Accueil ACTUALITÉ TOURISME : Hôtels sous pression et boom de la location saisonnière

TOURISME : Hôtels sous pression et boom de la location saisonnière

0

La saison estivale 2026 est marquée par un afflux record de vacanciers et une forte pression sur les capacités d’hébergement dans plusieurs wilayas côtières ; au cours des dix derniers jours du mois d’août, plus de 55 000 lits ont été réservés dans les hôtels de 14 wilayas côtières, selon les données communiquées par la Fédération nationale de l’hôtellerie et du tourisme. Ces chiffres ne reflètent toutefois qu’une partie de la demande réelle. Une part importante des estivants se tourne désormais vers les auberges, résidences et surtout les maisons et appartements proposés à la location saisonnière, devenus une alternative de plus en plus recherchée face aux tarifs et à la disponibilité limitée des hôtels. Le président de la Fédération nationale de l’hôtellerie et du tourisme, Abdelwahab Boulfekhad, estime, dans des déclarations de presse, que les indicateurs enregistrés durant cette saison confirment un niveau de fréquentation exceptionnel par rapport aux années précédentes. La wilaya de Skikda, à elle seule, aurait enregistré près de 4 000 lits réservés, illustrant la pression exercée sur les structures d’hébergement. Une grande partie de cette clientèle est constituée de membres de la communauté algérienne établie à l’étranger, qui ont choisi de passer leurs vacances en Algérie. À cette clientèle s’ajoute un nombre croissant de touristes étrangers venus de pays européens, américains et arabes. Pour lui, cette évolution traduit un changement intéressant : le pays ne constitue plus uniquement une destination estivale pour les Algériens, mais commence également à attirer davantage de visiteurs étrangers.

Les familles algériennes paient toujours aussi cher
La question des tarifs demeure toutefois sensible. Selon Boulfekhad, les prix de l’hébergement restent élevés pour les familles algériennes, compte tenu de leur pouvoir d’achat et du coût global des vacances. La perception est différente pour les touristes étrangers, pour lesquels certains tarifs pratiqués en Algérie peuvent apparaître plus accessibles que ceux proposés dans d’autres destinations touristiques. Une chambre proposée entre 40 et 50 euros la nuit, soit environ 14 000 dinars, peut ainsi sembler raisonnable à un touriste étranger, mais représenter une dépense importante pour une famille algérienne, particulièrement lorsqu’il faut multiplier le coût par plusieurs nuits et plusieurs membres de la famille. Le président de la Fédération plaide donc pour une diversification de l’offre d’hébergement et la mise à disposition de formules adaptées aux différentes catégories de revenus. Il recommande également aux familles de réserver suffisamment tôt afin de bénéficier de tarifs plus avantageux, particulièrement durant les périodes de forte demande.

Un marché florissant qui échappe à l’encadrement
Face à la saturation relative des capacités hôtelières, la location de maisons et d’appartements connaît un essor considérable. Pour de nombreuses familles, cette formule constitue une solution plus souple et parfois moins coûteuse que l’hôtel. Mais derrière cette croissance se pose une autre question : celle de l’organisation et de la réglementation de ce marché. La location saisonnière demeure encore largement en dehors du cadre traditionnel qui encadre les activités commerciales et touristiques. Or, durant la période estivale, qui s’étend généralement sur près de trois mois, la location de logements destinés aux vacanciers représente un véritable marché, avec des sommes importantes en jeu. Le phénomène est particulièrement visible dans les régions côtières où des logements sont proposés pour quelques jours ou plusieurs semaines, parfois à des tarifs élevés en fonction de leur proximité avec la mer et de leur niveau d’équipement. Pour Boulfekhad, il devient donc nécessaire de mieux organiser et sécuriser ce secteur, notamment en encadrant les opérations de location et en veillant à leur déclaration. L’objectif serait double : protéger les propriétaires comme les locataires, mais également permettre aux pouvoirs publics de disposer d’une vision réelle de l’activité, de mieux la contrôler et de tirer profit de ses retombées économiques. Cette formalisation permettrait également de réduire les pratiques informelles et de créer davantage de transparence sur les prix, les conditions de location et la qualité des logements proposés aux vacanciers.

Investir davantage
Le pays compte actuellement plus de 1 470 établissements hôteliers, représentant une capacité d’hébergement de plus de 150 000 lits, selon les chiffres avancés par le président de la Fédération. Une capacité qui demeure néanmoins insuffisante au regard de la progression de la demande, particulièrement dans les régions côtières qui accueillent chaque été des millions de vacanciers. Pour répondre à cette situation, la Fédération appelle à accélérer la réalisation de nouveaux établissements hôteliers et à accorder davantage de facilités aux investisseurs du secteur. Parmi les principales revendications figurent un accès facilité au foncier, un traitement spécifique et plus rapide des dossiers d’investissement, l’accélération des procédures administratives ainsi qu’un accompagnement bancaire plus important pour financer les nouveaux projets. L’enjeu est désormais d’éviter que la hausse continue de la demande ne se traduise par une nouvelle flambée des prix. Pour les professionnels du secteur, le niveau de fréquentation enregistré cet été doit au contraire servir de déclencheur pour augmenter durablement les capacités d’hébergement.
La décision de reporter la rentrée scolaire constitue également un élément favorable pour le secteur touristique. La Fédération avait plaidé pour ce report, estimant qu’une partie importante des familles avait programmé ses vacances durant le mois de septembre et effectué des réservations, parfois accompagnées d’acomptes. La réponse favorable à cette demande permet, selon Abdelwahab Boulfekhad, de préserver ces réservations et d’offrir aux professionnels une possibilité de prolonger la saison touristique au-delà des seuls mois de juillet et août.

Créer des saisons touristiques successives
Pour le président de la Fédération, l’enjeu dépasse désormais largement la seule saison estivale. Les chiffres enregistrés cette année doivent pousser l’Algérie à revoir sa conception traditionnelle du tourisme. Le pays dispose d’atouts permettant de développer plusieurs formes de tourisme tout au long de l’année : tourisme saharien, montagne, lacs, espaces naturels, patrimoine et tourisme balnéaire. L’objectif serait donc de créer des saisons touristiques successives plutôt que de concentrer l’essentiel de l’activité sur quelques semaines d’été. L’affluence exceptionnelle enregistrée en 2026 pourrait ainsi constituer une véritable opportunité. Mais pour transformer ce succès ponctuel en croissance durable, plusieurs chantiers apparaissent incontournables : augmenter les capacités d’hébergement, mieux encadrer la location saisonnière, faciliter l’investissement et proposer des offres adaptées aussi bien aux familles algériennes qu’aux touristes étrangers. L’enjeu est désormais de transformer le record de fréquentation de cet été en véritable industrie touristique, capable de fonctionner tout au long de l’année.
Sarah O.

Article précédentRECRUTEMENT D’OFFICIERS DE L’ANP : L’opération des inscriptions pour les bacheliers 2026 clôturée
Article suivantAlimentation du Solde en Crypto et Diminution du Débit Mobile sur l’Application 1Win Côte d’Ivoire