Angela Merkel

Lutte antiterroriste, coopération économique et dossier des sans-papiers au menu : Angela Merkel, à Alger, lundi prochain

Angela Merkel, la chancelière allemande, effectuera lundi prochain une visite officielle de travail dans le cadre d’une tournée maghrébine qui sera consacrée, pour l’essentiel, à la lutte antiterroriste et au délicat dossier des sans-papiers algériens en Allemagne. Mais aussi de la consolidation de la coopération économique après la percée spectaculaire de l’industrie allemande de l’automobile dans notre pays.
Angela Merkel qui est en pleine campagne électorale, alors qu’elle est fortement concurrencée par l’ancien président du Parlement européen Martin Schultz, donné gagnant par les sondages aux élections, doit redresser son image auprès de l’électorat allemand après l’accueil massif de réfugiés et surtout l’attentat terroriste qui a endeuillé Berlin, et dont l’auteur, Anis Amri, était un djihadjiste tunisien, dont son expulsion avait été bloquée par Tunis. La question des sans-papiers maghrébins avait déjà été évoquée par Merkel avec le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, lors de sa visite à Berlin, l’Algérie garantissant le rapatriement de ses ressortissants sans papiers, dès lors que leurs identités soient dûment établies. La question de l’émigration est désormais le point nodal des élections législatives de septembre 2017, et pour Merkel qui veut arracher des accords aux trois pays maghrébins sur le rapatriement de leurs ressortissants et notamment ceux liés à la mouvance islamiste, voire à Daesh, pour les Marocains et les Tunisiens qui se sont infiltrés en Allemagne dans les flots de réfugiés reçus en Allemagne.
Au regard de la forte pression que Berlin exerce sur la Tunisie, sur cette question des Maghrébins en situation irrégulière en Allemagne, il est évident que la chancelière Angela Merkel abordera le sujet a Alger, lundi prochain, lors de sa visite. D’après des statistiques allemandes, il y aurait 1 500 à 2 100 sans-papiers algériens ayant rejoint le territoire allemand entre 2015 et 2016. À première vue, le «litige» entre l’Algérie et l’Allemagne n’est pas aussi complexe que celui qui oppose Berlin et Tunis. Mais Berlen décidée à décréter pays «sûrs» les trois pays maghrébins veut accélérer le départ de ressortissants indésirables au regard de leur peu de qualification notamment, et de leurs liens supposés, ou réels, avec la mouvance salafiste et le terrorisme. Le rapatriement des Algériens en situation irrégulière devrait être assuré par Berlin. Cela devrait se faire à raison de 30 personnes embarquées sur des vols réguliers, tel que prévu par un accord algéro-allemand signé en 2006. En fait, l’accord en question a été signé en 1997 à Bonn, puis ratifié par l’Algérie en février 2006. Il stipule clairement que la reconduite des ressortissants algériens en situation illégale s’effectue par voie aérienne, sur des vols réguliers et pour un nombre de personnes ne pouvant dépasser 30, à la fois, par vol, compte tenu des contraintes de sécurité que le coût de ces opérations jusqu’aux frontières de l’État destinataire incombe à la partie allemande. Les choses ne pourraient cependant pas aller de soi pour quelque 600 personnes présentées comme étant de nationalité algérienne. L’Algérie a demandé à ce qu’il soit prouvé qu’ils sont bien algériens avant d’approuver leur «réadmission».
Tout le bruit fait autour des Maghrébins ne tient cependant pas la route puisque, statistiquement, Tunisiens, Algériens et Marocains n’obtiennent le statut de réfugié que dans respectivement 0,8%, 2,7% et 3,5% des cas. En somme, l’arrivée des migrants proche-orientaux en Allemagne se fait au détriment des Maghrébins. Les Tunisiens l’ont bien compris. En déplacement officiel à Berlin, le Premier ministre tunisien a d’ailleurs rejeté en bloc les demandes de l’Allemagne qui reproche à Tunis, après l’attentat de Berlin, son manque de coopération en matière migratoire. La chancelière allemande avait indiqué, samedi dernier vouloir signifier à Berlin à son homologue Youssef Chahed que la Tunisie devait arrêter de freiner les expulsions des sans-papiers, en particulier s’agissant de personnes liées à la mouvance salafiste. Berlin adresse le même type de reproches à l’Algérie et au Maroc. Selon des statistiques fournies par le gouvernement allemand, près de 1 500 citoyens tunisiens se trouveraient actuellement en situation irrégulière. Lors de sa rencontre, mardi, avec la chancelière allemande, Youssef Chahed a donc réitéré le refus de son pays d’aller dans le sens des desiderata de Berlin. «Nous attendons des autorités allemandes des preuves limpides que la personne est vraiment tunisienne. Les migrants clandestins utilisent de faux papiers et ralentissent la procédure», a souligné le Premier ministre tunisien. Il a aussi minimisé l’ampleur du problème. «C’est un nombre très restreint, 1 000 personnes», a-t-il ajouté.
Le Premier ministre tunisien a aussi dit «non» à Mme Merkel sur son idée de « camps de rétention» en Tunisie pour y accueillir les migrants sauvés au cours de leur traversée de la Méditerranée depuis la Libye, et empêcher ainsi leur arrivée en Europe. Pour l’Algérie, il n’est pas question de faire du Maghreb un immense centre de transit pour migrants clandestins. D’autant que le Maroc en réaction à la décision de la Cour internationale de justice de l’Union européenne, sur son occupation coloniale du Sahara occidental, fait carrément du chantage à l’UE et notamment l’Espagne, et menace de laisser partir librement des milliers de refugies africains présents sur son territoire. En attendant, le Makhzen réorganise les routes de la drogue vers l’Europe faisant transiter d’énormes quantités, via Israël et la Turquie, pour alimenter précisément les marchés allemands et français.
M. Bendib