Le peuple sahraoui et la direction du Front populaire de libération de la Saguia el-Hamra et du Rio de Oro, plus connu sous le nom de Front Polisario, ont célébré, hier, le 53e anniversaire de la création du mouvement.
Cette commémoration intervient dans un contexte marqué, selon les responsables sahraouis, par la poursuite de la lutte politique et militaire pour l’autodétermination et l’indépendance du Sahara occidental.
Fondé le 10 mai 1973 par un groupe d’étudiants sahraouis dirigé par El-Ouali Mustapha Sayed, le Front Polisario s’est constitué comme un mouvement de libération nationale avec pour objectif la fin de la présence coloniale espagnole puis, par la suite, la revendication d’un État sahraoui indépendant. Lors de son congrès constitutif, le mouvement adopte une ligne clairement orientée vers la lutte armée, résumée par le slogan « Par le fusil, nous obtenons la liberté ». Dès ses débuts, il engage des actions militaires contre les positions espagnoles, notamment à partir du 20 mai 1973, avec des attaques revendiquées contre des installations militaires dans la région de Smara et d’autres zones du territoire. En 1975, à la demande de l’Assemblée générale des Nations unies, une mission de visite est envoyée au Sahara occidental et dans les pays voisins afin d’examiner les modalités de décolonisation du territoire. La même année, la Cour internationale de justice de La Haye rend un avis consultatif affirmant l’existence de liens d’allégeance, mais reconnaissant surtout le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Cet avis est régulièrement invoqué par le Front Polisario comme fondement juridique de sa revendication. À la suite du retrait de l’Espagne en 1975, le Maroc et la Mauritanie interviennent militairement dans la région, entraînant une guerre avec le Front Polisario. Les accords de Madrid de novembre 1975 actent le partage du territoire entre les deux pays, une décision rejetée par le mouvement sahraoui. En réponse, le conflit s’intensifie et le Front Polisario proclame en 1976 la création de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), reconnue par plusieurs États et devenue membre fondateur de l’Union africaine. En 1979, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît le Front Polisario comme représentant du peuple sahraoui, selon ses dirigeants. Dans le récit du mouvement, la situation a connu un tournant majeur en novembre 2020, avec la rupture du cessez-le-feu signé en 1991 sous l’égide de l’ONU. Le Front Polisario affirme que cette rupture est liée à des incidents dans la zone de Guerguerat, qu’il considère comme une zone tampon contestée. Depuis, le conflit est entré dans une phase de tensions accrues, mêlant actions militaires sporadiques et blocage du processus politique onusien.
Une dimension diplomatique et internationale soutenue
Le 53e anniversaire intervient également dans un contexte que le Front Polisario décrit comme un regain d’intérêt international pour la question sahraouie. Le mouvement met en avant des acquis diplomatiques, juridiques et politiques, notamment son statut au sein de l’Union africaine et le soutien croissant de certaines organisations internationales et mouvements de solidarité. Les autorités sahraouies saluent également, selon leur lecture, des avancées dans les procédures juridiques internationales visant à défendre les ressources naturelles du territoire. Dans sa déclaration à l’occasion de cet anniversaire, le Front Polisario réaffirme son attachement à la poursuite de la lutte « sous toutes ses formes », combinant action diplomatique et, selon son positionnement, maintien de la pression sur le terrain. Le mouvement appelle par ailleurs la communauté internationale et les Nations unies à exercer des pressions sur le Maroc afin de permettre la tenue d’un processus de négociation menant à l’autodétermination du peuple sahraoui. Il insiste sur le fait qu’aucune solution politique ne saurait être acceptable sans la reconnaissance préalable du droit à l’indépendance, tel qu’il est défini par les résolutions internationales. Dans les camps de réfugiés, dans les territoires sous contrôle marocain et dans la diaspora, les commémorations de cet anniversaire sont marquées par des rassemblements symboliques et des déclarations de fidélité au Front Polisario. Le mouvement met en avant l’unité nationale du peuple sahraoui comme condition essentielle de la poursuite de son combat. Les dirigeants sahraouis affirment que cette unité constitue, selon eux, un facteur clé de résilience face aux évolutions du conflit. Cinquante-trois ans après sa création, le Front Polisario continue de revendiquer la pleine souveraineté sur le Sahara occidental et le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
De son côté, le processus politique conduit sous l’égide des Nations unies reste dans l’impasse, malgré plusieurs tentatives de relance des négociations. Entre mémoire historique, enjeux diplomatiques et réalités du terrain, cette nouvelle commémoration illustre la persistance d’un conflit parmi les plus anciens du continent africain, toujours en attente d’un règlement politique durable.
M. Seghilani












































