Ghardaouis cherchent paix désespérément !

Les Ghardaouis, qu’ils soient Mozabites ou Arabes, sont unanimes à dire que la solution de la crise que vit la région, depuis maintenant plusieurs années, se trouve entre les mains de l’État. Pour eux, les hautes autorités du pays sont capables de maîtriser la situation à travers une intervention vigoureuse qui se traduira grâce, soutiennent-ils, à un déploiement «effectif» des éléments de sécurité sur le terrain.

De notre envoyé spécial à Ghardaïa, Soufiane Dadi

Il suffit en effet d’accorder une oreille attentive à quelques riverains de la Vallée du M’zab pour comprendre que ceux-ci veulent tourner la page et enterrer, une bonne fois pour toutes, cette hache de guerre qui était à l’origine de la mort de plusieurs hommes dans la région. À Thniet el-Mekhzen, un quartier dominé actuellement par les Arabes, nous avons pu constater, dimanche dernier, que les riverains ne sont pas tout à fait satisfaits des «acquis» de cette révolte. De loin, les gens donnent l’air d’être heureux et d’avoir oublié le malheur que vit la région depuis décembre 2013. Mais, en se rapprochant de certains d’entre eux, il est facile de déduire que ceux-ci regrettent tout ce qui s’est passé au niveau de cette contrée et souhaitent à ce que les deux communautés puissent trouver un terrain d’entente dans les plus brefs délais. Nos interlocuteurs ont aussi du mal à cacher leur mécontentement vis-à-vis des pouvoirs publics lesquels, selon leurs termes, n’ont pas agi de manière vigoureuse pour mettre le holà aux dépassements des uns et des autres. Bien qu’il ne soient pas convaincus que la solution sécuritaire doit être la dernière carte que l’État doit jouer dans la région de Ghardaïa, Athemane, un riverain de confession malékite, accosté au niveau du quartier précité, estime que celle-ci est désormais inéluctable.

Notre interlocuteur, adossé à un mur, croit dur comme fer que l’État peut redresser la situation dans la région de Ghardaïa. «Il faut juste agir avant que l’irréparable ne se produise», suggère-t-il. Pour sa part, Dif-Allah Kamel, un autre Arabe, souligne qu’il est temps que les pouvoirs publics interviennent. «Nous en avons marre!», lâche le quadragénaire. Du côté mozabite, le son de cloche est pratiquement le même. Sauf que les riverains de confession ibadite émettent des réserves sur l’intervention de l’État, surtout après les incidents qui se sont produits auparavant au cimetière Ammi-Saïd où, selon des témoins oculaires, des policiers ont protégé des Arabes au moment où ils profanaient des tombes.

«La situation est maÎtrisable»
Deux heures après notre «balade» dans le quartier de Thniet el-Makhzen, nous nous rendons à Mélika, un autre quartier qui surplombe celui de Hadj-Messaoud. À notre arrivée, nous sommes reçus par Mansour Bameur, un membre du Conseil des sages, qui était en compagnie de quelques riverains de cette «dechra». Notre interlocuteur tient ainsi à nous préciser, d’emblée, que l’État peut facilement maîtriser la situation dans la région de Ghardaïa. «Il s’agit d’une décision politique que les pouvoirs publics doivent prendre pour redorer le blason de cette contrée», tranche le jeune Mansour. Plus explicite, l’orateur explique que les pouvoirs publics connaissent tous les «manipulateurs» qui sont derrière les événements qui secouent la région, depuis décembre 2013. «Les voyous qui sèment la terreur dans la Vallée du M’zab sont connus par tout le monde. Donc, je ne vois pas pourquoi l’État n’intervient pas pour mettre fin à leurs agissements ?», s’interroge-t-il. Avant d’ajouter : «Les plus connus sont ceux surnommés, entre autres, Tendi et Zitouni». Le même orateur ajoute, autour de la «waâda» à laquelle il nous a invités après que sa famille eut été égayée par la naissance d’un autre «ange», que les Mozabites sont disposés à oublier le passé. Pourvu que, poursuit-il, les pouvoirs publics s’engagent «sérieusement» à régler ce problème et à sanctionner les «vrais criminels». Abondant dans le même sens, Messaoud, un autre jeune Mozabite issu du même quartier affirme que ses «frères» n’ont riposté que trois mois après le début des événements. «Si nous sommes passés à l’acte, c’est parce que nous étions obligés !», argue-t-il. Étant titulaire d’un diplôme en psychologie, notre interlocuteur était membre dans la cellule chargée de suivi psychologique, mise en place par le Conseil des sages de Melika. «Il faut voir le nombre important d’enfants qui ont été traumatisés et terrorisés par les actes de violences qui ont secoué la région de Ghardaïa. C’est vraiment terrible ! C’est une expérience que je ne souhaite pas même à mes pires ennemis», lâche non sans amertume le jeune Messaoud. Et à Hammou, un autre membre du Conseil précité, d’abonder dans le même sens : «Les habitants de Ghardaïa souffrent. Il faut que l’État assume ses responsabilités!» Les Mozabites sont catégoriques : il faut que l’État prenne en charge un certain nombre de revendications pour que la région de Ghardaïa retrouve enfin son calme et sa stabilité. À ce propos, Mansour Bameur insiste surtout sur la libération des détenus innocents qui n’ont rien à voir avec les crimes qui leurs sont «endossés» et l’indemnisation, une vraie, des victimes qui ont été touchées suite aux incidents qui se sont produits au niveau de la Vallée du M’zab. Pour ce qui est de la première doléance, notre interlocuteur déplore le fait que les vrais responsables de la «tragédie» restent libres et «immunisés», d’une manière ou d’une autre, par les autorités compétentes.
S’agissant du point inhérent à l’indemnisation, le même orateur estime que les aides attribuées par les pouvoirs publics représentent des miettes par rapport à ce qu’ils ont perdu durant les évènements. «Que pouvons-nous faire avec les 60 millions attribués par l’État, sachant que certains ont perdu plus de 900 millions de centimes ?», se demande un autre sexagénaire qui partageait avec nous la «waâda» offerte par Mansour Bameur. Pour leur part, les Arabes exigent aussi des indemnisations, tout comme leurs antagonistes. Mais, pas seulement. Ceux-ci demandent, eux aussi, aux hauts responsables du pays de mettre la main sur les «manipulateurs» et les «criminels» qui attisent le feu de la fitna dans la région.
S. D.

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