Tentative de réhabilitation de la colonisation marocaine au Sahara Occiental : La mission de Sarkozy à Dakhla

La vision de l’ex-président français, Nicolas Sarkozy, sur l’Afrique en général et la colonisation en particulier, continue à être structurée par les poncifs de l’époque coloniale. Et c’est à Dakhla, ville du Sahara occidental, sous occupation marocaine, selon le Droit international, européen et Africain, que celui qui avait déclaré que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » que les organisateurs du Forum de Crans Montana, à Dakhla, en violation, de la légalité internationale, discourent sur «l’Afrique et la coopération Sud –Sud ».

À écouter les déclarations à ce Forum, de celui qui est accusé (Sarkozy) de s’être inspiré de l’un des premiers discours à thème « colonial » de sa campagne pour la présidentielle, celui prononcé lors de son meeting de Toulon, le 7 février 2007. « Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen…. le rêve qui attira vers le Sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Égypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc » avait déclaré, Sarkozy, et d’ajouter «ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation», selon lui. En somme Bugeaud, Massu et tant d’autres, de responsables politiques et militaires rêvaient bien sûr de civilisation en s’adonnant aux pratiques inhumaines, telles la torture et la mort au bout de la lame de guillotine des militants nationalistes détenus, dans les geôles du système colonial français, dans les pays africains. Et c’est dans une ville des territoires sahraouis encore sous occupation marocaine, que, sans surprise aucune, Nicolas Sarkozy, revient, plus de dix ans après, réaffirmer «sa vision civilisatrice» sur le colonialisme, en déclarant «ma présence ici, elle parle, elle dit quelque chose», soit son soutien, à ceux qui représentent encore en ce 21e siècle, la colonisation, que le Maroc érige, depuis 1975, en système politique au Sahara occidental, dernière question de décolonisation, en Afrique, inscrite aux Nations unies (ONU) et à l’Union africaine (UA). Lui qui a reçu un désaveu de sa politique, en perdant sa réélection à la tête de l’État français, ne pouvait apporter des conseils politiques à un Roi Mohamed VI, à ses collaborateurs et son gouvernement, qui sont, depuis plusieurs mois, pointés du doigt par les mouvements de protestations de grande ampleur, de dizaines de milliers de citoyens marocains qui, pour la monarchie marocaine et le Makhzen, ne sont que «des sujets du roi». Sarkozy préfère discourir sur sa vision « civilisatrice» du colonialisme, à partir d’une ville sahraouie, sous joug colonial marocain. Alors que les textes juridico-politiques, de l’ONU et l’UA concernant le Sahara occidental, inscrivent ce territoire sur le registre des questions devant connaître le parachèvement du processus de décolonisation, et ce par la tenue d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui. Pour l’ex-président français, Sarkozy «Il s’agit de donner la chance au développement économique» a-t-il dit. Les propos de celui qui avait annoncé son retrait de la vie politique, semblent confondre, force est de constater, entre la mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental, statuée depuis 1991, dans les territoires sahraouis, suite au cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU, entre le Front Polisario et le Maroc, et le programme onusien de développement PNUD. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy revient, plus de dix ans en arrière, pour déterrer la proposition marocaine, relative à «l’autonomie» au Sahara occidental, pour exprimer son soutien à une solution en violation du Droit international. Tout laisse penser que l’européen Nicolas Sarkozy n’a pas vu les quantités d’eau qui ont coulé, depuis, 2007, sous les ponts, il exprime son soutien à la colonsiation marocaine au Sahara occidental, alors que même au niveau européen, la Cour de justice de l’UE a rendu une décision sommant tous les États membres de l’UE à ne pas conclure des Accords avec le Maroc, incluant le Sahara occidental, en application du Droit international et européen. À Dakhla, ville des territoires sahraouis occupés, l’ex-président français a montré qu’il n’a connu aucune évolution dans ses conceptions sur la période colonial et le système politique coloniale, abordés, tout au long de sa dernière campagne électorale, qu’il a menée, de début mars à début mai 2007, à Nice, à Lyon, à Metz, à Marseille, à Dijon comme à Montpellier. Une vision reposant, sur le vieux mensonge selon lequel la colonisation fut une entreprise humanitaire et qu’elle contribua à la modernisation, alors que dans la forme et le fond, il a été et est toujours question d’une entreprise fondamentalement cruelle, abjecte et infâme, qui s’est fait des violations systématiques et en permanence des droits des colonisés. Nicolas Sarkozy a tenté, en vain, de noyer l’intelligence historique et l’esprit critique dans un bol de bons sentiments, qu’il a exprimé, insistant sur sa «préférence légitime de compter le Maroc, comme l’ami préféré», détournant son regard sur la colonisation injuste dans son principe et oppressive dans ses structures. Sarkozy a été dans son rôle , de l’exaltation des colons …à tenter de réhabiliter la colonisation, sans surprise d’ailleurs, pour celui qui a parlé, au Forum de Crans Montana, de paix et de sécurité, lui qui a été le moteur du déclenchement de l’intervention de l’Otan en Libye, pays qui plus de sept ans après est dans une situation chaotique selon la vision que donne Sarkozy à la sécurité, la paix et la stabilité.
Karima Bennour