique conciliant les exigences de la durabilité environnementale et les impératifs de la sécurité énergétique ». Le ministère des Hydrocarbures a, par ailleurs, assuré que « l’Algérie maintiendra sa présence active dans le dialogue avec les institutions européennes et les États membres, en vue de parvenir à un cadre réglementaire équilibré qui préserve les intérêts communs de toutes les parties ».
Pour rappel, la réglementation européenne en question comporte des obligations pour les entreprises du secteur des énergies fossiles visant à mesurer et limiter les émissions de méthane, avec notamment réparation des fuites, et interdiction du torchage systématique sur les sites pétroliers et gaziers, et si les seuils ne sont pas respectés, les pénalités peuvent aller jusqu’à 20% du chiffre d’affaires annuel. Selon des exigences de cette réglementation, applicables dès l’an prochain, les importateurs doivent démontrer que le pétrole brut, le gaz naturel ou le charbon importés dans l’UE ont été produits dans une juridiction dont les exigences en matière de surveillance, de déclaration et de vérification sont équivalentes à celles édictées par l’UE. L’UE se présente comme un chef de file mondial en matière de réduction des émissions de méthane. Il y a quelques années, en annonçant la Stratégie de l’UE pour réduire les émissions de méthane, la Commission européenne avait rappelé que le méthane est le deuxième contributeur au changement climatique, après le dioxyde de carbone, et un puissant polluant atmosphérique local qui cause de graves problèmes de santé. Elle expliquait que la lutte contre les émissions de méthane est essentielle pour atteindre les objectifs climatiques de 2030 de l’UE et l’objectif de neutralité climatique de 2050, ainsi que pour contribuer à l’ambition zéro pollution de la Commission. Les observateurs ont fait remarquer que la lettre a été envoyée juste avant la réunion d’hier à Luxembourg des ministres européens de l’Énergie qui devaient discuter de la question des prix de l’énergie, trop élevés. Pour les spécialistes, le méthane contribue au réchauffement de la planète nettement plus que le dioxyde de carbone. En réalité, sa capacité à retenir la chaleur dans l’atmosphère est même supérieure à celle du dioxyde de carbone. Le défi pour l’UE : réduire les prix tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre. Or, pour les signataires de la lettre, c’est non seulement le prix de l’énergie qui risque de monter encore plus si cette réglementation est maintenue mais c’est tout l’approvisionnement énergétique de l’UE qui risque d’être compromis. En même temps, il y va des recettes des pays exportateurs dont les ministres ont signé la lettre. Ils souhaitent un compromis qui préserve leurs intérêts. Côté UE, l’argument en faveur de la réglementation anti-méthane est donné par l’Agence internationale de l’énergie qui a fait savoir que les concentrations de méthane ont augmenté plus rapidement que celles de tout autre gaz à effet de serre majeur, et ce, plus rapidement que durant toute autre période enregistrée depuis le début des relevés.
M’hamed Rebah


















































