Chemins des touristes

Chemin des touristes à Constantine : De l’or en barre qui sommeille

Situé au cœur de paysages féeriques, entre les parois de l’emblématique Oued Rhumel, le chemin des touristes de Constantine, considéré comme de «l’or en barre qui sommeille», est en passe de parfaire sa lente mais inexorable quête d’une réhabilitation tant escomptée depuis de nombreuses années.

«Avec ses ponts, sa vue vertigineuse et surprenante sur le ravin, ses gorges du Rhumel et le chemin des touristes, Constantine a des atouts prodigieux pour devenir un pôle touristique d’exception pouvant drainer chaque année pas moins de deux millions de visiteurs, d’autant que la ville a désormais comblé son manque en matière d’infrastructures hôtelières’’, estime un cadre du secteur du tourisme. S’étendant sur 2,5 km de long, avec une largeur de 1,5 mètre, cet ouvrage séculaire conçu par Frédéric Rémès, un ingénieur des ponts et chaussées, entre 1843 et 1895, longe la falaise rocheuse à plus de 150 mètres de haut à partir du Pont du Diable (sous le pont de Sidi Rached) jusqu’au Pont des Chutes, à moins d’un kilomètre de la piscine olympique de Sidi M’Cid. Taillé dans la roche, cet itinéraire au panorama majestueux est constitué d’un savant alliage de tunnels creusés dans la roche, d’escaliers et de petits ponts métalliques, dont la passerelle Perrégaux, permettant de relier la rive droite à la rive gauche du ravin, en passant par des lieux symboles du patrimoine matériel et mémoriel de la ville, à l’instar des bains romains, ou encore du hammam de Salah Bey. Fermé en 1958, consécutivement à d’importantes crues qui avaient durablement affecté les bains romains dénommés «bains de César’’, un lieu très apprécié à l’époque par les visiteurs, ce site a littéralement été asphyxié par des amas de déchets et le déversement des eaux usées qui ont délabré ses espaces verts et ses jardins suspendus.

Deux décennies d’atermoiements
Il aura fallu attendre mars 2004 pour que les autorités locales décident de procéder à un bilan exhaustif des préjudices occasionnés à cet ouvrage longtemps laissé à l’abandon et de proposer des solutions adéquates, et ce après une inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée populaire de wilaya (APW), en 1997. Mais la succession d’atermoiements qui s’ensuivirent pour des raisons budgétaires ainsi que les difficultés liées à la technicité de l’ouvrage et à la «complexité des travaux’’ ont retardé le lancement de la restauration de ce patrimoine, offrant une vue imprenable sur la ville, que les affres du temps et du climat n’ont pas épargnés. Pressentie pour être, enfin, lancée en 2014, à l’occasion de la manifestation «Constantine capitale de la culture arabe 2015’’, la réhabilitation du Chemin des touristes a encore piétiné plusieurs mois et devrait être entamée «courant 2019’’, selon les responsables du dossier. A ce propos, le directeur local du Tourisme et de l’Artisanat, Noureddine Bounafaâ a indiqué récemment à l’APS, que «de nombreuses contraintes soulevées, en rapport avec les réseaux d’évacuation et les rejets des eaux usées affectant ce chemin surplombant l’Oued Rhumel, ont été réglées’’. Le responsable a également rappelé que l’étude globale, confiée à un bureau d’étude français, spécialisé dans la restauration des monuments au relief complexe, «permet l’évaluation des risques encourus par l’ouvrage notamment durant son exploitation et contribue à adopter les choix nécessaires pour assurer sa pérennité en phases de chantier et en exploitation».

Un « travail de fourmi » pour un site classé
Dans ce contexte, Samia Benabbas Kaghouche, architecte urbaniste, experte des sites et monuments historiques, membre fondatrice et vice-présidente de l’Académie algérienne des sciences et technologies, a soulevé, dans une déclaration à l’APS, la problématique liée à «la complexité de restaurer un site pareil nécessitant un travail de fourmi et de longue haleine, requérant notamment l’intervention d’alpinistes et de personnes spécialisées en la matière’’. Elle a rappelé également que le Chemin des touristes est un site classé dont «la réhabilitation ne peut être confié à n’importe qui ‘’, mettant l’accent sur la magnificence de ce lieu «fascinant et exceptionnel’’. En attendant la concrétisation de la réhabilitation tant attendue de ce site touristique, certains citoyens s’interrogent quant au «sort’’ de ce patrimoine unique, dont le lancement effectif des travaux de restauration et de réhabilitation devaient normalement avoir été entrepris «il y a deux décennies au moins’’. Plus de 60 ans après sa fermeture, le Chemin des touristes demeure pour l’instant une grande inconnue pour une majorité de citoyens qui souhaitent arpenter, dans un proche avenir, ce sentier atypique surplombant l’Oued Rhumel.