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Après la BBC, «France Football» en remet une couche : Le football algérien s’est forgé une mauvaise réputation à l’international

On joue petit mais on parie gros dans nos compétitions. Un ballon fuyant, des acteurs au niveau discutable et l’argent qui coule à flots mais pas dans le sens voulu. Si les matches ne se gagnent pas au muscle et à l’intimidation (nos stades faisant plus que jamais peur et riment avec violence), l’astuce toute trouvée, le dribble de trop, souvent imparable, reste indubitablement le chéquier. Et c’est à qui paie le mieux et le plus pour décider du sort de nos si minables, interminables parties de pousse- ballon où tout le monde semble apparemment trouver son compte. Soigner son compte en banque. Une pratique au retentissement international (des médias de poids s’y intéressent) et une image sensiblement écornée. Quel est le remède et comment éradiquer ce mal qui gangrène le sport-roi chez nous ? Depuis le temps qu’on se penche sur un drôle phénomène et l’impression toujours aussi vive que l’on manque de solutions et vogue la galère.
Ethique, qui a dit éthique ?
Messieurs les présidents de club, une bonne nouvelle nous arrive de l’autre côté de la Méditerranée. Elle a pour canal la bible du football hexagonal, «France Football» qui trône allègrement depuis des décennies au sommet de la presse sportive au pays des nouveaux champions du monde après leur retentissant sacre de juillet dernier en Russie où ils monteront sur la plus haute marche du podium de la non moins plus prestigieuse des compétitions du jeu à onze universel avec la «Champions league» européenne et ce chapiteau de rêve qui voit les plus grandes stars nous faire rêver à l’occasion de soirées somptueuses.
Bonne nouvelle donc et (il faudra revoir ce concept dans le sujet qui nous concerne et ou nous intéresse au plus haut point) ce «scoop». Qui tourne au secret de polichinelle car les déballages ne manquent pas lors de fins de saisons copies conformes aux précédentes, l’argent sale décrochant la super vedette au détriment de performances et sacres douteux et rarement aussi discutables. Des infos encore une fois (sûrement pas la dernière, des langues restant prêtes à se délier pour un lavage de linge sale dépassant les frontières) décrochées auprès d’un anonyme qui livre au public une véritable «mercuriale» fixant les prix des matches combinés. On ne joue plus (on le savait déjà) depuis longtemps dans nos chères (surtout pour les sommes colossales circulant dans un marché à ciel ouvert que tout le monde – et pratiquement tout le monde- est impliqué jusqu’au coup- fait mine de ne pas voir, ne veut pas voir et détourne le regard) compétitions qui veulent que les meilleures ou les lauréats, les derniers de la classe ou les recalés, sortent des manches de ces fameux prestidigitateurs récompensant les «bons» payeurs. Qui mettent le paquet. Et donc cette nouvelle race de dirigeants, les mauvais perdants, gérant ce qui s’apparente à des supérettes des plus rentables en usant du porte-monnaie avec l’argent du contribuable, les fameuses subventions allouées généreusement par les collectivités locales et les entreprises publiques (rarement donc l’argent du privé et d’un mécénat passé de mode) ne regardant pas sur les dépenses quand il s’agit de football (ça aide, entre autres à calmer cette rue si bouillonnante et toujours prête à en découdre avec tout le monde) et encore moins sur la destination, pourvu que les résultats (on s’arrange comme on peut quand arrive l’angoissante sanction de baisser de rideaux défiant toute logique et rythmés par la seule volonté de coulisses faisant référence en la matière) suivent. Quitte à bafouer l’éthique.

Valeurs, traditions, et … dérives
Après donc les «vérités» ou les révélations de la pourtant très sérieuse BBC (la main de l’étranger encore une fois…) qui y est allée de sa contribution avec des révélations n’émouvant plus personne dans nos murs, et les quelques réactions ne dépassant pas le stade de la dénonciation, en rappelant (c’est les officiels qui nous le signifient et l’assurent en promettant des commissions d’enquêtes aboutissant rarement et vite renvoyées aux tiroirs une fois les ardeurs refroidies, généralement plus tôt qu’espéré) qu’en Algérie la pratique est en «contradiction avec nos valeurs et traditions», tout en reconnaissant, à demi-mot, sans vraiment se mouiller, que des «dérives» existent bel et bien et que les pouvoirs publics (des promesses jamais tenues et des actions étouffées dans l’œuf) réagiront avec fermeté lorsque (bien sûr, argument imparable) les preuves existent (qui n’existent pas soit dit en passant, car impossibles à réunir), voici le tour d’un monstre sacré de la presse sportive mondiale qui descend à son tour sur le terrain et en remet une sacrée couche avec, à l’occasion, les révélations «fracassantes» d’un ancien (mais toujours très actif sur la scène ?) intermédiaire qui, du haut de ses 15 années d’expérience et de précieux, «loyaux» services rendus à ces «consommateurs» d’un nouveau genre animant cette bourse où tout le monde vend et achète, tout le monde se vend et s’achète (du pareil au même ?), crie au scandale et montre patte blanche et lave plus blanc que blanc, donnent à nos compétitions, frappées depuis déjà assez longtemps de suspicion, une dose supplémentaire de confusion rarement égalée, les couronnes comme les bonnets d’âne valant leur pesant. Se monnaient chèrement comme le montre d’ailleurs, chiffres à l’appui (à vous donner le tournis et laissent pantois) cette dernière sortie médiatique d’un canard connu pour ne pas vendre du vent. Une sortie qui enfonce un plus le clou dans un corps malade, (re)dire que le football national, en situation de pourrissement avancé, n’est pas prêt de sortir de la salle de réanimation, la corruption la rongeant gravement. Sans rémission. «France Football» a décidé, à son tour, de fourrer son nez dans un milieu à la limite du mafieux et en passe d’emporter avec lui les ultimes espoirs (sur le plan des résultats techniques la tendance n’est plus à l’optimisme, Equipe nationale comme équipes de clubs versés en compétitions africaines et régionales n’arrivent plus à redorer un blason singulièrement terni et héritent désormais des rôles de seconds couteaux malgré l’afflux de binationaux et autres talents venus des quatre coins du continent dès lors que l’on a définitivement fait le deuil de la formation à la base) de (re)voir ce cuir insaisissable rebondir à nouveau dans le bon sens.

