Préjudices financiers et préjudices moraux contre l’État algérien

Des chiffres qui donnent le tournis. 300 milliards sur un compte personnel d’Ahmed Ouyahia, l’ex-Premier ministre qui soutient, devant le juge, n’avoir pas déclaré son compte BDL pour la simple raison que l’origine des fonds qui y étaient n’avait pas de rapport avec ses fonctions de Premier ministre. Au moins 1000 milliards de centimes ont été dilapidés dans le montage de véhicules en plus d’une facture d’importation de véhicules de 6 milliards de dollars en 2014. Une campane électorale pour le 4e mandat financée à hauteur de 750 millions de dinars par seulement cinq hommes d’affaires proches du cercle présidentiel…
Ouyahia et Sellal légitiment leurs agissements, le premier s’étonnant même de ne pas être félicité, ignorant que la crise actuelle que traverse le pays est de leur responsabilité et que c’est aussi à cause d’eux que la vox populi désigne tout le pouvoir politique par les termes peu élogieux de mafia, de mafia institutionnalisée. Car en plus des pertes qu’ont subis et le Trésor public et l’Économie nationale, et qui se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliards de dollars, c’est le préjudice moral commis contre l’État et la Nation qui est le plus grave, puisque c’est à cause de cela que des millions de personnes ont perdu confiance en leurs gouvernants et certains d’entre eux accablent même leur armée.
C’est à juste titre donc que le tribunal de Sidi M’Hamed a lié le dossier du montage automobile à celui du financement occulte de la dernière campagne électorale de Bouteflika, établissant ainsi le lien entre corruption et politique dans le système du président déchu. Dans cette liaison népotique, les politiques ne se contentaient pas de favoriser des clans, de leur octroyer des privilèges indus : ils bloquaient les organes de répression de la corruption.
C’est ainsi que Bouteflika a gelé la Cour des comptes pendant ses 20 ans. Il a également paralysé la flopée d’organes créés à cette fin par l’État, dont l’Observatoire national de prévention et de lutte contre la corruption. Annoncés en grandes pompes, les quatre pôles judiciaires régionaux spécialisés dans la lutte contre la délinquance économique et financière ne virent jamais le jour. Créé en 2006, l’Office central de répression de la corruption (OCRC) ne devient opérationnel qu’en 2013. Par contre, en 2015 le président déchu a mis fin à l’enquête des services de renseignement, qui vient d’être rétablie ce mois-ci.
Ce contexte juridique et politique n’a fait qu’attiser les convoitises autour des ressources économiques contrôlées ou monopolisées par l’État. L’enrichissement illicite devient alors proportionnel à la proximité des centres de décision politique et administrative. Détournement de l’argent public, évasion fiscale, fuite des capitaux, blanchiment, surfacturation, non-respect des clauses du marché étaient des pratiques courantes du sommet à la base. Les affaire Khalifa, Sonatrach, autoroute Est-Ouest, celles ayant touché à l’agriculture et même à la culture et aux affaires religieuses ne sont que les faces apparentes de l’iceberg.
A. E. T.