La commémoration du 65ème anniversaire des massacres du 17 octobre 1961 à Paris, tout comme les précédentes, sonne comme un rappel aux générations actuelles l’adhésion des Algériens qui étaient établis en France à ce moment, à la lutte de libération nationale menée par leur pays, l’Algérie, pour s’affranchir définitivement du joug colonial.
En Algérie, ce jour a été consacré Journée nationale de l’Émigration. Hier, à 11h, comme chaque 17 octobre, en application de la décision du président Abdelmadjid Tebboune, prise en 2021, une minute de silence a été observée à travers l’ensemble du territoire national et au niveau des représentations diplomatiques algériennes à l’étranger, à la mémoire des martyrs des massacres du 17 octobre 1961 à Paris.
Les hommages en Algérie et en France
Dans son message à cette occasion, le président Tebboune a souligné qu’ « en faisant face à la répression coloniale policière haineuse, en affrontant à mains nues les balles réelles et en perdant ainsi des dizaines de manifestants, noyés sauvagement dans la Seine, la communauté nationale, à cette période difficile de l’histoire moderne de l’Algérie, a ancré son appartenance à un peuple authentique, ancestral, fier et libre, ainsi qu’à une civilisation et à une histoire enracinées sur la terre de notre chère Algérie ». Le président du Conseil de la nation, Azouz Nasri, sur son compte sur les réseaux sociaux, a noté que les sacrifices des martyrs des massacres du 17 octobre 1961 resteront gravés dans l’histoire de l’Algérie victorieuse, témoins à jamais de la résistance d’un peuple inébranlable. Il a rappelé que dans leur ferme attachement à leur droit à la liberté et à l’indépendance, ils ont affronté à mains nues la répression coloniale. La cérémonie officielle commémorative, placée sous le slogan « Des profondeurs de la mémoire aux horizons de l’avenir », a été présidée, dans la wilaya de Boumerdès, par le ministre des Moudjahidine et des Ayant droit, Abdelmalek Tacherift. En France, à Paris, sur les lieux de ce crime d’État, précisément sur le Pont Saint-Michel, mais aussi dans de nombreuses villes où des plaques commémoratives sont apposées et des noms de rues ou de places rappellent, le massacre du 17 octobre 1961 est habituellement commémoré par des citoyens et citoyennes qui jettent des fleurs dans les cours d’eau en mémoire des Algériens assassinés. Ce geste a été accompli, on s’en souvient, près du Pont Saint-Michel, à Paris, par les athlètes algériens lors de la cérémonie d’ouverture des JO en 2024.
Un crime d’État
Les militants français anticolonialistes continuent de faire constater que cette répression coloniale sanglante est restée impunie. Ils revendiquent la reconnaissance officielle pleine et entière par la France de ce crime d’État, car, expliquent-ils, toutes les institutions de la Ve République prirent part à des degrés divers à sa perpétration, à son impunité et à son occultation. Ils rappellent que le préfet de police de Paris, ne pouvait en être le seul responsable, il y avait le ministre de l’Intérieur, Roger Frey, et le président français, Charles de Gaulle. Une trentaine de maires de communes françaises ont réclamé « la reconnaissance pleine et entière des massacres du 17 octobre 1961 comme un crime d’état, au regard de la responsabilité des autorités publiques dans l’organisation et la conduite de cette répression ». Parmi les signataires figurent notamment les maires de Paris, Emmanuel Grégoire, de Saint-Denis, Bally Bagayoko, de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, de Montreuil, Patrice Bessac, et de Trappes, Ali Rabeh.
La bataille des chiffres
La tentative des responsables français de l’époque de fabriquer un récit officiel minimisant la répression des manifestants algériens a été suivie, font remarquer des chercheurs algériens, par la tentative de présenter le fait avec une autre explication que celle qui indique l’adhésion des manifestants aux mots d’ordre du FLN et à la lutte pour l’indépendance du pays. Pour sa part, l’historien français Jean-Luc Einaudi a patiemment reconstitué le déroulement des faits, après avoir consulté des documents d’archives inédits, les registres des cimetières parisiens, la presse de l’époque, les textes officiels, et entendu plus d’une centaine de témoins directs ou indirects. Il a consigné les résultats de ses recherches dans un livre intitulé « La Bataille de Paris (17 octobre 1961) ». L’ancien préfet de police de Paris avait répété sans vergogne la version officielle de 1961 : il n’y avait eu ce 17 octobre que trois morts, dont 2 Algériens, et les milliers de manifestants raflés par la police parisienne avaient été bien contents d’être « mis à l’abri » du FLN. Les terribles photos d’Algériens brutalisés ou tués, prises le jour même, ou des images du film de Jacques Panijel, longtemps interdit, tournées dans les bidonvilles de Nanterre, Octobre à Paris (1962), de Jacques Panijel, prouvent que ce qu’a dit Maurice Papon est un mensonge. Les chercheurs français notent que la seule ampleur des arrestations effectuées dans la rue fait de cette journée une date singulière dans l’histoire de la police parisienne : en quelques heures, plus de 12 000 personnes furent conduites, dans des cars de police ou des bus de la RATP réquisitionnés à cet effet, à l’ancien hôpital Beaujon, à Vincennes, dans la cour de la préfecture de police, au stade Coubertin et surtout au parc des Expositions.
M’hamed Rebah