Une épée de Damoclès nommée Fifa
Un vœu pieux et des mauvaises nouvelles à la pelle pour une discipline à l’origine de tous les maux. De toutes les peurs. Ce que tout le monde savait. Sait. Le football algérien qui décide de faire le buzz et s’étale en long et en large dans les rubriques «faits divers» des grands journaux de la planète. De la publicité (gratuite ?) et une destination qui n’inspire plus avec cette vague de violence (visible celle-là et reprise en boucle par les écrans T.V et constituant du pain béni pour les réseaux sociaux) qui font de nos stades, pour la majorité condamnés à la démolition car ne répondant pas aux normes les plus élémentaires de sécurité et n’offrant pas le minimum de commodités, se transforment, au fil de week-ends de cauchemar, en véritables pièges où l’intégrité du supporter comme des joueurs n’est plus garantie (voir et revoir les images de cette fin de partie houleuse, voire dramatique du récent match de championnat ayant mis aux prises le CABBA local au MC Alger, qui a vu le service d’ordre débordé, en plus du nombre de blessés par armes blanches parmi les mouloudéens) et vous donnent envie d’aller voir ailleurs. Dans le sillage de la prestigieuse chaîne britannique, le géant français de la presse sportive dans le monde vient à son tour, à coup de révélations, rappeler aux dirigeants de la Faf, ainsi que des hautes autorités, l’impérieuse nécessité de se pencher plus sérieusement sur un dossier où notre sport-roi, dans de sales draps, joue gros, l’épée de Damoclès de la Fifa, l’instance morale du football mondial, veillant au grain parce que interpellé par des pratiques sur lesquelles toute la lumière doit être faite. On vend et on achète des matches au vu et au su de tous et cela ne peut qu’interpeller la structure dirigée par l successeur de Blatter, l’Italo-suisse Gianni Infantino dont une des missions principales est justement de mener la chasse aux corrompus après les scandales qui ont éclaboussé la maison de Lausanne et abouti à la disgrâce de nombre d’influents dirigeants, à l’image d’un Platini, traîné dans la boue et invité finalement à une retraite anticipée difficile à digérer pour un homme aussi ambitieux et qui avait tout pour réussir au plus haut sommet de la pyramide. Que faut-il de plus pour les responsables algériens pour passer à l’acte et débusquer cette faune qui, à distance, décide du sort des rencontres et soigne autant sa situation sociale que ses comptes en banque.

Le monde nous regarde
Qu’est-ce fait courir tout ce beau monde sinon les sommes faramineuses mises sur le tapis, les matches ayant désormais un prix. «Méritant» le prix fort, tout résultat technique et fait de jeu devant être contrôlé moyennant finances. Sur un simple coup de filet, des arbitres et des joueurs se chargeant de finir la sale besogne. Combien coûte une victoire, un nul, un penalty ? Cela dépend du palier où l’on évolue, du caractère (titre en jeu, maintien, relégation etc…) de la rencontre et bien d’autres arguments sans relation avec les lois du jeu. L’éthique, l’esprit du jeu et du sport ? On repassera comme c’est souvent le cas depuis quelques années déjà à l’approche de la date fatidique du mois de Mai et du départ en vacances. Dans sa livraison qui fait déjà désordre, «France Football», bien aiguillé par la BBC et ces voix en off qui parlent sous couvert de l’anonymat, nous apprend que «les tarifs sont approuvés par toutes les parties concernées et varient selon que les sujets à corrompre sont des joueurs ou des dirigeants. Une corruption à la carte. Les tarifs tiennent compte également du contexte et de l’importance du match.» En résumé, cette conclusion effarante d’un arbitre qui assène : «J’ai tâché d’éviter çà pendant des années, mais ma carrière n’avançait pas. Aujourd’hui, il me semble qu’être ouvert à la corruption est juste une extension de mon rôle d’arbitre.» Pas mieux pour nous inviter de circuler et aller nous occuper d’autre chose. Qu’en pense l’auguste Fifa ? Si beaucoup d’acteurs semblent aptes à s’«ouvrir» à la pratique intra-muros, la réaction de cette dernière a maintenant toutes les raisons d’être forte. En faisant plus que de demander des comptes. D’autant plus sérieusement que le président de la Faf, Zetchi, qui a fait certes dans la demi-mesure en reconnaissant qu’il s’interdit de certifier que «la corruption n’existe pas chez nous» et qu’elle est même «bien présente», est resté vague en assurant qu’«en tant que fédération, nous avons pris toutes nos dispositions pour combattre ce fléau en installant une commission d’éthique et de fair-play, dont le statut lui permet de saisir la justice.» Pendant ce temps là ? Bras croisés. Pieds et poings liés. Sûrement que cette fois, cette même Fifa, qui déclarait en son temps être «en train de s’intéresser à la question et à recueillir des informations supplémentaires», ne tardera pas à se manifester. Comment ? On croise les doigts. Ça risque de faire mal. Très mal même. Ça devait arriver. Tôt ou tard.
A. A.