Alors que les habitants de la bande de Ghaza célébraient dans des conditions dramatiques l’Aïd al-Adha pour la troisième année consécutive sous les bombardements, l’armée sioniste a intensifié ses opérations militaires dans l’enclave palestinienne.
Cette nouvelle vague d’attaques intervient parallèlement à des déclarations officielles israéliennes évoquant l’extension du contrôle militaire sur le territoire et la relance de projets de déplacement de la population palestinienne. Selon plusieurs organisations palestiniennes de défense des droits humains, les derniers jours ont été marqués par une recrudescence des frappes aériennes, des bombardements d’artillerie et des opérations ciblées ayant causé de nombreuses victimes civiles et d’importantes destructions d’infrastructures. Les attaques les plus intenses ont coïncidé avec la veille et les premiers jours de l’Aïd Al-Adha, une période traditionnellement consacrée aux rassemblements familiaux. Pour de nombreux observateurs, cette synchronisation illustre une volonté de priver la population de toute forme de vie normale. Dans la ville de Khan Younès, au sud de Ghaza, des avions sionistes ont bombardé une zone agricole ainsi qu’un hangar destiné au stockage de légumes après l’émission d’ordres d’évacuation. Les frappes ont provoqué d’importants dégâts matériels et plusieurs blessés. À Deir al-Balah, dans le centre de l’enclave, une attaque aérienne a visé un pâté de maisons situé à proximité de l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa. Deux habitations ont été détruites et plusieurs bâtiments voisins endommagés, tout comme une mosquée et des véhicules civils. Le même scénario s’est reproduit dans le camp de réfugiés d’Al-Chati, à l’ouest de Ghaza-ville, où les habitants ont été contraints d’évacuer leurs logements quelques minutes seulement avant les frappes. Les bombardements ont entraîné la destruction de plusieurs immeubles résidentiels et provoqué une nouvelle vague de déplacements de population.
Des victimes parmi les déplacés
L’une des attaques les plus meurtrières a touché un immeuble abritant des familles déplacées dans le centre de Ghaza-ville. Dix personnes, dont des enfants, des femmes et une personne âgée, ont été tuées et une trentaine d’autres blessées. Selon des sources locales, plusieurs victimes se trouvaient dans les tentes installées autour du bâtiment ciblé. Certains corps ont été retrouvés dans un état gravement brûlé après l’explosion. La veille de l’Aïd, une autre frappe a touché un immeuble résidentiel et commercial dans le quartier densément peuplé d’Al-Rimal. Six personnes, parmi lesquelles plusieurs femmes, ont perdu la vie. Des dizaines d’autres ont été blessées tandis que les dégâts ont affecté commerces, réseaux électriques, télécommunications et infrastructures urbaines. D’autres attaques ont également été signalées à Khan Younès, où deux personnes circulant dans un véhicule civil ont été tuées par un drone sioniste. Dans le camp d’Al-Maghazi, plusieurs Palestiniens ont péri lors d’une frappe visant un rassemblement civil. Une tente accueillant des déplacés dans la région d’Al-Mawassi, au sud de Khan Younès, a également été touchée. Une femme et une fillette ont été tuées, tandis que plus de vingt personnes ont été blessées. Une autre enfant est décédée ultérieurement des suites de ses blessures.
La politique de déplacement forcé dénoncée
Le directeur général du Centre palestinien pour les droits de l’homme, l’avocat Raji Sourani, estime que l’ampleur et la nature des attaques traduisent une politique systématique visant à rendre impossible le maintien de la population palestinienne sur son territoire. Selon lui, les déclarations des responsables politiques et militaires israéliens constituent une reconnaissance explicite d’une stratégie destinée à détruire les conditions de vie des habitants afin de favoriser leur départ forcé. Le responsable palestinien considère que les actes commis à Gaza dépassent le cadre des opérations militaires classiques et s’inscrivent dans une logique de déplacement forcé de population, interdit par le droit international. Cette intensification militaire intervient alors que le Premier ministre sioniste, Benjamin Netanyahu, a déclaré avoir ordonné à l’armée d’étendre son contrôle à 70 % du territoire de la bande de Ghaza, contre environ 60 % actuellement. Quelques jours auparavant, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait évoqué la mise en œuvre d’un plan qu’il a qualifié de « migration volontaire » des habitants de Ghaza. Pour plusieurs analystes palestiniens, la concomitance entre ces déclarations et l’intensification des bombardements laisse entrevoir une stratégie combinant pression militaire, destruction des infrastructures et aggravation de la crise humanitaire afin de pousser la population à quitter l’enclave. Le Centre palestinien pour les droits de l’homme rejette catégoriquement la notion de « migration volontaire », affirmant qu’un déplacement effectué sous la menace des bombardements, de la faim et de l’insécurité constitue juridiquement un transfert forcé de population.
