Face à la recrudescence des accidents de la circulation en Algérie, l’Association nationale El-Aman pour la protection des consommateurs propose une stratégie globale visant à réduire durablement le nombre de victimes sur les routes. Dans un document rendu public et signé par son président, Hassan Menouar, l’organisation avance un plan d’action articulé autour de 10 axes, combinant prévention, modernisation des infrastructures, innovation technologique et renforcement du cadre législatif. L’association estime que la lutte contre ce qu’elle qualifie de « terrorisme routier » nécessite une approche globale, mobilisant l’ensemble des acteurs concernés, des pouvoirs publics aux citoyens.
Miser sur la prévention et la formation
Parmi les principales recommandations figure l’introduction de l’éducation routière dans les programmes scolaires dès le cycle primaire afin d’ancrer les règles de sécurité chez les plus jeunes. El-Aman préconise également le lancement de vastes campagnes nationales de sensibilisation à travers les médias, les mosquées, les établissements universitaires et les réseaux sociaux. L’association souhaite que ces actions associent les imams, les influenceurs et les personnalités publiques afin de toucher un public plus large. Le document insiste aussi sur la nécessité de revoir en profondeur le fonctionnement des auto-écoles. L’association plaide pour des programmes de formation modernisés, des examens plus exigeants et une formation continue obligatoire pour les conducteurs professionnels de bus, de camions et de taxis. Elle recommande également de revoir les conditions d’accès au permis poids lourds, en tenant compte de l’expérience du candidat ainsi que de son aptitude médicale et psychologique.
Une gouvernance de la sécurité routière
Sur le plan institutionnel, El-Aman propose la création d’une Agence nationale indépendante de sécurité routière, chargée de coordonner les politiques publiques en la matière. L’association recommande également la mise en place d’un Observatoire national des accidents de la route, dont la mission serait de collecter, analyser et publier régulièrement des données statistiques fiables afin d’orienter les décisions des pouvoirs publics.
Réhabiliter les routes et renforcer les contrôles
Le document appelle à la réalisation d’un audit indépendant de l’état du réseau routier national afin d’identifier les insuffisances et de programmer les interventions prioritaires. Parmi les mesures proposées figurent l’amélioration de la signalisation conformément aux normes internationales, la sécurisation des points noirs à l’aide de radars fixes, de caméras de surveillance et d’un éclairage adapté, ainsi que la création d’aires de repos sécurisées pour les chauffeurs routiers afin de lutter contre la fatigue au volant. L’association insiste également sur la nécessité de renouveler progressivement le parc automobile, de renforcer le contrôle des véhicules importés et de lutter contre la commercialisation de pièces détachées et de pneus contrefaits. Elle préconise, par ailleurs, la modernisation du contrôle technique grâce à un système informatisé limitant les risques de fraude, ainsi que l’installation obligatoire de chronotachygraphes à bord des autobus et des poids lourds.
L’intelligence artificielle
El-Aman estime que les nouvelles technologies peuvent jouer un rôle déterminant dans la réduction des accidents. À ce titre, elle recommande le déploiement de caméras intelligentes, de radars automatiques et de systèmes d’analyse basés sur l’intelligence artificielle pour améliorer la gestion du trafic et détecter les infractions. L’association propose également le développement d’une application nationale permettant aux citoyens de signaler les comportements dangereux, ainsi que le recours au GPS pour assurer le suivi en temps réel des véhicules de transport de voyageurs et de marchandises.
Durcir la législation et développer les transports alternatifs
Sur le plan juridique, El-Aman appelle à une révision du Code de la route afin de renforcer les sanctions contre les infractions les plus graves, notamment les excès de vitesse, la conduite sous l’emprise de l’alcool, la fatigue au volant ou les comportements mettant en danger la vie d’autrui. Elle suggère également le retrait définitif du permis de conduire en cas de récidive pour certaines infractions. L’association estime, par ailleurs, que la réduction de la pression sur le réseau routier passe par le développement des transports collectifs, notamment en dehors des grandes agglomérations, ainsi que par des investissements dans le transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises, sans oublier le renforcement du transport aérien intérieur et maritime.
Mieux évaluer les politiques publiques
Enfin, El-Aman recommande la publication d’un rapport national annuel consacré à la sécurité routière, intégrant des indicateurs précis sur l’évolution du nombre d’accidents, de victimes, l’état du parc automobile ou encore l’efficacité des contrôles.
L’association plaide également pour une implication accrue de la société civile, des universités et des centres de recherche dans l’évaluation des politiques publiques en matière de sécurité routière. À travers cette feuille de route, El-Aman défend une approche globale, alliant prévention, gouvernance, innovation technologique et réformes législatives, qu’elle considère comme indispensable pour enrayer durablement le fléau des accidents de la route et mieux protéger les usagers.
Ania N.