Décharge communale d’Amizour : les habitants réclament une commission d’enquête

La grogne est à son paroxysme au niveau de la troisième commune de la wilaya de Béjaïa, après le chef-lieu et Akbou. En effet, Amizour, forte de ses 109 kilomètres carrés et de ses 40.000 âmes, ne décolère pas face à ce qui a été décidé par les autorités locales, entre autre l’exécutif communal. A cet effet, et avant de parler de ce qui se passe, rappelons que le lundi 2 novembre, des habitants, riverains de la décharge communale, ont procédé à la fermeture de la route d’El kseur pour protester contre cette source de pollution inquiétante. « Cela s’est passé notamment depuis qu’une entreprise privée a été autorisée par l’exécutif communal à y entreposer ses déchets industriels. ». C’est ce que nous avons pu lire sur une déclaration affichée un peu partout dans les coins et recoins du chef-lieu de la commune par l’association solidarité avec jeunesse (SAJ) en date du 5 novembre passé, soit trois jours seulement après la fermeture de la RN 21 au niveau d’El Kseur.
« Il aura donc fallu que des citoyens réagissent pour que l’opinion apprenne que le site de la décharge reçoit également les déchets d’une entreprise industrielle et même ceux d’autres localités de la wilaya. Si les citoyens en sont arrivés à cette extrémité, c’est parce que le P/APC avait refusé de les recevoir quatre jours auparavant. ». Lit-on encore dans ladite déclaration affichée. L’on poursuit pour se poser des questions « Pourquoi ? La réponse est évidente, puisque cette lourde et grave décision a été prise de manière unilatérale et quasiment en catimini, un passage en force, et la population n’en a pas été tenue informée par ceux qui devraient lui garantir ce droit. Mais, comment peut-il en être autrement, lorsque l’assemblée elle-même, la représentation communale, n’a pas été associée à la prise d’une décision qui devrait, à notre sens, et c’est une question tout simplement de bon sens, faire l’objet d’une délibération ou, à tout le moins, d’un débat en son sein….N’y a-t-il pas là transgression d’une disposition du code communal (Chapitre II, Article 61) et qui stipule que le président de l’Assemblée populaire communale préside l’Assemblée populaire communale. A cet effet, il a la responsabilité de la convoquer, la saisir des questions de sa compétence … ». On estime en outre que « le silence incompréhensible des autorités, celui des membres de l’assemblée, censés défendre les intérêts de la population, la démission et voire même la caution des partis politiques, l’absence de transparence ajoutent à la grande confusion délibérément entretenue autour de cette question et qu’on se le dise, qui n’a pas trait à une simple banalité, mais bien à la santé publique et, est-il besoin de le rappeler, le P / APC est garant de la santé de ses concitoyens. Les faits parlent d’eux-mêmes, et nous constatons qu’il y a des négligences inquiétantes, lorsqu’on sait que l’article 69 Alinéa 2 du code communal stipule que le président de l’Assemblée populaire communale est chargé, sous l’autorité du wali, de veiller au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité et à la salubrité publique », un aspect évoqué également dans le Chapitre VI : Hygiène, salubrité et environnement (Article 107) qui stipule que la commune a la charge de la préservation de l’hygiène et de la salubrité publique notamment en matière de lutte contre la pollution et de protection de l’environnement. ». Aussi, les citoyens de la commune s’interrogent sur un fait en disant «…alors que notre commune souffre cruellement du problème de gestion des déchets ménagers, de celui d’une décharge inadaptée et aux capacités dérisoires, le P/APC trouve le moyen et s’offre le luxe d’autoriser une entreprise d’y introduire encore d’autres sources de pollution, des déchets industriels et qu’il veut justifier par un avis favorable de la direction de l’environnement. Pourquoi, dans ce cas, ce fameux document portant avis favorable de la direction de l’environnement n’a-t-il pas été rendu public pour rassurer la population ? Pourquoi le P/APC n’avait-il pas daigné consulter ce soi-disant fameux conseil consultatif communal, qu’il avait réuni pour l’entrainer dans une autre grave décision qui est celle de rejeter le PDAU ?….des questions que l’on se pose aujourd’hui à Amizour. « Mis devant le fait accompli, le P/APC s’est empressé de rendre publique la décision d’annulation de l’autorisation qu’il avait accordée à Cevital, en tentant d’impliquer la direction de l’environnement pour avoir émis un avis favorable. A ce propos, il y a lieu de relever un certain nombre d’incohérences qui soulèvent d’autres questionnements et qui ne doivent pas laisser indifférent. Premièrement, en matière d’environnement, sauf autre contexte qu’on ignore, en principe, la direction habilitée ne s’aventure pas à émettre un avis favorable, sans, au préalable, procéder à une étude d’impact. La procédure a-t-elle été respectée ?….Deuxièmement, autre énorme contradiction dans le PV (dont nous détenons une copie) de la réunion tenue le lundi 02 novembre avec les représentants des habitants de DAS Moustache, parmi les décisions prises, destinées à solutionner le problème, il a été retenu de demander à la direction de l’environnement de la wilaya de Béjaïa de dépêcher une commission technique pour effectuer une vérification de la nature des déchets en question. On se demande sur le pourquoi saisir de nouveau la direction de l’environnement, à partir du moment où, comme le P/APC l’affirme, elle avait déjà émis un avis favorable ?….
En conséquence, constatant que la population n’a pas été informée d’une décision qui la concerne au premier chef et qui touche à la santé publique, et ce, en violation des dispositions du code communal, que les conditions dans lesquelles cette autorisation a été accordée ne sont pas sans soulever des questions, aussi bien dans la forme que dans le fond, nous appelons les autorités compétentes de l’État à la mise en place d’une commission d’enquête qui aura à établir les responsabilités de chacun à ce sujet. », lit-on enfin dans la déclaration rendue publique et dont nous détenons une copie. L’association SAJ lance une invitation à une rencontre autonome des associations et des animateurs engagés dans l’action sociale, environnementale, culturelle et artistique, collectifs de quartiers, tout simplement citoyens, pour engager un débat aussi large que possible autour de toutes les questions qui concernent la vie de la commune et les préoccupations de la population.
M.Rahib