Lâcheté de la communauté internationale
Le porte-parole de la résistance palestinienne, Hazem Qassem, a dénoncé ce qu’il qualifie de « silence » de plusieurs acteurs internationaux face aux déclarations israéliennes concernant l’extension du contrôle territorial à Ghaza. Dans un communiqué publié vendredi soir, il a estimé que ces annonces représentaient une violation des engagements relatifs à l’arrêt des hostilités et aux arrangements conclus concernant la bande de Ghaza. Le mouvement palestinien a appelé les pays représentés au sein des instances internationales concernées à adopter une position claire et à exercer des pressions sur Israël afin de mettre fin à ses opérations militaires et à ses projets de déplacement de population.
La Cisjordanie occupée sous haute tension
Parallèlement aux événements de Ghaza, les forces israéliennes ont mené dans la nuit de vendredi à samedi une vaste campagne d’arrestations dans plusieurs villes et villages de Cisjordanie occupée. Des arrestations ont été signalées à Mithloun et Jabaa, au sud de Jénine, ainsi qu’à Tulkarem, Qalqilya, Azzoun et Ramallah. Des perquisitions de domiciles ont également été menées dans plusieurs quartiers. À Ramallah, des soldats sionistes ont fait irruption dans l’enceinte du Complexe médical de Palestine, tandis que des grenades lacrymogènes ont été tirées lors d’une opération dans le village d’Al-Mughayyir.
Violences de colons près de Naplouse
La région de Naplouse a également été le théâtre de nouvelles violences impliquant des colons sionistes. Dans la localité de Beita, des groupes de colons ont attaqué des habitations et endommagé plusieurs véhicules. Les habitants se sont mobilisés pour repousser l’attaque, provoquant des affrontements qui ont conduit à l’intervention de l’armée sioniste. À Madama, au sud de Naplouse, plusieurs Palestiniens ont été blessés lors d’une attaque menée par des colons. Selon le Croissant-Rouge palestinien, sept personnes ont été touchées par balles ou agressées physiquement. Des habitants ont également accusé les assaillants d’avoir volé des dizaines de moutons et d’avoir empêché les secours d’accéder rapidement à certaines victimes. Selon les autorités palestiniennes, les colons poursuivent une politique de « pâturage colonial » consistant à utiliser des troupeaux pour s’approprier progressivement des terres palestiniennes et étendre les avant-postes de colonisation.
Des démolitions à El-qods
Dans la région d’El-qods, les autorités sionistes ont contraint une famille palestinienne du village de Qalandia à démolir elle-même sept habitations sous prétexte d’absence de permis de construire. Les responsables palestiniens dénoncent une politique systématique de refus de délivrance de permis aux Palestiniens, suivie de démolitions ou d’ordres d’autodestruction des logements, dans le cadre d’une stratégie visant à modifier la composition démographique d’Elqods-Est. Le ministère palestinien de la Santé a annoncé samedi que sept personnes avaient été tuées et vingt-cinq autres blessées au cours des quarante-huit dernières heures dans la bande de Ghaza. Selon les chiffres communiqués par les autorités sanitaires palestiniennes, le nombre total de martyrs depuis le début de l’offensive sioniste du 7 octobre 2023 s’élève désormais à 72 938 Palestiniens, tandis que 172 919 personnes ont été blessées. Le ministère indique également que depuis le cessez-le-feu instauré en octobre dernier, 929 personnes ont été tuées, 2 811 blessées et 781 corps retrouvés dans différentes zones du territoire. Les autorités sanitaires soulignent que de nombreuses victimes demeurent encore sous les décombres ou dans des zones difficiles d’accès, les équipes de secours étant souvent empêchées d’intervenir en raison de la poursuite des combats.
M.Seghilani














































