Projet de loi sur la santé : La LADDH augure la fin de la gratuité des soins

La LADDH n’est pas allée par le dos de la cuillère pour tracer un sombre tableau de la situation de la santé en Algérie.

Saisissant l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la santé, qui coïncide avec le 7 avril de chaque année, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh) a dressé un tableau noir de l’état des lieux de la santé en Algérie. « La santé est malade », c’est en ces termes que l’ONG qualifie le système de santé, estimant que la réforme hospitalière, entamée il y a plus de 15 ans est un « chimérique». Le projet de loi de la santé n’arrange en rien des choses, puisque, selon la Laddh celui-ci vise à mettre fin à la gratuité des soins.
Dans un rapport rendu public hier, l’ONG a posé de moult interrogations, d’autant que le projet de loi porte sur refonte totale du système de santé algérien. Notant des ambiguïtés contenues dans certains articles du projet de loi, la Ligue accuse «le gouvernement de vouloir aller vers la privatisation du secteur de la Santé». En ce sens, l’Ong dénonce une large ouverture au secteur privé que la nouvelle loi met au même rang que le secteur public.
Selon elle, «le nouveau texte ouvre la voie à la privatisation du secteur de la Santé sous le couvert des dispositions relatives au partenariat et à la complémentarité entre secteur public et secteur privé ». Or que, cette démarche « transformera le secteur d’un service public en un secteur purement commercial et financier».
Alors que le projet de loi sera prochainement programmé dans l’agenda de l’APN, la Laddh alerte que «l’adoption de ce texte de loi dans sa forme actuelle privatisera ce qui reste du secteur de la Santé et fermera la porte à de nombreux patients qui ne pourront plus bénéficier d’une prise en charge sanitaire». Pour l’ONG, la loi sur la santé aurait mérité l’ouverture d’un dialogue national, réunissant professionnels de santé, experts, syndicats, partis pour aboutir à rédiger une «charte nationale de la santé».
Également, dans son rapport, la Laddh n’a pas manqué de s’étaler quant aux signes de manque de la prise en charge sanitaire. Ainsi, la LADDH signale qu’en dépit des 73 milliards de dollars alloués à ce secteur, au cours des quinze dernières années, la situation est «chaotique», tandis que les «huit ministres qui se sont succédés à la tête de ce département n’ont hélas pas réussi à trouver les «remèdes» à ces problèmes.
D’ailleurs, l’ONG regrette que de nombreux citoyens soient contraints de lancer des cris de détresse via les réseaux sociaux, pour demander de l’aide afin qu’ils puissent bénéficier d’une prise en charge convenable.
Ce n’est pas tout, puisque les rédacteurs dudit rapport dénoncent la « dégradation de la prise en charge au niveau des urgences hospitalières », dont 81% de la population se plaignent de l’accueil et du manque d’orientation de la part du personnel.
Ce dernier est, d’ailleurs, accusé de ne pas se préoccuper des malades. En sus, faute d’une prise en charge adéquate, les malades se retrouvent souvent contraints de tomber dans les «griffes» des institutions sanitaires privées, dont les tarifs ne sont soumis à aucune réglementation. Concernant les analyses médicales, certains types d’analyses ne sont pas effectués ce qui pousse les malades à s’orienter vers le privé, note le rapport, qui dénonce, les pannes récurrentes du matériel. Soulignant que l’acquisition de ce matériel a coûté cher au Trésor public, les rédacteurs du rapport déplorent qu’en dépit de ces budgets alloués, les services de radiologie des différents établissements renvoient les malades pour des rendez-vous ultérieurs.
Pour ce qui est de la cartographie sanitaire, la Laddh a encore regretté que des patients issus de certaines wilayas ne puissent bénéficier d’une prise en charge ailleurs que leur wilaya de résidence. Parmi les points noirs également cités, la Laddh s’alerte quant au retour de certaines maladies épidémiologiques, dont la rougeole, typhoïde, la tuberculose, les poux, la gale….etc. «Ces maladies sont sensées êtres éradiquées depuis plusieurs années, mais leur retour en force n’est qu’un signe que la santé est malade», écrit l’ONG.
Lamia Boufassa