Une richesse sémantique… dans le mauvais sens

CUne des particularités de la société algérienne aujourd’hui réside dans son vocabulaire. Pauvre, très réduit, il brille par sa pauvreté, par rapport au lexique arabe ou français en usage ; mais il connait dans certains segments des excroissances maladives ; comme par exemple, «les enflures» dues aux mots puisés dans le parler populaire, le verlan et l’argot du milieu.
Les nouveaux termes en usage liés à la violence, à la mal-vie, aux plaintes d’une vie difficile et à la goujaterie prennent des proportions importantes et grossissent d’année en année, alors que le lexique lié au savoir, à la science, à la politesse ou au monde des idées, stagne, voire régresse.
Cet état des lieux langagier est très lié à ses locuteurs ; chaque langue reflète l’état d’esprit de ses usagers. Les Algériens perdent beaucoup de mots chaque année, des mots devenus encombrants, car inusités, et en perdant le bon lexique, s’affublent de nouveaux mots, puisés dans l’argot et le verlan, qui submergent le « marché des mots » et font une remontée extraordinaire du bas vers le haut ; de sorte que ce sont les jeunes du milieu populaire qui créent ainsi de nouveaux termes et qui influent sur les classes dites instruites lesquelles adoptent le mode de parler des jeunes : une influence contre-nature, si l’on peut s’exprimer ainsi. Si c’est grave ? Allez poser la question aux sociologues…
I.M. Amine