Un rapport des services de renseignement espagnols met en cause les autorités du Makhzen marocain dans l’afflux massif de réfugiés et de migrants vers la ville occupée de Sebta, à la fin du mois de juillet dernier. Selon ce document, publié vendredi, les autorités marocaines auraient fait preuve d’une « passivité délibérée », facilitant ainsi le franchissement collectif de la frontière par des milliers de personnes.
Révélées par le journaliste Antonio Rodríguez dans le quotidien numérique espagnol The Objective, ces conclusions ont été transmises à la juge María Tardón, de l’Audience nationale espagnole, dans le cadre de l’enquête judiciaire ouverte sur cet afflux migratoire sans précédent. D’après le rapport, les services de renseignement espagnols affirment que le régime marocain était « pleinement et préalablement informé » des préparatifs de cette opération, organisés plusieurs jours à l’avance sur les réseaux sociaux. Malgré ces informations, les forces de sécurité marocaines auraient tardé à intervenir, adoptant une attitude qui aurait contribué à l’aggravation de la situation et au franchissement des points de passage frontaliers. L’enquête souligne que les autorités marocaines avaient été alertées suffisamment tôt, mais qu’elles auraient choisi de réagir de manière insuffisante et disproportionnée au regard de l’ampleur des préparatifs. Selon les éléments rapportés, Rabat aurait justifié cette mobilisation limitée par la sécurisation des célébrations de la fête du Trône, ainsi que par la présence du roi dans sa résidence située à proximité de la région concernée. Cette inertie présumée aurait permis à des milliers de migrants de rejoindre Sebta par voie terrestre et maritime, provoquant un afflux massif aux frontières. Le rapport indique également que le déploiement rapide des forces de sécurité marocaines et l’intensification des arrestations n’auraient commencé qu’après le pic de l’opération. Au-delà de la gestion de cet épisode, les services de renseignement espagnols attribuent au régime marocain des objectifs politiques et médiatiques. Selon le document transmis à la justice espagnole, cette stratégie aurait notamment visé à « contrôler le récit médiatique » autour de la dégradation de la situation sociale dans le nord du Maroc, tout en donnant à l’Espagne et à l’Union européenne l’image trompeuse d’un partenaire pleinement engagé dans la lutte contre l’immigration irrégulière. Le rapport rappelle, par ailleurs, que les services de renseignement espagnols avaient adressé des alertes urgentes aux autorités gouvernementales et sécuritaires de Sebta deux jours avant les événements. Ces avertissements faisaient état de rassemblements inhabituels à proximité de la frontière, ce qui, selon les conclusions rapportées, contredirait la version défendue par les autorités marocaines. Ces révélations remettent ainsi au premier plan les accusations récurrentes concernant l’instrumentalisation du dossier migratoire par le Makhzen à des fins de pression politique sur ses voisins, notamment l’Espagne et l’Union européenne. L’utilisation de la détresse humaine comme levier diplomatique présumé soulève de nouvelles interrogations sur les pratiques de Rabat en matière de gestion des frontières et sur les conséquences de ces stratégies pour les migrants eux-mêmes. Si les conclusions du rapport constituent des éléments versés à une enquête judiciaire, les responsabilités précises des autorités marocaines restent à établir dans le cadre de la procédure en cours.
M. Seghilani

