Une élimination en 16e de finale peut parfois être honorable. Celle de l’Algérie face à la Suisse ne l’est pas. Ce n’est pas la défaite qui choque, mais tout ce qu’elle révèle : une sélection sans identité, des choix incompréhensibles, une fédération verrouillée et un projet sportif qui s’est effondré au moment où il devait confirmer ses ambitions. La sortie prématurée des Verts en Coupe du monde ne peut être réduite à la seule responsabilité de Vladimir Petkovic. Le sélectionneur suisse a commis de nombreuses erreurs, mais il n’est que la partie visible d’un système qui dysfonctionne depuis plusieurs mois. Son maintien ou son départ n’auront aucun sens si ceux qui ont validé ses choix, prolongé son contrat avant la compétition et accompagné cette dérive sportive restent en place. La crise est avant tout institutionnelle. Sur le terrain, l’Algérie n’a jamais donné le sentiment d’avoir un projet de jeu. En quatre rencontres, quatre équipes différentes sont apparues. Les systèmes ont changé sans logique, les joueurs ont été déplacés de poste en poste et les expérimentations se sont multipliées au plus mauvais moment. Contre la Suisse, Petkovic a poussé cette improvisation à son paroxysme en alignant une attaque sans véritable avant-centre, avec Maza utilisé comme faux numéro neuf malgré un profil qui ne correspond pas à ce rôle. Derrière, les centres se sont accumulés sans destinataire, tandis que l’équipe sombrait dans l’incohérence tactique. Les choix humains interrogent tout autant. Pourquoi Bennacer et Bounedjah ont-ils été privés de cette Coupe du monde ? Pourquoi Belaïd et Titraoui ont-ils été écartés ? À l’inverse, pourquoi certains joueurs ont-ils bénéficié d’une confiance inébranlable malgré des prestations insuffisantes ? Mandi et Bensebaïni ont conservé leur statut de titulaires malgré leur baisse de niveau. Zerrouki, lui, a continué d’enchaîner les titularisations sans convaincre. La concurrence, pourtant indispensable au haut niveau, semblait avoir disparu au profit d’une hiérarchie figée. Un autre dossier symbolise les incohérences du staff technique : celui du gardien de but. La convocation, puis la titularisation répétée de Zidane interrogent profondément. Match après match, ses prestations n’ont jamais justifié la confiance absolue dont il a bénéficié. Ses lacunes dans les sorties aériennes, son jeu au pied approximatif et son manque d’assurance ont souvent fragilisé une défense déjà en difficulté. Plus largement, il est légitime de s’interroger sur les critères qui ont conduit à son maintien comme numéro un. À l’heure actuelle, il serait difficile d’imaginer Zidane s’imposer dans l’une des quatre meilleures équipes du championnat algérien tant l’écart de niveau est évident avec plusieurs gardiens évoluant localement. Cette gestion du poste a également envoyé un mauvais signal à la concurrence. Des gardiens plus performants ou plus réguliers ont été ignorés, alimentant une fois de plus le sentiment que certaines décisions échappaient à toute logique sportive.
UNE FÉDÉRATION QUI REFUSE DE SE REMETTRE EN QUESTION
Les dysfonctionnements ne se limitaient pas au rectangle vert. Pendant toute la compétition, les listes des joueurs convoqués ainsi que les compositions d’équipe ont fuité plusieurs heures, parfois plusieurs jours avant leur officialisation. Une telle situation est inconcevable dans une sélection nationale ambitieuse. Elle traduit une perte totale de maîtrise de la communication interne et une absence d’autorité. Plus inquiétant encore, plusieurs sources évoquent l’influence de personnes étrangères au football dans l’environnement quotidien de la sélection, bénéficiant de privilèges et d’un accès que rien ne justifie. La gestion de Vladimir Petkovic soulève également de nombreuses interrogations. Plusieurs témoignages font état d’entraînements pauvres sur le plan tactique, de consignes imprécises et d’une communication limitée avec les joueurs. Certains cadres auraient eu le sentiment d’évoluer sans véritable plan de jeu, contraints de s’adapter eux-mêmes aux circonstances. Une équipe nationale de ce niveau ne peut fonctionner en autogestion, encore moins lors d’une Coupe du monde où chaque détail fait la différence. La responsabilité de la Fédération algérienne de football est tout aussi engagée. En prolongeant Petkovic avant le tournoi, sans réel débat interne selon plusieurs informations, la FAF s’est liée à un entraîneur dont les limites étaient déjà visibles. Plus largement, la gouvernance actuelle est accusée de fonctionner de manière verticale, avec des décisions concentrées entre quelques mains et un bureau fédéral largement effacé. Les critiques sont systématiquement assimilées à des attaques contre l’équipe nationale, alimentant une culture du silence qui empêche toute remise en question. Au-delà de la sélection, c’est l’ensemble du football algérien qui inquiète. Malgré des investissements considérables, le championnat national continue de perdre en qualité. Les salaires augmentent, mais le niveau stagne ou régresse. Les réformes annoncées n’ont pas produit les effets espérés et plusieurs règlements sont désormais perçus comme des freins au développement des clubs et à l’émergence des jeunes talents. Pendant que d’autres nations africaines modernisent leurs structures et renforcent leur compétitivité, le football algérien semble s’enfermer dans ses contradictions. La qualification pour cette Coupe du monde ne saurait servir de bilan positif. Avec un groupe composé notamment du Mozambique, de l’Ouganda et de la Somalie, elle relevait davantage de l’obligation que de l’exploit. De la même manière, atteindre les huitièmes de finale grâce à une victoire laborieuse contre une Jordanie novice à ce niveau ne peut masquer la réalité. L’Algérie a signé sa pire prestation dans l’histoire du Mondial, incapable de faire vibrer son peuple malgré un soutien populaire immense et un engagement total des pouvoirs publics. Le chantier dépasse donc largement la question du sélectionneur. L’Algérie possède une génération talentueuse, en Europe comme dans le championnat local. Encore faut-il que cette richesse soit encadrée par une vision cohérente, des compétences reconnues et une gouvernance moderne. Sans une profonde remise en question de la FAF, des méthodes de travail du staff technique et des mécanismes de décision qui entourent la sélection nationale, les mêmes causes produiront inévitablement les mêmes effets. Le départ de Vladimir Petkovic ne serait qu’un symbole si les véritables responsables de cette faillite sportive restent en place. Plus qu’un changement d’entraîneur, c’est une réforme profonde de la gouvernance du football algérien qui s’impose.
Mohamed Amine Toumiat












































