Dans l’histoire du football, certaines décisions administratives ont souvent peiné à effacer ce que le terrain avait clairement établi. À la veille du match amical face au Pérou au Stade de France, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a rappelé une évidence aux yeux de tout un peuple : un titre se gagne d’abord avec un ballon, pas dans un bureau.
À quelques heures d’affronter le Pérou, samedi à 17h, Pape Thiaw s’est présenté face à la presse avec calme et détermination. Le contexte reste lourd après la décision de la Confédération africaine de football de retirer au Sénégal son sacre de la CAN 2025, pourtant acquis sur la pelouse face au Maroc. Sans hausser le ton, le technicien sénégalais a assumé une position claire, partagée par ses joueurs et par une large partie de l’opinion africaine. « On sait qu’on est champions d’Afrique. Les compétitions se gagnent sur le rectangle vert », a-t-il déclaré. Une phrase simple, presque évidente, mais qui résume le sentiment dominant du camp sénégalais. Car pour les Lions de la Teranga, la réalité sportive ne peut être effacée par une procédure administrative, aussi officielle soit-elle. Le Sénégal estime avoir fait le travail là où cela compte réellement : sur le terrain. Durant la compétition, les Lions ont franchi chaque obstacle, livré une finale intense et soulevé le trophée devant leurs supporters. Aux yeux du groupe, cette victoire appartient désormais à l’histoire sportive, indépendamment des décisions en cours d’examen devant le Tribunal arbitral du sport de Lausanne.
Le terrain comme seule vérité
Pape Thiaw a volontairement évité d’alimenter la polémique juridique. Son objectif est clair : protéger son vestiaire et maintenir la concentration sur les échéances sportives. « Le plus important est de ne pas se disperser », a-t-il insisté, rappelant que la préparation pour la Coupe du monde 2026 constitue désormais la priorité. Mais derrière ce discours mesuré, le message est fort. Le Sénégal refuse de se présenter comme un vaincu administratif. Au contraire, le sélectionneur insiste sur la continuité du projet sportif et sur la confiance acquise grâce au parcours continental. Cette CAN a renforcé un groupe déjà reconnu pour sa maturité et son caractère. Le match amical face au Pérou s’inscrit justement dans cette dynamique. Face à une sélection sud-américaine réputée pour sa qualité technique, Thiaw souhaite tester plusieurs joueurs et élargir ses options. L’idée n’est pas seulement de préparer une rencontre, mais de continuer à construire une équipe capable de rivaliser avec les meilleures nations mondiales. Malgré la controverse, l’ambiance autour de la sélection reste marquée par la fierté nationale. Le sélectionneur a tenu à rappeler un moment essentiel : le retour du trophée au pays et la communion populaire qui a suivi. Pour beaucoup de Sénégalais, ces images valent davantage que n’importe quelle décision administrative.
Depuis la fin de la CAN, le Sénégal vit une situation paradoxale : officiellement déchu, mais sportivement reconnu. Dans les stades, sur les réseaux sociaux et dans l’opinion publique africaine, nombreux sont ceux qui considèrent toujours les Lions de la Teranga comme les véritables champions. Cette perception renforce la position du sélectionneur, qui préfère transformer la frustration en motivation. Plutôt que de s’enfermer dans le ressentiment, le groupe veut répondre sur le terrain, là où il estime avoir toujours gagné sa légitimité. La démarche sénégalaise repose sur une conviction simple : le football appartient d’abord aux joueurs et aux supporters. Les décisions institutionnelles suivent, mais elles ne remplacent jamais les émotions vécues pendant quatre-vingt-dix minutes de combat sportif. Face au Pérou, les Lions auront donc une double mission. Continuer leur préparation vers les grandes échéances internationales, mais aussi rappeler, par leur attitude et leur jeu, qu’une équipe convaincue de sa valeur ne perd jamais réellement son titre.
Car au Sénégal, une certitude demeure : on peut retirer une coupe des archives, mais jamais une victoire du cœur d’un peuple.
Mohamed Amine Toumiat















































