Ces bourreaux… d’arbres cinquantenaires

Dame nature ne connait pas que des pyromanes à l’origine de milliers d’hectares de végétal partis en fumée chaque année. Elle a aussi des bourreaux dont elle subit un autre supplice. Ce sont ces découpeurs d’arbres qui agissent à découvert dans les villes même du pays. À force d’attenter à l’environnement, ils laissent derrière des cités urbaines, déjà englouties par la bétonisation, sans âme et où il fait mal-vivre. Le dernier massacre en date a été commis à Oran. La bêtise humaine a frappé, hache à la main, à la cité «Akid Lotfi». La scène du crime écolo présente 17 arbres, de longilignes cyprès fiers de leur cinquantenaire d’existence, ravis au patrimoine écologique. On aurait dit que c’est un massacre utile puisque l’assiette foncière dégagée, ou plutôt ravagée, servira à la réalisation d’un projet de parking-auto. Sous le choc, et en bons éco-citoyens qu’ils sont, les résidents immédiats et les écolos dénoncent. Une petite bouffée d’oxygène de cette prise de conscience, au moins ça ! On le sait désormais, il n’ya pas que des ennemis de la nature, fort heureusement ! Dans ce crime, ce sont les autorités locales sous la complicité bienveillante, figurez-vous, de la Conservation des forêts, qui sont pointées du doigt. Et puis quoi, à parier que l’argument de l’abattage ne manquerait aux bourreaux. Il s’agit bien de conserver des forêts, pas des arbres, nuance !, vous dira-t-on. Interpellé, le wali d’Oran enquête, lui qui a fait serment de préserver cet espace vert, en vain maintenant que le vert n’est plus vert.
C’est bien beau de dire, toutefois au lieu d’agir après coup, il aurait été mieux de prévenir un tel crime commis à ciel ouvert. De surcroît, et aussi paradoxal que ça peut paraitre, Oran a été élue en 2013 cinquième capitale mondiale du «R20», un projet environnemental US. Une ambition vite remise en question non ? Car, elle n’aura de sens si elle n’est pas suivie d’effet immédiat. Comme quoi, «ce n’est pas la nature qui décide du nombre des arbres. C’est la mairie», pour reprendre une citation d’un certain nouvelliste et bédéiste français. Quelle illustration !
F. G.