Hommage à Assia Djebar à Alger : Quand la mémoire forge l’histoire et l’identité

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À la veille de la remise du 8e Grand Prix Assia-Djebar du roman, la Librairie Chaïb-Dzaïr d’Alger a abrité vendredi une rencontre poignante dédiée à l’œuvre prolifique de l’illustre écrivaine algérienne. Placé sous le signe de la mémoire et de la transmission, cet événement a permis à des universitaires d’explorer comment l’auteure a su transformer le souvenir en un puissant vecteur d’affirmation identitaire et de résistance.
Organisée par l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (ANEP), cette rencontre intitulée « Quand la mémoire devient écriture, voix, histoire et transmission » s’inscrit dans le sillage de l’édition 2026 du Grand Prix éponyme, dont le slogan résonne comme un appel : « Dans la mémoire, les racines de demain ». Pour honorer cette figure de proue de la littérature algérienne, les professeurs Nabila Zouiche et Amar Guendouzi, de l’Université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, ont décortiqué la richesse narrative de ses récits devant un public attentif.
C’est à travers une intervention en langue arabe, baptisée « Fouille profonde dans la mémoire », que la professeure Nabila Zouiche a choisi d’aborder l’œuvre La femme sans sépulture. Ce roman historique poignant met en lumière le parcours héroïque de la martyre Zoulikha Oudaï, née Yamina Echaïb (1911-1957), figure emblématique de la Guerre de libération nationale.
L’intervenante a souligné le génie littéraire d’Assia Djebar, qui s’est appuyée sur des anachronismes temporels et une polyphonie narrative pour faire revivre sa ville natale et ses figures réelles. Ces récits, nourris par des témoignages comme ceux du personnage de Lalla Biya, illustrent de manière éclatante la résilience du peuple algérien et son héroïsme indéfectible face à la barbarie de l’occupant français. Dans un autre registre, le professeur Amar Guendouzi s’est penché sur les premières étincelles de l’écrivaine avec une communication intitulée « Les balbutiements de l’histoire dans La soif d’Assia Djebar ». Ce tout premier ouvrage, publié en 1957 alors que la romancière n’avait que 20 ans, plonge le lecteur dans la quête intérieure de Nadia, une jeune femme tiraillée par le doute et l’oisiveté.
L’universitaire a décrypté le choix audacieux et complexe de l’auteure, qui a délibérément expurgé son roman de repères spatio-temporels sociaux, laissant la trame narrative et l’introspection dicter le rythme de l’histoire. Au-delà de l’analyse littéraire, cette rencontre a surtout été l’occasion de revisiter l’immense héritage intellectuel laissé par Assia Djebar. Comme l’ont brillamment conclu les intervenants, cette mémoire vivante que l’écrivaine a su insuffler dans ses textes ne se contente pas de préserver les contours de l’identité nationale ou de perpétuer les traces du passé ; elle dresse également un pont essentiel, ouvrant de nouvelles perspectives lumineuses pour les générations futures.
R. C.