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HACENE MENOUAR, Président DE L’ASSOCIATION CONSUMÉRISTE « EL-AMAN » : « Profiter du covid-19 pour s’enrichir est un fait grave»

Le Courrier d’Algérie : Depuis quelques jours, hier surtout, les consommateurs algériens étaient surpris par une augmentation vertigineuse des prix sur les fruits et légumes. On sait que la pandémie du covid-19 y est pour quelque chose. Selon vous, cette flambée est-elle raisonnable, sinon répond-elle à une logique de marché ?
Hacène Menouar : La flambée des prix des produits de première nécessité a été certes déclenchée par la pandémie. Mais les raisons de fond se présentent comme suit : Premièrement il y a une mauvaise maitrise des réseaux de distribution et l’absence de régulation du marché. À ce jour, et malgré cette nouvelle ère de gestion politique, les autorités ne semblent pas encore engagées pour la vraie professionnalisation des réseaux de distribution des produits agricoles, qui échappe totalement à leur contrôle. La distribution est toujours composée de marchés et de transactions informelles. Ce qui fait que nous, en tant que consommateurs et aussi les agriculteurs, nous sommes soumis au dictat des barons qui font leur loi. Deuxièmement, on trouve l’insuffisance du contrôle et le laisser-aller. En l’absence d’un contrôle efficient et efficace, nous continuons à consommer sans aucune sécurité sanitaire des aliments, et nous continuons aussi à être soumis à la spéculation, que ce soit pendant les fêtes et événements religieux, ou bien même une pandémie ou une catastrophe naturelle. Enfin, il y a l’absence de culture de consommation chez les Algériens. Les consommateurs algériens ne savent toujours pas sanctionner d’eux-même le marché quand il y a anormalité sur le prix ou sur le produit lui-même. Si on avait appliqué le boycott spontané, les commerçants auraient été plus corrects.

- L. C. A. : Les autorités publiques, le Président lui-même, dont le département du Commerce, se sont engagés à s’attaquer aux spéculateurs en cette conjoncture de pandémie. Les mesures sont-elles en mesure de stopper cette flambée ? Sinon, qu’est-ce que vous suggérez en tant qu’association consumériste ?
- H. M. : L’administration publique est devenue le maillon faible dans la chaîne de consommation. Parce qu’elle n’assure plus ses premières missions et responsabilités de réguler le marché et de protéger le consommateur. Nous nous sommes habitués aux discours populistes sans suites et sans suivis.

L. C. A. : Il s’agit pourtant d’un virus déclaré pandémie. Dans les pays les plus touchés comme l’Italie, la solidarité des commerçants s’est installée. Comment expliquer vous ce manque chez nous ?
H. M. : Le manque de confiance, l’absence de communication positive entre le pouvoir et le peuple, la mauvaise gestion politico-financière, les échecs des systèmes éducatifs, le manque de foi, ont fait que les Algériens ont perdu l’esprit de solidarité et de générosité. Pire encore, ils se méprisent entre eux et ne se soutiennent plus. Les mêmes faits sont aussi constatés lors du mois sacré de Ramadhan, quand on voit, dans les autres pays musulmans tout les élans de solidarité entre les commerçants et les consommateurs, alors que chez nous, on fait le contraire. Plus grave encore, quand on profite d’une catastrophe sanitaire et humanitaire pour gagner plus d’argent sur le dos du consommateur.
Farid Guellil