Acheuk Youcef Chawki

Le ministre du travail et de la sécurité sociale à LSA direct : « Il faut lutter contre la fraude fiscale et parafiscale »

Plusieurs questions ont été abordées par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Acheuk Youcef Chawki, lors de son passage, hier, sur le Soir d’Algérie (LSA), notamment sur les conséquences de la pandémie du Covid-19 sur les entreprises publiques et privées, la performance des médicaments, les nouvelles vignettes, entre autres.
S’agissant des mesures à prendre pour booster la relance de l’économie nationale après les retombées néfastes de la pandémie, sur l’économie du pays, en proie à de nouvelles difficultés financières, en raison de l’arrêt de l’activité ou la réduction de son rythme, l’invité du journaliste, Hakim Laalem, a fait savoir que «  le gouvernement est en train de mettre en place un système de création d’entreprise ». Plus explicite, il dira , qu’il s’agit d’ «un financement pour la création d’ unités de production pour les cotisants en difficultés » en vue de permettre, a-t-il poursuivi « une relance effective de l’économie nationale  impactée par la Covid-19 » à travers notamment, cite-il la contribution de la Cnac, qui « revient, ainsi,  à son rôle originel de financeur de projet » a indiqué le ministre.

« Beaucoup d’entreprises du secteur privé qui ont pu être sauvées »
Abordant la question des entreprises privées touchées par l’impact des mesures prises par les pouvoirs publics, pour endiguer la propagation du Covid-19, générant une baisse de la masse financières de ces entreprises et donc , le risque de la perte d’emplois de nombreux travailleurs, le ministre, a salué « l’esprit de responsabilité des employés et des employeurs » qui a permis, selon lui «  de trouver un terrain d’entente » entre les deux parties, pour « la sauvegarde de l’outil de travail ». Relevant que « c’est la première fois que les employés n’ont pas été uniquement dans la revendication », le ministre du Travail indique que «  les employés avaient compris qu’ils devaient avant tout sauver leur outil de travail » , et les employeurs, a-t-il poursuivi «  n’ont pas vu que les intérêts de leurs entreprises » , concluant que cet esprit de responsabilité, a permis «  de déboucher sur des arrangements » entre les deux parties, à travers «  des accords cadrés c’est-à-dire dans le respect de la réglementation en vigueur» a-t-il affirmé. Plus explicite, le ministre du travail, a expliqué que pour certaines entreprises, les employeurs ont versé la moitié du salaire, d’autres ont versé l’équivalent du salaire de base et certains se sont entendus sur le départ en congé des ouvriers et plusieurs entreprises ont été sauvées de la sorte ; même si elles sont toujours en difficultés à cause de la pandémie du coronavirus, les salariés ont pu percevoir, du moins une partie de leurs salaires. Revenant sur les grosses boîtes qui sont dans la tourmente vu que leurs propriétaires, ou patrons sont sous les verrous pour des affaires de corruption et dont la justice a déjà statué sur certains qui ont été condamnés définitivement et leurs biens confisqués, le ministre, a souligné que ces « entreprises sont sous la gestion des administrateurs, en plus de l’existence d’autres couvertures possibles à travers la Cnac, caisse de chômage, et la possibilité pour les employés de créer leurs propres entreprises ».

De nouvelles orientations dans le fonctionnement de la sécurité sociale
Concernant la prise en charge de la sécurité sociale en matière de médicaments pour les assurés sociaux, l’invité a indiqué que le médicament « représente une lourde charge pour la sécurité sociale », indiquant que « la sécurité maladie, représente 87% des dépenses ».
Et pour bien encadrer le volet relatif au médicament, le premier responsable de ce département ministériel, a annoncé « la mise en place de deux nouvelles formules » à savoir, cite-t-il, « un contrat de performance pour de nouveaux produits et un autre par rapport au volume. » Pour le premier, le ministre a affirmé que « même s’il est vrai que les laboratoires évoquent la qualité de leurs produits», il n’en demeure pas moins, poursuit l’invité de LSA qu’ »il est toujours utile de vérifier leurs performances avec l’apport des scientifiques et autres experts pour le valider.» Concernant le volume, en lien avec le nombre important de médicaments fabriqués par le laboratoire, en réponse à la demande de malades aussi important «  il revient, dans ce cas, au laboratoire de payer la différence » a-t-il avancé
À propos de la Caisse nationale de retraite (CNR), le ministre a fait état de 680 milliards dinars de déficit. Un chiffre, dira le ministre «  appelé à la hausse en raison de l’évolution démographique dans notre pays » et il faut, par conséquence, trouver d’autres ressources et solutions pour remédier à cette situation.

Il faut lutter contre l’évasion fiscale et parafiscale
Parmi ces solutions, le ministre avance la lutte contre l’évasion parafiscale, estimant que beaucoup de gens ne s’acquittent pas de leurs cotisations.
Une situation qui vient d’être confirmée, d’ailleurs, a-t-il ajouté, par la covid-19 qui est un drame international. Ce dernier a révélé que les personnes qui n’ont pas de couverture sociale se sont retrouvées dans une précarité intenable, en citant notamment les gens de l’informel.
« Nous sommes, justement en train d’élargir la base cotisante pour que le nombre de cotisants soit plus important car il y a une fuite fiscale et parafiscale et le ministère est en train de mettre en place un certain nombre d’éléments pour avoir plus de cotisants par de nouveaux mécanismes en cours d’élaboration », a-t-il encore dit. Il a aussi évoqué la lutte contre la fraude en procédant à un réel recadrage de l’usage de la carte Chiffa et la mise en place de beaucoup d’éléments en vue de redynamiser le travail et autres prestations avec un système de cadrage très strict. « Il y a donc le comité de remboursement des médicaments, les nouveaux décrets et un travail avec les autres départements ministériels pour établir une nouvelle vignette pour la traçabilité du médicament dès son entrée jusqu’à son arrivée au malade, afin d’éviter tous les dérapages constatés, comme les unités gratuites offertes pour les pharmacies et payées par la sécurité sociale qui est une anomalie qu’il faut recadrer », a-t-il enchaîné à ce sujet.
L’intervenant a également parlé des conventions passées avec les cliniques privées, notamment pour la prise en charge des patients atteints d’une insuffisance rénale nécessitant le recours à l’hémodialyse, avec 14 000 malades, à la charge de la sécurité sociale, sans compter le forfait hospitalier versé à la santé ». Pareil pour les malades cardiovasculaires qui sont, dira-t-il « habituellement, transférés à l’étranger pour des soins qui peuvent pourtant être assurés en Algérie » et le recours au privé, poursuit-il «  peut être renforcé à l’avenir pour la prise en charge d’autres pathologies » selon le ministre du Travail et de la Sécurité sociale.
Concernant la convention avec les cliniques privées de maternité lancée depuis le mois dernier, elles ont été près de 3000 femmes à avoir été prises en charge par ces cliniques privées, sans avancer le coût financier déboursé par la sécurité sociale suite à cette mesure.
Brahim Oubellil