ELKEBICH Khaled The knihts

Cinéma : Khaled El Kebich ou le travail d’un réalisateur sur le patrimoine national

The Rug (Le tapis, El Bissat en arabe, ou mieux aurait-il fallait dire Ezzarbia) de Khaled El Kebich est sorti en 2019. Produit par Echovision films et Crossing moods, ce film expérimental se veut une « écriture en images, un scenario écrit comme une œuvre rédigée avec l’encre de la musique. »

Par Ali El Hadj Tahar

L’auteur aurait souhaité que les moyens poétiques y soient privilégiés pour exprimer l’imaginaire, l’irréel. Entre le documentaire et la fiction surréaliste, The Rug est une tentative de sonder la culture du tapis, et les mythologies qui l’entourent, du moins au regard de l’auteur qui parle « d’une anthropologie de l’art Algérien et de son patrimoine ». Dans cette œuvre en trois actes, « Rikham l’héroïne représente l’anima du grand Sahara algérien, projection corporelle balisée et se mouvant entre les réalités du conscient et de l’inconscient. » D’autres personnages la désirent ou la cherchent, et se veulent symboliser les quatre éléments naturels : l’air, la terre, l’eau et le feu. Les paysages sahariens d’abord puis des Hauts plateaux sont filmés avec sobriété, mais il n’empêche qu’en dépit de la beauté des sites, nous restons sur notre faim car la diversité empêche de détailler les vues. The Rug a été primé au Japon en tant que meilleur film documentaire, et a obtenu une distinction à Moscou. Dans une succession de tableaux, le réalisateur nous promène dans différents sites et ce n’est qu’en fin de partie que nous avons droit à une représentation du tapis lui-même ainsi que du métier à tisser. El Kebich n’a malheureusement pas saisi l’occasion pour montrer le tapis dans toute sa splendeur, ses motifs, ses couleurs, ses diversité. Le tapis et le métier à tisser sont restés en arrière plan comme étrangers au film qui leur était consacré. Le genre expérimental est complexe et encore plus celui qui s’attaque à l’imaginaire et au poétique. Khaled El Kebich aurait pu éviter quelques clichés, en revoyant Un Chien Andalou (1929), de Luis Buñuel ou un quelconque film de Jean Cocteau, cet artiste multi-talentueux à la fois poète, peintre et cinéaste qui dit : « Je sais que la poésie est indispensable bien que je ne sache pas à quoi ». Buñuel et Cocteau, furent des artistes à l’avant-garde, le premier de l’art espagnol et le second, de l’art français, sont toujours d’actualité quand il s’agit d’imaginaire.

Errkeb, el-goum ou la fantasia
Le second film de Khaled El Kebich, Knights of the Fantasia (Les chevaliers de la fantasia, El Alfa, en arabe) est un documentaire réalisé en 2017. El Alfa est l’histoire d’un adolescent de la région de Sebdou qui a grandi dans une famille attachée aux traditions ancestrales de l’élevage des chevaux et donc du rekb ou el-goum, que les Français ont désigné par fantasia. Il baigne dans cette ambiance où le cheval est entouré de milles soins. Youssef ne rate pas non plus les revues et les manifestations où des centaines de chevaux et de cavaliers sont réunis dans ces gestes traditionnelles où le baroud ponctue le trot ou le galop. El Alfa est ponctué d’images et plans superbes, pas seulement celles des carrousels lancés à vive allure. L’enfant réalise son rêve mais nous attendions plus de ce film. Nous attendions à ce qu’il nous mette plein les yeux. Nous ne verrons rien des selles et de leurs ornements, ni des fusils et de leurs gravures et entrelacs, des gilets, les seroual traditionnels ou des turbans… Des détails de ces objets traditionnels auraient non seulement enrichi le film mais donné plus d’âme. L’histoire anecdotique du jeune Youssef passe avant l’émerveillement alors que les rekb présentés étaient des occasions en or pour faire vibrer la beauté des montures, leurs harnachements, les selleries, de faire vibrer l’Algérie dans sa splendeur.
Le rekb, el-goum, el-khialla est un carrousel de chevaux accompagné de cris et de coups de fusils. Si les premiers mots sont d’origine arabe on ne sait par contre d’où vient le mot fantasia. Ce documentaire ponctué de belles images laisse, lui aussi, le spectateur sur sa faim, et si l’intention est toujours louable chez Khaled El Kebich, il cherche cependant la difficulté au lieu de chercher ce qui est à sa portée ou à la portée de la compréhension du spectateur. En tout cas, il ne reste pas au niveau du citoyen lambda auquel généralement s’adresse une œuvre d’art. Le sujet magnifique du tapis ou du cheval pouvaient être racontés de manière simple, poétique et pleinement informative, en enrichissant le spectateur sur les doubles plans éducatif et de la sensibilité. Nombreux sont les scénaristes et les écrivains algériens qui peuvent pourtant enrichir le cinéma algérien avec des textes plus consistants.
Khaled Habib El-Kebich (né le 24 janvier 1970 à Tiaret) n’est pas seulement un réalisateur qui est en train de confirmer son talent. C’est aussi un auteur-compositeur-interprète de musique et de chanson. Mixant les genres traditionnel et moderne, sa musique est une palette de styles nationaux et internationaux où se bousculent jazz, reggae, blues, soul ou rythmes latins ainsi que de la musique folklorique de diverses parties du monde. Son répertoire discographique comprend plus d’une dizaine d’albums. En tant que réalisateur, Khaled Habib El-Kebich est déjà à son second film et mérite toute l’attention pour son exigence et son sérieux. Il vient aussi de réaliser une série de comédie « Thales » qui se déroule à l’époque romaine.
A. E. T.