En pleine période de fortes chaleurs, où la demande en eau atteint des pics, l’Algérie multiplie les investissements pour consolider sa sécurité hydrique. Entre la mise en service de nouvelles infrastructures d’alimentation en eau potable, l’accélération des projets de dessalement de l’eau de mer et les nouveaux chantiers en préparation, le gouvernement fixe une même ambition ; éloigner durablement le pays de la zone de vulnérabilité liée au stress hydrique et garantir un approvisionnement régulier aux citoyens.
C’est d’ailleurs le message fort délivré par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à l’occasion de l’inauguration, à Alger, de plusieurs projets. Le chef de l’État a rappelé que l’Algérie avait fait face aux épisodes de sécheresse grâce à ses propres moyens. « L’État a œuvré à lutter contre la sécheresse et la pénurie d’eau, en recourant à des compétences, des moyens et des fonds algériens », a-t-il déclaré. Le Président a également fixé un cap ambitieux pour les prochaines années. « Des efforts sont en cours pour réaliser l’autosuffisance dans l’approvisionnement des citoyens en eau, au moyen des usines de dessalement de l’eau de mer, à hauteur de 40 %, et nous atteindrons un taux de 62 %, une fois les projets restants de ces usines achevés », a-t-il souligné. Ces déclarations traduisent la place stratégique qu’occupe désormais la politique de l’eau dans les priorités nationales, alors que les effets du changement climatique et les épisodes de sécheresse imposent une transformation profonde du modèle d’approvisionnement.
Des nouveaux ouvrages pour renforcer l’AEP
À l’occasion des célébrations du 64e anniversaire de la Fête de l’Indépendance et du Recouvrement de la souveraineté nationale, le secteur de l’Hydraulique a enregistré la mise en service, l’inauguration et le lancement d’un important nombre de projets à travers plusieurs wilayas du pays.
Selon un communiqué du ministère de l’Hydraulique, ces réalisations visent à améliorer le service public de l’alimentation en eau potable tout en consolidant la sécurité hydrique. Dans la wilaya de Jijel, le projet de réhabilitation et d’extension du système d’alimentation en eau potable a été mis en service avec la réalisation d’une station de pompage à Kheïri Oued Adjoul et Beni Meslem. Doté d’une enveloppe de 102 millions de dinars, ce projet permettra d’améliorer l’alimentation en eau de près de 5 000 habitants, d’augmenter les débits et d’assurer une meilleure continuité de la distribution. Toujours à Jijel, un réservoir d’une capacité de 1 000 m³ a été mis en service dans la commune de Sidi Abdelaziz. Cette infrastructure bénéficiera à près de 4 000 habitants, tout en renforçant la sécurité hydrique de la région. Dans la wilaya de Messâad, deux réservoirs de stockage d’une capacité de 3 000 m³ chacun ont été inaugurés. La wilaya de Tébessa s’est, quant à elle, dotée d’une nouvelle station de pompage dans la commune d’El-Aouinet, équipée et raccordée au réseau électrique. À Chlef, deux réservoirs d’eau ont été mis en service dans la commune de Dahra, auxquels s’ajoute un troisième ouvrage de 1.000 m³ dans la commune d’El-Harenfa. À Sidi Bel Abbès, les autorités ont procédé à la pose de la première pierre d’un projet de château d’eau accompagné d’une conduite d’adduction, destiné à améliorer durablement l’alimentation en eau potable des habitants. Dans la wilaya de Tlemcen, un réservoir de 500 m³ a été réceptionné au quartier Yaghmoracen Ibn Ziane, ainsi qu’un second de 1.000 m³ dans la commune de Chetouane, permettant d’accroître les capacités de stockage et de garantir une meilleure continuité de l’approvisionnement.
