Bouchahi-Rekhlia-Sellini

APPEL à L’APPLICATION DE L’ARTICLE 102 DE LA CONSTITUTION : «La voix du peuple n’a pas été entendue»

L’appel lancé par le chef d’État-major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, pour l’application de l’article 102 de la Constitution, c’est-à-dire, à la destitution du président Bouteflika, a suscité beaucoup de réactions et a été interprété par différentes lectures. Alors que certains pensent que c’est «la solution Constitutionnelle» qui empêcherait le pays d’aller droit vers le mur, d’autres y voient par contre «une tentative de casser» le mouvement populaire.

Mustapha Bouchachi, Avocat et militant des droits de l’homme :
« Activer l’article 102 de la Constitution à un mois de l’expiration du mandat présidentiel n’a aucun sens sur le plan politique. L’application de cet article signifie d’une manière claire le maintien du régime et ses méthodes dont les fraudes électorales. La sortie de Gaid Salah est une manœuvre qui vise à avorter le mouvement populaire en cours depuis le 22 février dernier. La disposition Constitutionnelle en question est dépassée par les événements et ne peut en aucun cas constituer une solution à la crise actuelle ». Pire, poursuit-il, « Le peuple a revendiqué clairement le départ du régime». Et de rappeler : «seul le Conseil Constitutionnel a la prérogative d’appliquer l’article 102 de la Constitution. Autrement dit, la proposition de Gaïd Salah est antiConstitutionnelle». En ce qui concerne les propositions de sortie de crise, Bouchahci propose un gouvernement d’union nationale qui aura pour charge la gestion de la phase de transition.

Mokrane Aït Larbi, Avocat et homme politique :
«L’application de l’article 102 de la Constitution ne réglera pas la crise. Elle avait un sens avant la révolution populaire pacifique et quand l’opposition demandait son application. Mais aujourd’hui, la crise n’est plus Constitutionnelle pour chercher une solution Constitutionnelle. Elle est devenue politique et a besoin d’une solution politique. L’application de l’article 102 de la Constitution intervient  après plusieurs tentatives qui ont échoué du pouvoir pour rester au pouvoir sans la volonté du peuple. Cela veut dire qu’on ne répond pas aux revendications populaires appelant au départ du système corrompu.  Annoncer l’état d’empêchement un mois avant la fin du mandat veut dire qu’on donne les prérogatives du chef d’État au président du Conseil de la nation et le maintien du gouvernement Bedoui-Lamamra, parce que la Constitution ne permet pas de changement de gouvernement durant cette période.
Cela veut dire aussi l’organisation des élections présidentielles selon cet article par le même pouvoir. La crise n’est pas liée  au changement de personnes  mais au départ d’un système. Cette nouvelle tentative du pouvoir vise à maintenir le système d’une manière ou d’une autre ».

Amer Rekhila, chercheur spécialiste du mouvement national:
«D’un point de vu Constitutionnel, Gaïd Salah n’a aucune prérogative pour parler de questions politiques. Mais la solution qu’il a proposée est Constitutionnelle car sans le respect de la Constitution on va vers l’impasse. Ceux qui critiquent l’application de cet article veulent pousser le pays droit dans le mur, ils ne l’ont pas compris et il ne répond pas à leurs intérêts. L’appel de Gaid Salah à l’application de l’article 102, est une réponse à ceux qui revendiquent une phase transitoire ».

Sellini Abdelmadjid, bâtonnier d’Alger :
«L’appel de Gaid Salah ne répond pas aux aspirations et au jugement prononcé par le peuple algérien qui revendique la rupture totale avec le système qui dirige le pays. Notre Constitution a pour particularité de consacrer un régime uni, et c’est pour cela qu’elle n’offre pas les mécanismes et les solutions et d’autres palliatifs qui permettent de la pérennité de l’État. L’application de cet article nous amène à confier la charge de la phase transitoire à des gens du pouvoir actuel qui sont rejetés par le peuple. La période de trois mois ne permet en aucune manière d’assurer une transition qui permet l’installation et l’instauration d’un nouvel État basé sur des institutions crédibles et émanant de la volonté du peuple et une Constitution qui soit en symbiose avec ses aspirations. Il faudra une autre approche qui sera de nature à regagner la confiance du peuple algérien ».

Propos recueillis par Ania Nait Chalal