Sellal à Bamako

Sommet France-Afrique : Un cadre dépassé par les préoccupations et les évolutions en cours

Une déclaration finale a été adoptée, hier, par les participants aux travaux du 27e Sommet Afrique-France, mis sous le thème «Pour le Partenariat, la Paix et l’Émergence», abrité par la capitale malienne, Bamako.

Près d’une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, dont le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, ont été unanimes à condamner le terrorisme sous ses multiples facettes. En revcnahe, les participants ont affiché leur satisfecit quant aux avancées réalisées dans la mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation au Mali. Un accord, pour rappel, conclu à Alger en 2015.
Notant avec satisfaction les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, les participants au Sommet France-Afrique ont appelé «à la restauration et au rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire malien», et ce, conformément, est-il indiqué, «aux dispositions de l’Accord».
Inscrite à l’ordre du jour des débats dudit Sommet, le dernier qui se tient sous la présidence de François Hollande, la lutte contre le terrorisme et la radicalisation violente, les participants ont affirmé de consentir davantage d’efforts pour «prévenir et lutter contre les phénomènes de radicalisation violente», notamment, est-il souligné, en «traitant les causes profondes».
Il s’agit, à ce propos, du «renforcement» du soutien à divers niveaux aux systèmes d’éducation, aux mesures visant à répondre, outre aux défis de la jeunesse, mais aussi à ses attentes, notamment en matière d’emploi, de formation de qualité, et de l’inclusion sociale.
Un appel à une «lutte collective» contre les réseaux de ramifications du terrorisme, notamment les trafics de drogue et d’armes, de traite des êtres humains, de migrants, a été lancé par les chefs d’État et de gouvernement, seule voie à même d’«assécher» les sources principales du financement du terrorisme.
Dans son intervention à ce Sommet, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a réitéré «la pleine disponibilité de l’Algérie à poursuivre son soutien à l’aboutissement, dans les meilleurs délais, du processus de mise en œuvre de l’Accord de paix au Mali», a-t-il déclaré, en sa qualité de représentant du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, devant les chefs d’État et de gouvernement présents au Sommet Afrique-France qui se tient à Bamako.
Réaffirmant, a poursuivi Sellal, qu’«en appui à ce processus, je réitère ici notre appel solennel à la communauté internationale pour qu’elle reste mobilisée», plaide-t-il en faveur «de la réalisation des objectifs de développement consignés dans cet Accord», a précisé l’intervenant. Dans un monde où les défis et les menaces à la paix et à la sécurité se sont multipliés considérablement, ces dernières années, l’urgence et la nécessité de promouvoir un dialogue responsable et, donc, cohérent, au niveau régional comme international, des acteurs de la scène mondiale, dont les Occidentaux persistent à promouvoir la politique de deux poids deux mesures, selon leurs stratégies respectives en direction des questions, ou problèmes, qui se posent, et selon la sphère géographique.

Lutte antiterroriste : du Sommet de Paris à celui de Bamako
Alors que le dernier Sommet France-Afrique sous la présidence de François Hollande s’est tenu sous le thème «Pour le Partenariat, la Paix et l’Émergence», son quinquennat qui s’achève a été marqué par un mandat qui a connu le plus d’interventions militaires de la France en dehors de ses frontières.
Assurant, dès son entrée à l’Élysée, l’héritage de son prédécesseur à la tête de la présidence française, Nicolas Sarkosy, l’un des acteurs principaux ayant poussé pour l’intervention de l’Otan, en 2011, en Libye, celui-ci a laissé à son successeur, Hollande, le soin de poursuivre la gestion de ses conséquences, sans perdre de vue les visées inavouées de cette intervention atlantiste sur la scène libyenne.
Peu de temps après son entrée en fonction, Hollande a vite fait d’engager la France militairement, dans quatre autres opérations sur le Continent africain, sous divers prétextes et différents de ceux qu’a avancés, bien avant lui, Sarkosy pour accélérer le début des opérations militaires de l’Otan en Libye en 2011, dans le sillage des événements survenus dans le Monde arabe. Après le Sommet France-Afrique Tenu à Paris, en décembre 2013, le président Hollande, dont son bilan de politique intérieure ne lui a pas ouvert la voie pour espérer briguer un second mandat présidentiel, a présidé un sommet France-Afrique, loin de la capitale française, pour être mieux médiatisé à l’intérieur de la France, laquelle vit au rythme de la course à la présidentielle, à laquelle son ex- premier ministre, Emanuel Valls, y participe. Le président français sortant après avoir engagé les militaires français au Mali, puis lancer l’opération “Sangaris” en République Centrafricaine, en plus de sa gestion de l’héritage de l’intervention de l’Otan en Libye, son action de va-t-en en guerre a vite était stoppée, s’agissant de sa décision annoncée en août 2013, «de bombarder la Syrie». À la dernière minute, en effet, Hollande est revenu sur cette décision, dès que son allié américain, le président sortant Barack Obama, a refusé de s’aventurer dans une opération militaire ouverte avec Damas. Alors que la lutte contre le terrorisme figure en tête des agendas de rencontre locale, régionale, continentale et au niveau international, François Hollande est acculé par une large opinion française sur sa politique de lutte contre le terrorisme, qui, des années durant, n’a pas pris en compte les groupes terroristes en Syrie, dont Daech et Djabaht en-Nosra, à propos de cette dernière, son ex-ministre des affaires étrangères, Fabius, avait eu à déclarer que «En-Nosra fait du bon boulot» dans l’espoir de voir l’effondrement des institutions de la République syrienne.
Le bilan de Hollande en matière de lutte contre le terrorisme étant mitigé, demeurant très mitigé, son approche verra des corrections pas moindres, notamment en direction du dossier syrien, de la part de son successeur, et qui ne manqueront pas, sans nul doute, d’avoir des conséquences sur l’approche de la France en matière de lutte contre le terrorisme, souffrant de la politique de deux poids deux mesures.
Des corrections qui devront suivre celles qu’opérera le nouveau locataire de la Maison-Blanche, au regard de l’implication effective d’acteurs, locaux, régionaux et internationaux, dans la lutte contre le terrorisme et ses réseaux de ramifications, mais encore, à moindre mesure, contre sa matrice idéologique, le Wahhabisme.
Karima Bennour