La commune d’Amdoukal, dans la wilaya de Barika, bénéficie désormais d’un réservoir semi-enterré de 1 000 m³, destiné à assurer l’alimentation en eau potable de près de 10.000 habitants. À Timimoun, un château d’eau est entré en service dans la commune du même nom, après l’achèvement des essais techniques. L’installation renforcera l’alimentation du ksar Talalt, notamment grâce à l’amélioration des capacités de stockage, de la pression et de la continuité du service. Dans la wilaya de Béjaïa, les installations d’alimentation en eau potable à partir du barrage de Tichy Haf, situé à Oued Ghir, ont été mises en exploitation. Le projet comprend notamment l’équipement de deux stations de pompage et permettra d’augmenter le débit d’environ 30 litres par seconde. Surtout, il permettra aux habitants de passer d’une distribution d’eau tous les trois jours à une distribution quotidienne de huit heures, tout en renforçant la sécurisation de l’alimentation grâce au barrage de Tichy Haf et à la station de dessalement d’eau de mer. Enfin, dans la wilaya de Bouira, les travaux de raccordement de trois stations de pompage du système du barrage de Tilesdit au réseau électrique ont été lancés afin d’améliorer la continuité de l’alimentation en eau potable.
Dessalement : un chantier stratégique qui monte en puissance
Au-delà des infrastructures classiques, le dessalement de l’eau de mer s’impose désormais comme le principal levier de la stratégie nationale de sécurisation des ressources hydriques. Dans ce cadre, le ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza, a présidé lundi, une réunion consacrée à l’évaluation de l’état d’avancement des projets de raccordement à distance des stations de dessalement de Fouka 2 (Tipasa), Koudiet Draouche (El-Tarf), Béjaïa et Cap Djinet (Boumerdès). La réunion, à laquelle ont participé les cadres du ministère, de l’Algérienne des eaux (ADE) et de l’Algerian Desalination Company (ADC), a permis d’examiner les taux d’avancement, les difficultés rencontrées ainsi que les délais de réalisation. Le ministère indique que les travaux de raccordement de la station de Fouka 2 sont désormais achevés. Les opérations de mise en service sont actuellement en cours, parallèlement au lancement progressif de l’alimentation des communes de l’est de la wilaya de Blida.
Pour la station de Koudiet Draouche, les opérations de nettoyage et de désinfection des conduites se poursuivent avant la mise en exploitation progressive de l’installation dès la finalisation des derniers travaux techniques. Concernant Cap Djinet, la procédure d’appel d’offres a été lancée pour sélectionner l’entreprise chargée du raccordement entre le système de Koudiet Acerdoune et la station de dessalement. Ce projet permettra de renforcer l’alimentation en eau potable des wilayas de Bouira, Tizi-Ouzou, M’sila et Médéa.
Trois nouvelles stations pour les wilayas de l’intérieur
La réunion a également permis de faire le point sur les études relatives aux futures stations de dessalement programmées à Chlef, Mostaganem et Tlemcen. Ces projets prévoient la réalisation de réseaux de transfert pouvant atteindre 250 kilomètres afin d’acheminer l’eau dessalée vers les wilayas de l’intérieur du pays. La future station de Tlemcen alimentera les wilayas de Tlemcen, Sidi Bel-Abbès, Saïda et Nâama. Celle de Mostaganem desservira Mostaganem, Relizane, Tiaret et Tissemsilt. Quant à la station de Chlef, elle assurera l’approvisionnement de Chlef, Aïn Defla, Médéa ainsi que de la partie est de la wilaya de Tissemsilt. Chacune de ces trois stations affichera une capacité de production de 300.000 mètres cubes par jour, renforçant significativement les capacités nationales de mobilisation des ressources en eau.
Respect des délais et accélération des chantiers
Au cours de cette réunion, le ministre de l’Hydraulique a insisté sur la nécessité de respecter strictement les délais contractuels et de rattraper les retards enregistrés sur certains chantiers. Lounès Bouzegza a appelé à accélérer le rythme des travaux, à engager les procédures légales contre les entreprises défaillantes, à renforcer la coordination entre les différents intervenants et à assurer un suivi quotidien de l’avancement des projets.
Le ministre a rappelé que les projets de dessalement et leurs réseaux de raccordement constituent aujourd’hui l’un des principaux piliers de la stratégie nationale de sécurité hydrique, soulignant que le programme national de dessalement continuera de s’étendre avec la réalisation de nouvelles stations dans plusieurs wilayas. À l’heure où les fortes chaleurs mettent les réseaux d’alimentation sous pression, cette montée en puissance des infrastructures hydrauliques illustre la volonté des pouvoirs publics d’anticiper les effets du changement climatique et de garantir, à moyen et long termes, un accès durable à l’eau potable pour les citoyens.
Ania Naït Chalal